
Le bras de fer entre fédérations, qui porte sur l'attribution de la CAN 2025 au Maroc sur tapis vert, ne se joue plus seulement sur le terrain du droit sportif, mais aussi sur celui de la gouvernance interne. Face à la presse internationale, le président de la FSF, Abdoulaye Fall, a ouvert les hostilités avec une déclaration sans équivoque :
« L'heure est grave. Face à ce qui s'apparente à un braquage administratif le plus grossier de l'histoire, la Fédération sénégalaise de football ne compte pas se laisser faire (...) Il s'agit de défendre nos joueurs spoliés de leur victoire sur le terrain, l'intérêt du football africain et de nos prisonniers victimes d'un chantage diplomatique injustifiable. »
Le pool d'avocats, composé d'experts venus du Sénégal, de France, d'Espagne et de Suisse, a pointé du doigt les incohérences d'une décision d'appel qui a annulé le premier verdict favorable au Sénégal. Maître Seydou Diagne s'est montré particulièrement virulent :
« La décision du Jury d'Appel ne peut même pas être considérée comme une vraie décision tellement elle est absurde et irrationnelle. C'est une atteinte inadmissible au droit. »
Le licenciement de Yassin Robleh : un timing qui interroge
Au cœur de cette bataille juridique, un document interne daté du 4 mars 2026, et dont Sport News Africa a eu copie et peut témoigner de l'authenticité, révèle une crise majeure au sein de l'administration de la CAF. Yassin Robleh, alors Chef du Département des organes juridictionnels, conteste son licenciement intervenu le 27 février 2026.
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Un départ forcé est survenu à un moment charnière : juste après le verdict de la Commission de discipline et immédiatement avant la nomination du Jury d'Appel qui allait renverser la décision en faveur du Maroc. Dans son courrier, M. Robleh dénonce une procédure brutale, avec un blocage de ses accès dès le 28 février, sans aucun préavis de trois mois pourtant requis par l'article 126 des règlements. Plus troublant encore, il affirme qu'« aucune procédure de passation des dossiers en cours et des responsabilités attachées à mes fonctions de Chef du Département des organes juridictionnels n'a été organisée ».
Des soupçons de « pilotage » administratif
L'éviction du responsable des organes juridictionnels pourrait expliquer le déroulement chaotique de l'audience d'appel décrit par Maître Seydou Diagne :
« 9 jours après, la présidente de la juridiction n'a pas encore levé la séance. On nous convoque à 7h du matin sur Zoom. 6 à 7 minutes de plaidoirie préliminaire le temps de présenter les membres de la défense, la présidente nous pose 2 questions. Elle en fait de même avec la partie marocaine. Ensuite on nous dit qu'on va nous mettre en salle d'attente. L'audience n'a pas repris. Ce sont les Marocains, rentrés chez eux, qui nous ont indiqué que l'audience était terminée. C'était abracadabrantesque. On a appelé au Caire, on nous a dit que l'audience était terminée. »
Maître Diagne a également fustigé le non-respect des règles fondamentales :
« Violer de façon aussi effrontée les Lois 5 et 6 du jeu, si le monde du football laisse faire, le vainqueur de la prochaine Coupe du monde pourra se faire dans les bureaux de la FIFA. »
La légitimité du Secrétaire Général contestée
La contestation de Yassin Robleh apporte un argument supplémentaire à ceux qui critiquent la gestion de Veron Mosengo-Omba. Robleh affirme que le Secrétaire Général, signataire de son licenciement, n'en avait plus la capacité légale. Selon le plaignant, M. Mosengo-Omba a atteint l'âge de 66 ans le 15 octobre 2025, dépassant ainsi la limite d'âge de départ à la retraite (63 ans plus 3 ans de prorogation) fixée par l'article 130 des règlements. Son contrat aurait donc pris fin de plein droit fin octobre 2025. La décision est est « ultra vires », c'est à dire au-delà de ses pouvoirs et donc frappée de nullité.
Par ailleurs, le motif de « restructuration » invoqué pour son licenciement est qualifié de « fictif » par Robleh, car aucun plan n'a été approuvé par le Comité Exécutif, seul organe compétent selon les statuts. A la suite de ce licenciement, Cédrick Aghey a été nommé directeur des affaires juridiques et de conformité de la CAF par le secrétaire général - dont il gérait auparavant le bureau -, alors que ce dernier n'est plus en droit d'exercer, ayant dépassé la limite d'âge. Une nomination qui n'a pas été validée par le Comité exécutif.
C'est pourtant lui, qui été rattaché au secrétariat général de la CAF, qui a été chargé de composer le Jury d'Appel, violant ainsi le principe d'indépendance de l'organe. Un secrétariat général d'où, d'après les informations de Sport News Africa, Veron Mosengo-Omba va quitter ses fonctions ce 29 mars lors du Comité exécutif de la CAF.
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L'affaire est désormais entre les mains des juges de Lausanne, alors que l'image de la gouvernance de la CAF sort profondément écornée par ces révélations successives.

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À propos de l'auteur
Malick BAMBA
Rédacteur sportif
Le sport africain au quotidien, ces belles histoires et polémiques en tous genres.
