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Sport, mystique et sorcellerie (1/4) : «La magie noire fait partie de la puissance des sportifs»

Au Cameroun, le mystique est omniprésent dans le milieu sportif

Quartier Mendong, ouest de Yaoundé. Un lundi matin. Il est 5h GMT. Dans quelques jours, les jeux olympiques vont commencer à Tokyo, au Japon. C’est le moment des grandes manœuvres mystiques. Nji Titamfon Ousseni, un tradipraticien de renommé locale, est déjà au travail. Une cinquantaine de personnes sont  déjà assises dans la salle d’attente de son temple. Chacun est armé de matériel (un seau, des bougies rouges et blanches, des parfums mystiques) et attend ensuite de se faire consulter. Ousseni est très sollicité en cette période. Ses clients viennent de partout au Cameroun.

Ce qui lui sert de temple, est un appartement constitué de plusieurs pièces et subdivisées en plusieurs compartiments. On peut y distinguer, un espace pour ses consultations, une salle d’attente, et une grande salle de désenvoutement.

Ici, le guérisseur reçoit en effet tout type de patient. Des ministres, des enseignants, des militaires, des politiques. Mais à l’approche de grands évènements ou tournois sportifs, c’est la ruée. «Nous sommes à moins de dix jours des Jeux olympiques. J’ai déjà reçu plusieurs athlètes camerounais ici», raconte le mystérieux tradipraticien camerounais à Sport News Africa.

Héritage

Nji Titamfon Ousseni est âgé d’une cinquantaine d’années. C’est un homme de grande taille,  et de corpulence moyenne. Il est dans la pratique de la sorcellerie depuis le bas âge. Il a hérité de son papa avec qui il avait travaillé pendant plusieurs années. A sa mort, Nji Titamfon Ousseni a pris le relais. Il avait déjà été initié à la magie noire.

Au pays de Françoise Mbango Etonè, double championne olympique du triple saut (2004, 2008), la pratique de la sorcellerie est assez répandue dans le milieu du sport au Cameroun. Sur la terre des Indomptable, performances sportives ne vont pas sans pratiques mystiques. «Pour réaliser un beau parcours lors d’une compétition internationale, il faut s’entourer des choses qui apportent la puissance mystique au sportif»,  raconte Nji.

«Je me souviens encore en 2017, un mois avant la CAN qui se disputait au Gabon. Trois joueurs des Lions Indomptables, dont je tairai les noms, étaient venus me voir afin que je leur donne des gris-gris qui leur permettraient d’anéantir leurs adversaires», poursuit-il.

Chez les sportifs, certains sont entourés d’un groupe de marabouts qui sont chargés de préparer spirituellement le sportif afin qu’il puisse afficher de bonnes performances. Ainsi, en plus de l’entraînement physique, les marabouts seraient capables d’améliorer l’agilité du gardien, la puissance du défenseur, ou l’adresse de l’attaquant.

En 2002, pour leur qualification à la CAN et la Coupe du monde, le Cameroun aurait dépensé près de 50 millions de FCFA pour des pratiques mystiques auprès des marabouts qui leur ont auraient «imposé des séances de danses nocturnes au stade omnisports Ahmadou Ahidjo de Yaoundé», selon une source bien introduite à la Fédération Camerounaise de Football (Fecafoot).

A Yaoundé, Nji Titamfon fait partie de ces marabouts qui se vantent qu’ils peuvent «décider du sort d’un match» et de rappeler que c’est chez lui «que le Cameroun s’était préparé pour remporter la CAN 2017 ».

Une histoire de totems

Dans l'univers des totems mystiques

Benjamin Assakaba est également un ancien footballeur du Canon de Yaoundé. Il s’est reconverti dans les affaires après une dizaine d’années au sein du club historique de la capitale camerounaise, «pendant le match, lorsque j’avais le ballon, les joueurs de l’équipe adverse qui venaient me barrer, voyaient un serpent. En lieu et place du ballon. Ça dépend des totems, lorsque ton totem est le tigre, les joueurs adverses voient le tigre devant eux. C’est cela le football. Tu ne peux rien sans cela. J’avais toujours une chaîne autour du cou. C’était mon totem. Certains footballeurs trempent leurs maillots dans les urines traitées par des sorciers pour jouer au football. Vous qui êtes dans les gradins, vous ne pouvez pas le voir», explique-t-il.

Propos de surréalistes certes, mais croyance très partagée dans le milieu sportif. Pour interpréter la mort d’un international camerounais, décédé en pleine carrière, Assakaba martèle par ailleurs, avec conviction«Cette mort n’est pas due au hasard. Elle est la résultante d’un processus mystique. Mon maître spirituel m’avait déclaré que, de son vivant, ce joueur était sous le contrôle des tradipraticiens. Il avait demandé plus de pouvoir et avait fini par ne pas respecter les conditions qui allaient avec. »

La chauve-souris dans la cage malienne

Un autre arsenal mystique

Le sport reste avant tout une activité qui exige un travail assidu et organisé. « Un sportif peut avoir les meilleurs marabouts du monde mais, s’il ne s’entraîne pas régulièrement et ne cherche pas à s’améliorer au quotidien, il n’avancera jamais. » souligne toutefois, Eleme Asumu, analyste sportif équatoguinéen. « Sa carrière sera un échec faute de travail. Décider de devenir meilleur dépend d’abord de soi-même. Les marabouts ont aussi leurs failles et leurs prescriptions ne sont pas toujours des réussites», poursuit l’analyste.

Chez les Lions indomptables, grande force du football africain (5 CAN remportées), les histoires mystiques foisonnent aussi. Comme cette année 2010. Le Cameroun est qualifié pour la Coupe du monde en Afrique. Pour une première continentale du trophée le plus prestigieux du football, les Camerounais vont passer une nuit au Stade Ahmadou Ahidjo. Un stade construit selon les autochtones sur un cimentière, raconte le journaliste camerounais Jean Bruno Tagne dans son livre « Programmer pour échouer ».

Un autre cas ? « En 2002 par exemple, lors de la demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations qui avait opposé le Cameroun au Mali, Thomas Nkono, un joueur ancien joueur Camerounais, sélectionneur adjoint du Cameroun à l’époque, avait été pris à parti par les supporters maliens qui l’accusait d’avoir jeté un sort dans les buts maliens. Il s’agissait d’une chauve-souris morte. Les Maliens avaient vu l’action du Camerounais et avaient exigé que celui-ci retire le cadavre de l’animal de leur cage. Au final, le Mali s’était lourdement incliné sur le score de 3-0», rappelle donc Nji Titamfon qui faisait partie de l’équipe des tradipraticiens du Cameroun cette année-là.

Fabien ESSIANE

 

Trois questions à… Nji Titamfon Ousseni: «La magie noire fait partie de la puissance des sportifs»

Nji-Titamfon

Pouvez-vous nous parler de votre métier de tradipraticien ?

Je suis tradipraticien, guérisseur et voyant camerounais. Je sauve ainsi des vies et je donne la puissance mystique à ceux qui en n’ont besoin. Et ça fait 20 ans que je fais ce travail. C’est un travail très difficile. Il faut à chaque fois faire face à des esprits malins qui veulent nuire les êtres humains.

Vous savez, en Afrique, il y a beaucoup de sorcellerie. On bloque les gens pour rien. On n’empêche à certains de pouvoir évoluer. Il y a aussi des choses cachées mystiquement derrière nous. Et seul des yeux mystiques peuvent le voir. Pendant que certains se battent pour avancer, les esprits du malin, eux, se battent pour les bloquer. Dans le monde du sport par exemple, vous allez remarquer qu’il y a des choses très bizarres qui s’y passent.

Des blessures inexplicables, des décès curieux et inexpliqués. La magie noire fait partie de la puissance des sportifs. Donc, c’est un monde très compliqué. La sorcellerie en Afrique existe.

Quel type de personnes recevez-vous ici dans votre temple ?

Je reçois tout type de personnes. Des élèves, des étudiants, des fonctionnaires, des chômeurs, des sportifs, des malades mentaux, bref toutes les catégories de personnes. Les sportifs, en général, c’est à en effet l’approche des grands évènements sportifs que je les vois se ruer ici. Il y a aussi de temps en temps certains footballeurs du championnat qui viennent me voir afin que je leur donne les écorces pour qu’ils soient vus par les recruteurs et qu’on parle d’eux.

Avez-vous reçu des sportifs en partance pour les JO de Tokyo ? (NDLR : l’entretien a été réalisé quelques jours avant les JO)

(Rires) Vous voulez que je révèle mes secrets ? Non je ne vous dirai pas grand-chose. Sachez simplement que j’ai néanmoins reçu quelques sportifs qui iront aux Jeux Olympiques. Ils veulent aller gagner des médailles. Mais je leur ai dit de mettre aussi du leur, à part les écorces que je leur ai données.

Mes remèdes vont notamment empêcher leurs adversaires de les nuire par le blocage. Vous savez que les athlètes se bloquent souvent surtout lorsque les enjeux sont énormes comme aux Jeux olympiques. Il faut se préparer, il faut s’apprêter. Il suffit de venir me rencontrer. Je vous consulte, afin de voir ce qui se cache sur votre dos et autour de vous mystiquement.

Et ensuite, je mets des barrières en vous préparant une composition avec des écorces pris dans nos forêts. Je travaille avec les esprits du malin, les forces occultes et mes ancêtres. Ce sont toutes ces entités mystiques et divines, qui font ma force et ma puissance.

F.E

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