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Affaire Yan Diomandé : révélations sur le bras de fer entre Max Gradel et Roc Nation

Un conflit contractuel aux enjeux colossaux oppose Yan Diomandé à Maxidel Management, fondé par le champion d’Afrique 2015 et 2023, Max-Alain Gradel. Sport News Africa a rencontré l’entourage des deux protagonistes pour essayer d’en comprendre les contours.

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Affaire Yan Diomandé : révélations sur le bras de fer entre Max Gradel et Roc Nation

L’affaire opposant Yan Diomandé à Max-Alain Gradel, via son agence Maxidel Management, dépasse largement le simple différend contractuel. Elle met en lumière les zones d’ombre de la représentation sportive, la course aux plus offrants et les ressorts juridiques qui entourent la gestion de carrière des joueurs. 

La genèse du problème 

Le conflit entre la structure ivoirienne et le prodige ivoirien trouve son origine dans un refus de reconduction (ou de reconnaissance) d’un mandat de représentation. En effet, le 6 février 2026, Maxidel Management, l’agence de l’ancien international ivoirien, publie un communiqué dans lequel elle accuse Yan Diomandé d’avoir signé avec une autre structure sans respecter ses obligations contractuelles en vigueur. 

« Nous avons été surpris d’apprendre que le joueur Yan Diomandé, lié contractuellement à notre agence, aurait signé avec une autre structure sans information, consultation ni notification préalable, contrairement aux obligations prévues dans le cadre de notre relation contractuelle. »

En clair, Maxidel évoque un manquement grave aux clauses du contrat, lequel, selon l’ancien capitaine des Éléphants court jusqu’en juin 2026 (1er contrat) voire décembre 2027 (celui de la prolongation).

Cette révélation agit comme un détonateur. Très vite, la toile s’embrase. Les camps se forment, se braquent, les versions s’affrontent et les accusations se multiplient, nourrissant un feuilleton où la passion l’emporte parfois sur le bon sens.

Le rôle clé de Dez Bamba et les premières zones d’ombre

Au cœur de la bataille, une figure centrale ; Dez Bamba, fondateur de l’Académie Inter Foot Sud Comoé. Il est le formateur et mentor de Yann. Ce dernier n’a jamais caché ses réserves sur la gestion du premier dossier Yan Diomandé par Maxidel. Sport News Africa l’a rencontré le 16 février 2026, autour de 17h GMT, dans un restaurant branché des II Plateaux Vallons à Abidjan. Il n’a pas caché son amertume et sa déception. 

« J’ai commencé à avoir des doutes sur la capacité de Max Gradel à être transparent avec nous »

« C'est en 2022 que j’ai eu les premiers contacts avec Max Gradel. A l’époque, il y avait Leipzig qui voulait Yan au même moment que Monaco. Mais avant le club monégasque, il y a eu Sunderland qui disait vouloir payer les 20 millions d’euros de clause libératoire de Yan à Leganès son club d’alors. Max nous a dit que l’offre était même sur la table. Nous étions d’accord et après, ça ne s'est pas fait. Plus tard, j’ai appris que Sunderland n’avait que 10 millions d’euros. J'ai demandé à Max pourquoi m’avoir menti sur l’offre des Anglais ? A partir de là, j’ai commencé à avoir des doutes sur sa capacité à être transparent avec nous mais par respect pour lui, par naïveté aussi, j’ai continué la collaboration », nous a révélé Dez Bamba.

Malgré ça, une situation l’oblige à signer avec Maxidel. « Quand est venue l’offre de Leipzig, c’est un Allemand qui a contacté Max afin qu'il nous en parle. Ce monsieur ne savait pas comment nous joindre. Max nous a alors demandé de signer avec lui pour un an (2025-2026) avant que Leipzig n’engage Yan. Nous étions obligés de le faire sinon nous perdions un contrat. Mais après, plus rien n’a été respecté », a continué celui qu'on appelle le "père de Yan Diomandé ". 

« Dès le premier contrat, il y avait déjà eu un abus comme je vous l’ai expliqué. (…) Max Gradel n’a trouvé aucun contrat de sponsoring, aucun contrat de club, mais il voulait prolonger Yan. Nous avons dit non », a-t-il coupé. 

200 millions, Mercedes et Rolex... les révélations de Maxidel

Ainsi, selon lui, la collaboration avec Maxidel n’aurait pas produit les résultats attendus, ce qui aurait motivé la décision de ne pas prolonger l’aventure. Cette version s’oppose diamétralement à celle de Jean-Martial Lopoh, agent FIFA à Maxidel. C’est lui qui a mené toutes les discussions et finalisé les contrats. Il soutient mordicus que Yan Diomandé a bel et bien signé une prolongation jusqu’en 2027, assortie d’une importante contrepartie financière. Sport News Africa est allé à sa rencontre dans le quartier huppé de la Riviera Golf 4 le même soir, vers 21h GMT. Il s’est voulu clair avec des preuves à l’appui dont des échanges mails, des messages et des audios.

Yan Diomandé avec Lopoh Jean-Martial le 31 décembre 2025 à Marrakech.

 « Yan a signé sa prolongation avec notre écurie, à Marrakech, juste après le 3e match des Éléphants face au Gabon (2-3). Son 1er contrat avec nous court jusqu’en juin 2026, je tiens à préciser. Le jour où il signait, il y avait des coéquipiers présents qui pourront vous le confirmer. Par ailleurs, les photos de la signature et le contrat sont disponibles. Il n’y a rien de caché », rassure le représentant de Maxidel avant de révéler des chiffres ahurissants. « Maxidel a versé à Yan Diomandé 200 millions de francs CFA dont une cinquantaine en liquide et le reste viré sur son compte. Les traces sont là. En plus, un bolide, une Mercedes GLE dernier cri lui a été offert. On a même rajouté, en bonus, une montre Rolex. Il était heureux mais en un rien de temps, tout a basculé », avoue Lopoh. 

Roc Nation entre en scène

Entre-temps surgit un acteur mondial : Roc Nation Sports, l’agence de représentation sportive fondée par le rappeur américain Jay-Z. Sur la plateforme spécialisée Transfermarkt, Roc Nation apparaît désormais comme représentant officiel du joueur depuis le 6 février 2026. Selon Maxidel, Dez Bamba avait déjà encaissé une commission avec la société fondée par le rappeur américain Jay-Z. Il avait donc une dette envers les Américains. C'est lui qui a convaincu Yan de signer en promettant qu’il n’y aurait aucune incidence sur sa carrière, malgré sa rallonge de bail chez Maxidel. 

« J’ai envoyé un message à mon papa Dez Bamba pour lui dire que je veux continuer avec Maxidel »

Pour les observateurs, ce choix n’a rien d’anodin. Primo, Yan Diomandé et son entourage dont Dez Bamba n’ont jamais officiellement confirmé la prolongation de contrat mentionnée par l’agent. Toutefois, le joueur lui-même a envoyé un message à Maxidel, autour du 5 février 2026, où il écrit ceci : « J’ai envoyé un message à mon papa Dez Bamba pour lui dire que je veux continuer avec Maxidel ».

Quelques heures plus tard, le gamin en or du foot ivoirien était vu en compagnie de l’actrice américaine Kim Kardashian et du joueur international brésilien, Vinicius Junior. Il signait dans la foulée avec l’agence américaine en prenant soin de rembourser et l’argent et la voiture qu'il a reçus pour prolonger. D’où le courroux de la boîte créée par Gradel. « Retourner de l’argent reçu n’annule malheureusement pas un contrat signé en bonne due forme », lâche, amer, Lopoh. 

Roc Nation, c’est l’élite du marketing sportif, un réseau international, une puissance financière et stratégique capable de propulser une carrière vers de nouveaux sommets. Mais ce changement, sous réserve de confirmation, pose un problème juridique majeur : Yan Diomandé était-il encore contractuellement lié à Maxidel au moment de signer ailleurs ? « Oui », répond Lopoh. 

Imbroglio juridique aux lourdes conséquences sportives ?

Selon le journaliste italien Sacha Tavolieri, l’existence d’un contrat toujours valide entre Yan Diomandé et Maxidel aurait déjà produit ses effets. Liverpool, pourtant très intéressé par le profil du prodige ivoirien de 19 ans, aurait mis fin aux discussions après avoir été informé de cette situation contractuelle litigieuse. Pire : le contrat serait officiellement enregistré auprès de la Fédération anglaise de football (FA), avec, en supplément, une cession partielle des droits à l’image du joueur. Dans le football moderne, rares sont les clubs de cette envergure qui s’engagent sans sécurité contractuelle totale.

Silence stratégique de Roc Nation ? 

Pendant que la polémique enfle en Côte d’Ivoire, Roc Nation reste étonnamment silencieuse. Une omerta qui intrigue, mais qui, pour certains, traduit une grande sérénité. « Il est inutile de chercher à discréditer Dez Bamba. L’enfant est aux côtés de son père et ils ont décidé de mettre fin à leur collaboration avec Gradel. Comme le contrat de ce dernier expire dans quelques mois, il semble financer une campagne de dénigrement contre Yan et sa nouvelle famille. Cependant, la nouvelle agence réglera les indemnités nécessaires pour clore définitivement ce chapitre. Dans tout contrat de représentation d’une agence sérieuse ou d’un agent, il y a toujours un dédommagement financier quand une partie “casse” le contrat. Roc Nation a, comme on dit en Anglais, log le contrat de Yan. Ils l’ont déjà introduit, ils ne feront pas machine arrière », explique l’agent ivoirien Valer Saint-Clair, qui avait représenté au début des années 2010 Aruna Dindane et Kolo Touré. 

Cette posture laisse penser que la multinationale américaine a plus ou moins sécurisé juridiquement son opération, quitte à indemniser l’ancienne agence en cas de rupture abusive. En tout état de cause, Maxidel Management a prévenu dans son communiqué « qu’une procédure officielle sera engagée et que l’affaire sera portée devant les instances compétentes de la FIFA, afin que les droits de [leur] structure soient pleinement respectés et que toute la lumière soit faite sur les circonstances entourant cet engagement ».

De l’avis de Doumbia Daouda, juriste spécialisé en droit du sport et agent FIFA, « le sujet est à la fois pertinent et sensible, d’autant plus qu’il concerne les services d’agents et d’autres types de services qui s’alignent avec les besoins des joueurs, que seuls des professionnels autorisés peuvent accomplir. Il faut donc l’aborder avec responsabilité, objectivité et sans passion ».

Dans cette affaire où gros sous, ambitions et ego s’entremêlent, qui de la vérité juridique ou du règlement à l’amiable l’emportera ? Wait and see.

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À propos de l'auteur

Séverin SANH

Séverin SANH

Rédacteur sportif

Journaliste, correspondant SNA en Côte d'Ivoire.

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