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Adel Amrouche, coach du Botswana : «Le mal de l’Afrique, c’est l’Afrique»

Le sélectionneur du Botswana, Adel Amrouche, n’est pas un homme à faire dans la langue de bois. Dans cette interview avec des journalistes africains, le technicien algéro-belge revient sans détour sur son parcours avec des révélations succulentes et des positions à choquer une certaine opinion. Mais assumées. 

Coach, vous n’avez connu que des équipes de secondes zones, pouvez-vous nous parler d’abord de votre parcours ? 

C’est un parcours atypique. Après la Belgique, où je me suis établi, je suis parti en Azerbaïdjan, en Ukraine… Dans ces deux pays, c’était pour valider mes diplômes européens, Licence UEFA Pro. C’était très difficile. Les étrangers sont confrontés au racisme dans leur cursus pour obtenir un diplôme comme celui d’Instructeur UEFA Pro. Ces diplômes m’ont ouvert des portes et à d’autres techniciens africains comme le Congolais Florent Ibenge. Concernant les clubs, c’est difficile de bosser en Afrique parce que la plupart des championnats ne sont pas professionnels.

Comment vous vous définissez comme entraîneur ?

Je suis quelqu’un de passionné. Je me vois comme un entraîneur formateur et c’est ce dont on a besoin sur le continent. C’est l’occasion pour élever le niveau des joueurs. Ces footballeurs ont besoin de grandir pour aller en Europe. Dans la zone australe, on me donne le nom d’architecte. Parce que je suis engagé dans ce métier de formateur.

Comment voyez-vous justement le niveau du football africain ?

Le gros souci, c’est qu’il n’y a plus de formateur, les techniciens viennent là pour des résultats. Or, dans un passé récent, il y avait plein de formateurs. Quand je suis allé en RD Congo, par exemple, j’ai vu les gens jouer partout. Mais maintenant, on tue la créativité des footballeurs africains. On ne laisse pas les joueurs s’exprimer. Et c’est un véritable problème. La CAF doit travailler à résoudre ce problème qui risque de tuer l’essence du football africain.

À votre avis, pourquoi les Fédérations africaines ne font pas confiance aux coaches du continent ?

Je ne crois pas que ce soit un manque de confiance, mais un manque d’intérêt. J’ai été approché par des présidents de Fédération qui m'ont demandé des pourcentages. Si certains acceptent, ça ne marche pas avec moi. C’est parfois incompréhensible de voir des techniciens européens sans grande expérience se voir confier des postes de responsabilité. Le mal de l’Afrique, c’est l’Afrique. Beaucoup de présidents de Fédérations africaines préfèrent s’arranger avec des techniciens européens pour gagner des sous. Tout le monde sait qu’il y a de grands techniciens en Afrique. Mais ils ont été toujours critiqués malgré leur talent. Et pourtant, la dernière CAN a été gagnée par l’Algérie avec un coach local, l’Egypte l’a aussi réussi dans le passé avec aussi un coach égyptien.

Que pensez-vous justement du coach de l’Algérie ?

Je ne peux pas juger le coach de l’Algérie, je peux tout juste dire qu’il a apporté sa touche et c’est l’entraîneur qu’il faut pour l’Algérie. C’est quelqu’un qui a su amener cette équipe au top. Et avec le temps, il pourra certainement améliorer encore cette équipe et jouer les grands rôles au niveau mondial. C’est ce que je souhaite. Moi, je ne rêve plus de coacher les Fennecs. C’était un rêve de jeunesse, mais plus maintenant. Je suis heureux de mon parcours jusque-là. J’ai été nommé par exemple au Burundi pour un an et je me suis retrouvé à y travailler pendant cinq ans. C’est ce genre d’aventures qui me plaît. S’il y a un rêve, c’est de voir des coaches africains au plus haut niveau en Europe.

Qu’est-ce qui explique que vous n’ayez-vous jamais entraîné en Algérie ?

Pour être franc avec vous, j’essaie d’éviter d’entraîner en Algérie. Je ne me vois pas coacher en Afrique du Nord. J’ai essayé à l’USMA Algérie, nous avions fait une bonne préparation et je devais gagner le titre facilement dans cette équipe qui est mon équipe de cœur. Mais il y a beaucoup de gens qui sont dans l’émotion pas dans la raison. Sincèrement, je préfère me retrouver dans les autres pays africains où ni la tradition ni la religion ne peuvent prendre le dessus. Je ne me retrouve pas dans la mentalité nord-africaine, j’ai fait l’USMA, Mouloudia d’Alger, mais je n’ai pas pu continuer.

Comment êtes-vous arrivé au Botswana ?

Ça a commencé en 2008, mais il a fallu attendre une dizaine d’années plus tard pour que je prenne le poste de sélectionneur. Là-bas, j’ai été obligé de renvoyer non seulement des joueurs, mais aussi des membres de mon staff technique impliqués dans des pratiques mystiques. Nous sommes quand même en 2020, il faut qu’on avance, on ne peut pas parler de fétiches. Et c’est le même cas quand il a fallu renvoyer des joueurs qui sont arrivés ivres. Il y a un temps pour tout, surtout, il faut une discipline puisque nous venons en tant qu’ambassadeur.

Quid de votre conflit avec le Kenya ?

C’est tout juste de mauvais payeurs. Le contrat que j’avais signé avec eux, c’est la FIFA qui a tranché et ils doivent me payer comme ils l’ont fait pour leurs autres coaches et comme les autres pays le font pour leurs entraîneurs. J’ai travaillé, ils doivent me payer, je ne travaille pas gratuitement. Voilà.

Un mot sur la CAN tous les quatre ans ? 

Je pense que c’est tuer le rêve des joueurs. Tous les quatre ans, beaucoup de choses peuvent se passer. Ce n’est pas une bonne idée. En Afrique, il y a un besoin d’exposer des joueurs. Il y a une grande joie de voir la CAF organiser le CHAN. La CAN doit se jouer tous les deux ans, pour donner du rêve et aider les joueurs à progresser. Nous devons rester dans le même format, organiser le CHAN et les tournois régionaux.

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