
Sous les applaudissements du Premier ministre camerounais, de plusieurs membres du gouvernement et du président de la CAF Patrice Motsepe, Samuel Eto'o a inauguré, ce 13 mai 2026 à Yaoundé, le nouveau siège de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot). L’immeuble de Warda apparaît aujourd’hui comme l’un des projets emblématiques de son mandat. Mais derrière l’image de l’achèvement se cache une histoire plus longue, débutée bien avant son arrivée à la tête de l’instance.
Dans son discours, Samuel Eto’o l’a d’ailleurs reconnu publiquement : « Iya Mohamed [l’ancien président de la Fécafoot ; Ndlr.] voyait beaucoup plus loin que son temps. Il est le début de ce beau rêve. Il a vu juste. Il a compris ce dont l’histoire de notre football avait besoin : une administration à la hauteur des performances des Lions ». Une déclaration qui nuance les récits présentant le siège de Warda comme une réalisation exclusivement liée à l’actuelle gouvernance de la Fécafoot.
Un chantier né avant Eto’o
Pourtant, le projet remonte à 2010, dans la foulée de la Coupe du monde organisée en Afrique du Sud. À l’époque, la Fécafoot est dirigée par Iya Mohammed, qui décide de consacrer une partie des revenus du Mondial à la construction d’un siège moderne pour l’institution. Après appel d’offres, l’entreprise Guimar décroche le marché pour un coût annoncé de 1,7 milliard de francs CFA. Les travaux démarrent officiellement le 13 novembre 2012 à Yaoundé-Warda.
Mais le chantier se grippe brutalement quelques mois plus tard. En juin 2013, Iya Mohammed est arrêté dans le cadre d’une affaire de « faute de gestion » liée à la Société de développement du coton (Sodecoton), qu’il dirigeait parallèlement. Son départ provoque une paralysie institutionnelle. La Fécafoot est alors placée sous administration provisoire. Mais le Comité de normalisation mis en place décide de se limiter limitée à la gestion des affaires courantes, à la réécriture des textes et à l’organisation des élections. Le chantier de Warda est volontairement laissé de côté.
Les années d’enlisement
Élu président de la Fécafoot en 2015, Tombi à Roko Sidiki hérite pourtant d’un chantier inachevé. Mais il choisit d’orienter les investissements vers les stades de Bafia, Bangangté, Bamenda et Sangmélima. Le siège continue alors de se détériorer. Lorsque Seidou Mbombo Njoya arrive à la tête de la fédération en décembre 2018, il découvre un dossier devenu explosif : selon un audit interne, Guimar a déjà perçu environ 900 millions de francs CFA alors que seulement 90 % du gros œuvre est réalisé et que les délais contractuels sont dépassés. Pis encore, l’entreprise évalue le reste à exécuter à 2,4 milliards de francs CFA.
Seidou Mbombo Njoya refuse de payer. Le nouveau patron du football camerounais engage alors une offensive judiciaire contre Guimar. Le 13 février 2020, la Fécafoot notifie officiellement à l’entreprise la résiliation du contrat. Le 3 juillet 2020, la Cour d’appel du Centre donne finalement raison à la fédération en rejetant la requête de Guimar qui voulait empêcher la reprise des travaux. Cette victoire judiciaire débloque définitivement le dossier. Dans la foulée, la Fécafoot lance un nouvel appel d’offres remporté par PAC International.
Le prêt de la FIFA
Selon l’ancien secrétaire général de l’instance faîtière, Parfait Siki, le coût du projet est alors réévalué à près de 4 milliards de francs CFA, équipements compris. Pour financer le chantier, la Fécafoot sollicite un prêt à taux zéro de la FIFA mis en place pendant la période Covid. « A l’époque, la Fécafoot pose le problème de la capacité de remboursement du prêt accordé par la FIFA et suggère que des appartements locatifs soient ajoutés au projet initial », explique Parfait Siki. « PAC International fait des propositions d’aménagement qui intègrent l’’augmentation de deux étages permettant à la Fécafoot de générer des recettes locatives de 30 millions mensuels. La FIFA approuve. Durée du chantier : 12 mois ». PAC International, mis en confiance par la FIFA, lance les travaux sur fonds propres. Mais la défaite de Seidou Mbombo Njoya à l’élection de décembre 2021 va une fois de plus tout faire basculer.
Lorsque Samuel Eto’o prend la présidence de la Fécafoot à ce moment-là, il trouve pourtant un projet déjà structuré juridiquement et financièrement. « Mais il est rongé par la soupçonnite pour toute l’œuvre de son prédécesseur, dixit M. Siki. Il tente de rompre l’accord avec PAC International et engage un bras de fer qu’il perd ». PAC International bénéficierait de soutiens solides au sommet de l’Etat. Ainsi, après plus de trois ans de tensions et de négociations, un compromis est trouvé, permettant la reprise effective des travaux jusqu’à l’inauguration de ce mercredi.
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À propos de l'auteur
O. GOMUS
Rédacteur sportif
Passionné de ballon rond et notamment de grandes affiches.
