Alexis Arnal Bass: «Comment redynamiser le rugby sénégalais»

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Alexis Arnal Bass: «Comment redynamiser le rugby sénégalais»

Sport News Africa est allé à la rencontre d’Alexis Arnal Bass. Agé d’une cinquantaine d’années, cet ancien joueur de rugby est installé au Sénégal depuis bientôt 15 ans, il a dirigé l’équipe nationale féminine de rugby à VII. Aujourd’hui, il est membre de la Fédération sénégalaise de rugby (FSR). Pendant presque un tour d’horloge, il a accepté d’échanger sur le rugby sénégalais. De l’état de cette discipline à sa pratique par les hommes et les femmes au Sénégal, tout y passe. Entretien

Alexis Bass, comment se porte le rugby sénégalais ?

Le rugby sénégalais est à la croisée des chemins. Pour la sélection nationale masculine, il y a un léger renouveau avec le changement de staff et l’arrivée de Yohann Moinet. Pour le moment, le second souffle a du mal à arriver au niveau des autres sélections. Notamment le Rugby olympique à 7, les féminines et les U20. Au niveau des championnats domestiques, c’est vraiment très difficile. Entre les conditions inchangées avec le manque de soutien récurrent du ministère des Sports et les conditions pénalisantes dues au Covid-19…

Où se situe le rugby sénégalais en Afrique ?

L’essor du rugby sénégalais d’il y a 5 ans est freiné pour diverses raisons. Il y a une stagnation, voire une régression sensible. Car en 2010, lors du tournoi international féminin de Ouagadougou, le Sénégal est arrivé en finale après avoir battu le Ghana, le Congo, le Maroc et le pays organisateur, le Burkina Faso. La seule défaite était en finale, face aux Tunisiennes, beaucoup mieux préparées. L’année suivante à Thiès, la qualification pour la Coupe du monde nous avait échappé après prolongations face à la même Tunisie. Chez les hommes en 2008 à Tunis, nous avons été la seule équipe à tenir tête au Kenya. On a perdu 19-22 parce que l’on a pris un essai en contre alors que nous menions 19-15. Six mois plus tard, le Kenya atteignait les demi-finales de la Coupe du monde de rugby à VII, après avoir battu la France et les Fidji, champions du monde en titre. C’est vous dire que l’on avait fait des pas de géants. En 2010, l’équipe nationale universitaire prenait la 5e place en battant le Maroc chez lui et obtenait également le prix du fair-play.

Alors, qu’est-ce qui explique cette régression ?

Pour moi, cette stagnation est en partie à cause de la difficulté à installer le rugby durablement dans les régions pour en retirer les fruits. Au niveau des sélections, on est donc contraint de s’appuyer sur Dakar (la capitale) et sa banlieue. Et les SENEFS (les sénégalais évoluant en France), ce n’est pas toujours facile de les faire venir. La Direction technique nationale (DTN) et la commission d’organisation du championnat national doivent être plus créatifs et efficaces pour remédier à cela.

Justement, cela signifie que le rugby ne se joue pas partout sur le territoire sénégalais ?

Malheureusement non. Quelques années auparavant, il y a eu du rugby à Saint Louis, dans le Sine Saloum, la Somone, Nianing mais aussi Thiès. Cependant, cela n’a pas été accompagné dans la durée. Pour arriver à avoir des clubs en dehors de la capitale, il faut non seulement organiser des compétitions nationales régulières mais surtout valoriser les acteurs de ces structures régionales comme il se doit. Tout ne doit pas partir de Dakar. Sinon, cela fait naître un sentiment de frustration et un découragement.

Culturellement, le Sénégal n’est pas un pays de rugby. Comment convaincre les jeunes, surtout les filles, à la pratique de la discipline ?

Pour convaincre les néophytes ou les profanes à s’intéresser aux valeurs rugbystiques, nous avions entamé, il y a 10-15 ans, un développement à plusieurs niveaux. D’abord la petite catégorie. On a introduit le rugby dans les écoles. Ensuite, nous avons formé des éducateurs, des arbitres mais aussi des médicaux et des préparateurs physiques. Après avoir discuté avec le président de la fédé, par rapport au rugby féminin, j’ai monté de toutes pièces une équipe de rugby à 7 avec des filles venues du handball, du judo, du volley, de l’athlétisme et du basket. La plupart étaient des pensionnaires de l’Institut National Supérieur de l’Education Populaire et du Sport de Dakar (INSEPS). J’ai monté les Coccinelles de Ouakam où j’habite (quartier de Dakar). Après 2 tournois de réglages, nous étions devenus parmi les équipes de référence du championnat féminin sénégalais… Trois parmi ces joueuses avaient largement le niveau pour intégrer l’équipe nationale (propos du président de la FSR). Il y avait neuf équipes dans le championnat féminin en 2014. Malheureusement le championnat fut stoppé pendant trois mois à l’époque pour permettre aux 12 joueuses sélectionnées chez les Lionnes de se préparer. J’ai libéré, la mort dans l’âme, ces sportives venues d’autres horizons, pour qu’elles retournent dans leurs sports d’origines. J’ai essayé mais je n’ai jamais pu reconstituer un tel groupe.

Que devient l’école des piliers qui avait été lancée au Sénégal il y a quelques années ?

L’école des piliers a été mise en place en 2010 par le président de la FSR. C’est devenu par la suite la Pack Académie, sur avis de Serge Simon et Didier Réitère, à l’époque. Étant pris par le poste de sélectionneur de rugby féminin à 7, la mise en place d’autres missions fédérales et surtout avec les réticences de certains clubs à libérer leurs avants, je n’ai pu pérenniser cette mission… Ma rencontre avec l’international français Benjamin Noirot (ex-talonneur, champion de France et d’Europe) et son frère Franck, me permet de penser à recréer la Pack Académie. Bien-sûr, si cela est officiellement appuyé par la DTN actuelle et les clubs. Mon souhait est de commencer à travailler à partir des cadets, jusqu’aux séniors.

Pensez-vous que l’on peut professionnaliser le rugby au Sénégal ?

Il est illusoire de penser professionnaliser le rugby au Sénégal, là où même le championnat pro de football tire le diable par la queue. Par contre, les meilleurs joueurs de rugby locaux ont la possibilité de faire les beaux jours de clubs français, avec des contrats sportifs. Surtout en fédéral 2 ou 3 (4e et 5e division en France).

Quels sont pour vous les pays africains qui progressent actuellement énormément au rugby ?

Le Kenya avec le rugby à 7. L’Algérie si elle structure son championnat local. La Côte d’Ivoire qui se remobilise. Enfin, le rugby africain dans la zone anglophone. Car culturellement et structurellement, ils sont mieux achalandés.

Demba VARORE

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