fbpx
French VERSION

JO 2021 : Soraya Haddad : «une médaille olympique n’assure pas un avenir »

Soraya Haddad

Vous avez gagné votre médaille de bronze aux JO de Pékin (2008), comment avez-vous préparé votre performance ?

La préparation des Jeux olympiques est une préparation de longue durée qui remonte à des années avant le jour J. Depuis ma médaille de bronze aux Championnats du monde 2005 en Egypte. Ou même avant lors de mes premiers Jeux olympiques à Athènes en 2004 où j’ai pris la neuvième place, c’est là que ça a commencé. Je perds en quart de finale, j’avais 19 ans seulement. Là déjà, on a commencé à y croire ! Et à fixer comme objectif le podium olympique. Cette médaille, on l’a préparée pendant des années. Un cycle olympique minimum de quatre ans de 2004 à 2008.

Racontez-nous cette journée, votre état d’esprit au réveil, le stress, l’excitation, la joie que vous avez ressentie…

Le jour J, on se teste par un simple geste dès le réveil. Et on sent directement si on est vraiment au top ou dans une forme moyenne. Ce jour-là, je m’en rappelle très bien. J’étais en effet, au meilleur de ma forme. Tout a été notamment bien calculé lors de la préparation pour que je sois très en forme à ce moment. Un peu de stress et de trac au vu de l’importance de la compétition. C’était tout à fait normal. Il y avait une certaine pression.

Car on m’avait désigné comme ‘’médaillable’’ olympique. On comptait beaucoup sur moi pour faire un podium vu mes prestations lors des stages à l’étranger. On pouvait se situer un peu dans les tournois par rapport à mes concurrentes. Le jour J, la forme était là. Dès le premier combat, je suis alors rentrée dans la compétition à fond. J’étais très concentrée. Tout était là ce jour-là ; le mental, le physique.

Quelle a été votre première pensée après avoir décroché cette médaille ?

Après la victoire, comme vous pouvez le voir dans la vidéo, j’ai fondu en larmes, c’est normal. Il y a  aussi tous les sacrifices auxquels on a dû consentir. Les difficultés lors de la préparation qu’on a en tête. C’est tous ces efforts qu’on a faits tout au long de ces années qui nous reviennent en forme de joie. Enfin, on réalise notre rêve ! Ensuite, j’ai pensé aux gens qui m’ont aidé ; mes entraineurs, ma famille de les rendre aussi heureux.

Quelles ont été les retombées de votre médaille ?

Avoir une médaille olympique, c’est le sommet. C’est le plus grand événement de l’univers du sport. Etre médaillé, c’est un exploit. Votre nom s’écrit donc dans l’histoire du sport algérien et les générations futures sauront qui vous êtes. Vous allez toujours exister dans l’histoire de votre sport.

On a ça comme grande victoire. Il y a aussi la joie qu’on fait rentrer dans les cœurs des gens, de la famille du Judo. C’est une grande réussite et un acquis. C’est le respect et l’admiration qu’on reçoit à ce jour. C’est aussi ça le gain qu’on peut avoir quand on est grand champion et qu’on a honoré notre pays.

Et sur le plan financier ?

Après sur le plan financier, c’est une bonne question. Ça reste un problème pour tous les médaillés olympiques ou mondiaux. Nous ne sommes pas considérés à notre juste valeur. Une médaille olympique n’assure pas cependant un avenir, c’est ça le problème. Toute ta vie, tu sacrifies ton temps pour ce sport ainsi que pour hisser le drapeau et être ambassadeur du pays. Puis à la fin de ta carrière, tu te retrouves un peu à recommencer ta vie à zéro, c’est obligé.

Si tu as fait des études tant mieux car tu auras ton poste sinon franchement il y a beaucoup de médaillés olympiques qui sont au chômage. On en connait. Il y a les boxeurs oranais, les premiers ont eu beaucoup de difficultés. Moi par exemple, si ce n’était pas mes études, je n’aurais pas eu mon poste de conseillère en sport. Heureusement que j’ai fait des efforts personnels et que je me suis préparée à intégrer le monde des entraineurs.

 

«Il y a beaucoup de médaillés olympiques qui sont au chômage»

 

Comment trouver des solutions pour que les médaillés olympiques soient alors à l'abri une fois à la retraite ?

Nous nous sommes déjà réunis pour trouver des solutions à ce problème ne nous sommes que 15 médaillés olympiques. On en a toujours parlé, il faut donc qu’il y ait un statut de l’après carrière pour les champions et les athlètes qui ont fait des résultats.

Concernant la notoriété, il est vrai qu’une fois que j’ai fait mon nom c’est tout à fait normal qu’on soit reconnu dans la rue. Dans ma ville et grâce à mon nom, ça a développé du côté du sport féminin. Il y a ce gain. Vous devenez un exemple à suivre et un encouragement pour les autres.

Qu’est devenue la médaille aujourd’hui?

Elle est à la maison. Si je vous dis où elle est exactement, on va me la voler (rires, ndlr). Elle est bien gardée chez moi.

Que sont devenus vos kimonos ?

Bien sûr que je garde tout ; les kimonos, les dossards. J’ai même gardé des kawis avec lesquels je gardais mon poids. Il y a aussi quelques vêtements qu’on garde. Ça restera toujours un bon souvenir pour nous.

A quelle place placez-vous ce souvenir parmi les meilleurs de votre vie ?

C’est elle qui a fait que ma vie est devenue exceptionnelle et unique. Franchement le judo m’a forgé, et m’a beaucoup appris. Ça m’a fait grandir et découvrir. Le judo m’a aussi aidé à mieux me comporter dans la vie quotidienne et la victoire.

C’est celle qui a fait de moi la femme qui est heureuse aujourd’hui malgré les difficultés et les manques. Ça m’a beaucoup apporté dans ma vie. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui je suis cette femme un peu exceptionnelle vis-à-vis des autres, dans le secteur. Quand on est à l’étranger, on reste unique et on est respecté.

Touabi Juba ARRIS

 

SNA vous en dit plus !

Pas de recommandation
SPORTNEWSAFRICA,
LA RÉFÉRENCE DU SPORT EN AFRIQUE
TOUS LES SPORTS
LES SPORTIFS AFRICAINS
LES CLUBS AFRICAINS
LES GRANDES COMPÉTITIONS
LES SÉLECTIONS NATIONALES
SUIVEZ-NOUS SUR :
linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram