CAF : soupçons de manipulation et guerres d’influence autour du secrétariat général

Alors que le football africain est à l'heure du bilan concernant la participation de ses 10 représentants au Mondial 2026, ses coulisses administratives sont à nouveau secouées par de vives turbulences. Depuis le départ en mars de l'ancien secrétaire général Véron Mosengo-Omba, l'intérim assuré par Samson Adamu cristallise toutes les tensions. Entre un processus de recrutement opaque et le jeu d'influence très serré de la FIFA, l'instance connaît de nouveaux remous.

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CAF : soupçons de manipulation et guerres d’influence autour du secrétariat général

Le 29 juin dernier, la CAF a pris une initiative a priori historique : ouvrir publiquement les candidatures pour le poste de secrétaire général, l'un des rôles exécutifs les plus puissants et influents du football africain. Mais cette vitrine de transparence s'est rapidement fissurée sous le poids d'un calendrier pour le moins provocateur.

24 heures chrono

L'avis de vacance a initialement été publié avec une date limite de dépôt des dossiers fixée au 30 juin, laissant aux candidats potentiels à peine 24 heures pour préparer et soumettre leur candidature. Devant le tollé général suscité en interne comme en externe, la CAF s'est vue contrainte de repousser l'échéance au 10 juillet.

Pour de nombreux observateurs, le mal est déjà fait et l'argument de l'oubli administratif ne tient pas. Ce calendrier présente toutes les caractéristiques d'une tentative délibérée de verrouiller le scrutin pour empêcher toute concurrence réelle. De plus, lancer un tel processus en pleine Coupe du monde, alors que l'attention de toute la communauté du football et des médias est focalisée sur la compétition, s'apparente à une manœuvre pour soustraire cette décision cruciale au regard du grand public.

L’ombre encombrante de la dynastie Adamu

Au cœur des suspicions de manipulation se trouve l'actuel secrétaire général par intérim, Samson Adamu. Nommé à la suite du départ de Véron Mosengo-Omba, le Nigérian jouit d'une belle côte de popularité au sein de l'instance et est apprécié notamment pour le rôle qu'il a tenu lorsqu'il était directeur des compétitions de l'instance. Plusieurs membres au sein du comité exécutif verraient d'un bon oeil qu'il soit conforté dans ses nouvelles fonctions.

Mais certains le soupçonnent de manœuvrer en coulisses pour obtenir sa titularisation définitive et voient d'un mauvais oeil une future nomination à ce poste en raison du fait qu'il soit le fils d'Amos Adamu. Figure déchue du football continental, l'ancien membre du Comité exécutif de la FIFA avait été lourdement sanctionné en novembre 2010 par la Commission d'éthique de l'instance internationale. Piégé en caméra cachée par des journalistes infiltrés du Sunday Times, il avait été filmé en train de solliciter 800 000 dollars en échange de son vote pour l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022.

Reconnu coupable de violations graves du Code d’éthique (notamment sur les règles de conduite, la loyauté, la confidentialité et la corruption), Amos Adamu avait écopé d'une suspension de trois ans, confirmée en appel puis validée par le Tribunal arbitral du sport (TAS) en février 2012. En 2017, la Commission d'éthique indépendante de la FIFA lui avait infligé une seconde suspension de deux ans pour de nouveaux manquements durant son mandat. Voir aujourd'hui son fils s'installer durablement à la tête de l'administration fait craindre aux acteurs du football africain un terrible retour en arrière, marqué par le clientélisme et l'opacité.

Une gouvernance à deux vitesses

Ces manœuvres de coulisses mettent en lumière un contraste saisissant au sein de la CAF. D'un côté, le football africain affiche une santé retrouvée, portée par des performances historiques lors des tournois internationaux et une augmentation constante des investissements commerciaux. De l'autre, la machine administrative semble grippée.

Des sources internes font état de défaillances structurelles et récurrentes en matière de gouvernance. Sont notamment pointés du doigt l'opacité des processus décisionnels, des zones d'ombre dans la gestion financière et un enlisement marqué du rythme des réformes institutionnelles. Pour les parties prenantes, la nomination du prochain secrétaire général ne sera pas une simple décision de gestion du personnel, mais un indicateur fort de la volonté réelle de la CAF de s'engager vers la transparence et la responsabilité.

La FIFA en embuscade pour garder le contrôle

Dans cette guerre d'influence, la CAF n'est pas le seul acteur à abattre ses cartes. Selon nos informations, la FIFA suit de très près l'évolution de ce recrutement. L'instance faîtière du football mondial verrait d'un très bon œil l'accession au poste d'un candidat issu directement de son propre giron, à l'instar du secrétaire général sortant Véron Mosengo-Omba.

Pour Zurich, l'enjeu est de taille : placer un homme de confiance à la tête de l'administration de la CAF permettrait de maintenir une emprise étroite sur l'instance africaine et de s'assurer un relais d'influence géopolitique majeur au sein du football mondial, au moment où le président Gianni Infantino souhaite briguer un nouveau mandat en mars 2027.

Alors que la CAF s’emmure dans le silence et refuse de commenter officiellement le couac de la date limite ou les critiques sur son fonctionnement, le football africain se retrouve à la croisée des chemins. Reste à savoir si l'instance choisira de privilégier l'intégrité et la réforme, ou si elle cédera aux vieux réflexes des arrangements de coulisses.

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À propos de l'auteur

Malick BAMBA

Malick BAMBA

Rédacteur sportif

Le sport africain au quotidien, ces belles histoires et polémiques en tous genres.

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