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Clémentine Touré: «Le foot féminin africain est orphelin…»

Clémentine Touré, sélectionneuse de l'équipe féminine de foot de Côte d'Ivoire

Clémentine Touré, après une année 2020 très difficile pour le foot féminin, comment appréhendez-vous 2021 ?

Je transmets, tout d'abord, mes salutations à tous les sportifs du monde entier. Je leur souhaite une glorieuse année 2021. C'est sûr que nous avons vécu une année difficile en 2020 avec le Covid-19. Cette vilaine maladie nous oblige ainsi à nous donner une nouvelle ligne de vie. Une chose à laquelle nous n'étions cependant pas habitués. Pendant ce moment difficile, nous avons malheureusement perdu de grands dirigeants du sport. Je m'incline pour leur rendre hommage. Que Dieu les accueille et leur pardonne leurs fautes. Par ailleurs, que l'année 2021 soit donc pleine de joie, de bonheur. Et surtout de santé pour tous les acteurs du sport. Je souhaite que le ballon roule très rapidement sur toutes les pelouses du continent. Car l'Afrique a trop souffert de cette pandémie. Plein succès toutefois au foot féminin !

Vous étiez très proche de l'ex-Président de la FIF, feu Sidy Diallo. Comment vous avez ressenti sa brusque disparition ?

C’est un coup dur pour moi. Je ne m'attendais pas à une telle tragédie. Au-delà du travail, le Président Sidy me considérait comme un membre de sa famille. Il était comme un père pour moi. Paix à son âme !. Dans ce milieu, j'ai deux "Pères". En plus du Président Sidy, il y a aussi le Président Jacques Anouma. C'est grâce à ce dernier que j'ai atterri à la tête de l'encadrement technique de l'équipe nationale féminine de mon pays. J'exerçais, en effet, en Guinée Équatoriale quand il m'a demandé de venir coacher notre sélection féminine. Merci à lui pour la confiance qu'il m'a accordée. Que le seigneur lui accorde une longue vie et une chance de devenir le prochain Président de la CAF.

A l'instar de toutes les autres disciplines sportives, le football féminin africain est à l'arrêt à cause du COVID-19 ? Comment vivez- vous cette situation inédite ?

Le football féminin africain traversait déjà une situation difficile avant cette pandémie. Et cela s'est donc empiré. Surtout qu'en Afrique, on n'a pas beaucoup de compétitions comparativement à l'Europe. Notre continent faisait son petit bonhomme de chemin avec la Coupe d'Afrique des Nations, la seule vitrine pour faire parler du foot féminin. Malheureusement, depuis l'avènement de cette vilaine maladie, le football féminin africain est orphelin dans plusieurs pays.

Il faut réveiller cette discipline-là qui regorge beaucoup de talents. Nous avons pourtant de bonnes joueuses qui évoluent à travers le monde entier. Nous devons leur donner la chance de s'exprimer avec leurs sélections respectives. Elles ont choisi un métier digne. J'espère vraiment que les choses vont vite reprendre pour que le football féminin continue sa progression.

   

"Je me réjouis qu'une femme dirige le Comité de normalisation"

Justement en parlant de déficit de compétitions, la Caf envisage d’organiser une Ligue Africaine des Champions de foot féminin. Qu’en pensez-vous ?

Cette compétition vient à point nommé. C'est une belle initiative. Au départ, il n'y avait que les équipes nationales qui étaient privilégiées sur le continent. La Ligue africaine des Champions va donc donner plus de force aux différents clubs du foot féminin d’Afrique. Ce sera une obligation pour les nations africaines d'organiser des championnats dignes de ce nom. Ce qui permettra à nos filles d'être des professionnelles avec un bon niveau de jeu. Mieux, elles pourront bénéficier maintenant de salaires.

Nous rêvons de voir ce projet de la CAF se réaliser. Je peux même dire que c'est le coup de l'année pour notre discipline. C'est le moment de se mettre au travail pour avoir des équipes nationales féminines fortes. Si nous y parvenons, c'est sûr que pendant les Coupes du monde à venir, nous aurons notre mot à dire. Et nous aurons la possibilité de retrouver un jour une sélection nationale africaine, pour la première fois, en finale d'un Mondial. Et pourquoi peut-être l'emporter.

Comment gérez-vous l’absence de compétition internationale actuellement avec la sélection de la Côte d’ivoire ?

J'ai déposé un programme de préparation depuis septembre 2020. Et il a été validé. Nous avions même repris des regroupements de trois jours en quinzaine. Mais avec l'aggravation de la crise au niveau de la Fédération, tout est à l'arrêt. Me concernant, il faut dire que je suis aussi instructrice-FIFA et CAF. Actuellement la majorité de notre temps de travail se fait par visio-conférence. J'ai travaillé sur le projet de la mise en place du programme de prévention du Covid-19. Il s'agit des mesures barrières à respecter pour le retour des compétitions de foot féminin dans les différents pays. Je tiens ainsi à remercier la CAF de m'avoir fait confiance en m'associant à ce projet.

Il semble que vous avez collaboré avec la FIFA pour les Awards 2020 ?

Oui. Mes remerciements vont aussi à l'endroit de la FIFA avec laquelle nous avons travaillé sur le projet de "Best-Awards", sur les différentes publicités sur la pandémie. Et également sur les violences faites aux femmes. J'ai pu, par mon expérience, transmettre des messages qui passaient à la mi-temps des matchs du Mondial féminin en France. Par ailleurs, avec la CAF, nous préparons un cours pour les entraîneurs du football féminin. Cette formation aura lieu du 16 au 18 février 2021. J'animerai donc cet atelier par visio-conférence. Je bosse sur ce projet avec le Directeur du Développement du football féminin, basé en Égypte, et trois autres instructrices.

Que contenait votre programme élaboré pour les Eléphantes ?

C'est un programme juste pour entretenir la forme des joueuses basées au pays. Surtout qu'il n'y a pas de compétitions pour elles. Il fallait penser quelque chose pour les mettre en jambes. Vous savez bien que notre championnat ne dure que 4 mois. Laisser donc les joueuses sans activité pendant un an constituait une grande menace pour cette discipline. C'est juste un travail physique, intégré avec ou sans ballon. Nous mettons donc l'accent sur les exercices de repère.

Le comité de normalisation imposé par la FIFA ne rend-il pas beaucoup plus complexe votre travail ?

Aucun pays ne souhaite cette situation dans sa fédération. Mais nous ne sommes que des acteurs. Nous n'y pouvons donc rien. Nous nous remettrons à ce qui sera en place. C'est une femme qui dirigera ce Comité de Normalisation. Je m'en réjouis. Mais, pour moi, il faut plutôt penser beaucoup plus à la carrière des footballeurs et des footballeuses. Notre souhait ardent est que nos filles puissent pratiquer le métier qu'elles ont choisi. Parce que le football féminin ivoirien ne doit pas mourir.

Sélectionneuse, instructrice-FIFA et CAF et surtout femme au foyer. Comment arrivez-vous à gérer votre vie ?

Je rends un grand hommage à mon époux (NDLR : Haïdara Souhalio, sélectionneur des Eléphanteaux juniors et des Eléphants Olympiques). Il est d'un soutien inestimable pour moi. J'ai la chance de l'avoir à mes côtés. C'est effectivement lui qui me permet de juguler cette vie. Parce qu'il est très compréhensible. Je n'oublie pas aussi nos enfants qui comprennent les effets collatéraux de notre métier. Avec la grâce de Dieu, nous arrivons donc à tenir le coup.

Réalisé par Jean-Claude DJAKUS

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