CAN 2027 (Q) : Île Maurice, les nouvelles ambitions d’une sélection amoindrie

Engagé face à la Somalie pour le tour préliminaire à la Coupe d’Afrique des Nations 2027, Maurice affiche son objectif de qualification pour la phase de groupes et pourquoi pas d’être un outsider inattendu. Le résultat de plusieurs années de travail à polir une équipe nationale qui ne se présente toutefois pas au mieux de sa forme.

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CAN 2027 (Q) : Île Maurice, les nouvelles ambitions d’une sélection amoindrie

« On ne peut plus se cacher. » Cadre de la sélection mauricienne depuis une décennie, Adel Langue a tout connu, des mémorables victoires contre le Mozambique ou le Rwanda avec le brassard de capitaine à 18 ans aux claques reçues en amical face au Togo (6-0) en passant par l’élimination au tour qualificatif à la CAN 2023 contre Sao Tomé-et-Principe. « On a beaucoup progressé ces dernières années. On tient plus la balle, on a une meilleure base défensive, donc on doit maintenant concrétiser cela en se qualifiant. »

Milieu formé au Cercle de Joachim, comme beaucoup d’autres internationaux, Langue a parcouru le globe sans réussite, la faute à des délais administratifs ou des soucis extra-sportifs indépendants de sa volonté ; le recruteur poussant à sa venue au Paris FC, Rachid Khlifi, signant par exemple à Liverpool. Jouant actuellement à La Réunion, il fut cependant le pionnier de la nouvelle génération de joueurs mauriciens s’exportant aujourd’hui avec plus de facilité, du latéral droit Wilson Mootoo (République Tchèque) ou le milieu défensif William François (Slovaquie).

Comment Maurice a compensé son déficit physique ?

Après sa meilleure campagne éliminatoire à une Coupe du monde (une victoire, trois nuls, six défaites) ponctuée de l’avant-dernière place devant Eswatini, Maurice avait la satisfaction de ne pas avoir été largué même face au Cap-Vert (défaite 1-0 et 0-2 avec des buts en fin de match) ou au Cameroun à domicile (0-2 avec un but de Mbeumo dans le temps additionnel).

« Souvent, on tient le rythme pendant 60 ou 70 minutes avant de subir dans le dernier quart d’heure car on craque physiquement », explique le sélectionneur Guillaume Moullec. « C’est logique, on a des joueurs qui bossent dans leur vie quotidienne, qui ne sont pas habitués non plus à évoluer dans des championnats à très haute intensité, mais ils se donnent toujours à fond. »

Indépendamment des limites athlétiques et physiologiques des Mauriciens, souvent bousculés sur phases arrêtées à cause d’un déficit de taille en comparaison des nations du continent, le Club M s’évertue à relancer proprement de derrière et à construire davantage. « Lorsque j’ai commencé, l’équipe nationale était plus en kick & run, des longs ballons sauf qu’on n’avait pas beaucoup de joueurs physiques, donc c’était compliqué », se souvient Langue. « La mentalité a changé aussi avec Kévin et Jonathan (ndlr, les frères Bru qui vinrent en sélection sachant que Jonathan occupa aussi le poste de directeur technique national après l’arrêt de sa carrière). Puis aujourd’hui, ça n’a rien à voir car on a une meilleure formation et des joueurs qui sont à l’étranger un peu partout : Angleterre, Australie, France, Grèce, Portugal, Nouvelle-Zélande... »

Alliage de locaux et d’éléments puisés dans sa diaspora à travers le monde, Maurice a basé sa stratégie sur une assise défensive composée autour du capitaine, Lindsay Rose, et Dylan Collard, le géant (2m01) né à Sydney d’un père mauricien qui évolue en D2 portugaise. « On essaye d’amener cette sérénité », confirme Rose. « On a peut-être plus d’expérience dans nos carrières en club, donc c’est à nous de rassurer, de montrer la voie, mais c’est un ensemble. Ce groupe a crée un vécu collectif sur et en dehors du terrain. N’importe qui peut être absent, la personne qui va le suppléer sera au niveau car il y a une émulation et la volonté commune de réussir. »

Encadrés par quelques anciens, dont le « tonton » Kevin Jean-Louis en tant que second gardien, les Dodos restent une petite nation africaine, autant démographiquement (1,2 million d’habitants) qu’au classement FIFA (177e), qui était cependant respectée partout où elle allait. « On sent que les regards sur nous ont changé », poursuit Rose. « Ce n’est pas parfait, on doit encore progresser sur plein de points mais personne ne nous prend à la légère car on peut leur compliquer la vie même si nous ne sommes que Maurice. »

Plusieurs titulaires blessés ou au chômage

Qualifié à une seule reprise à la CAN, lors de l’édition 74 en ayant vaincu le Lesotho (1-5 en cumulé) et la Tanzanie (1-1, 3 tirs au but à 4) lors des éliminatoires, le Club M sait que la tâche sera (très) ardue et passera préalablement par le tour préliminaire contre la Somalie.

Si les Ocean Stars ont enfin pu enchaîner plusieurs rencontres grâce à la dernière campagne de qualification à la Coupe du monde, ils ne peuvent toujours recevoir un match officiel à Mogadiscio faute de stade homologué et souffrent de limites offensives. En progrès, comme en témoigne une victoire face au Bahreïn en amical (1-2), la Somalie compte sur un assemblage de joueurs locaux et de sa diaspora éparpillée ici et là autour du capitaine Abdulsamed Abdullahi (D1 serbe).

Favori, Maurice connaît cependant de nombreux soubresauts. Initialement sur le départ, fruit de conflits internes larvés, le sélectionneur Guillaume Moullec a finalement été conservé. Accaparé par ses diverses missions au sein de la CAF, le président de la fédération, Samir Sobha, était finalement intervenu pour remettre de l’ordre et surtout de la clarté au sein de la sélection.

Néanmoins, plusieurs titulaires n’ont plus de club depuis quelques mois, dont les jeunes mauriciens expatriés qui forment le socle défensif : le latéral Wilson Mootoo et le milieu défensif William François. Avec les blessures de deux titulaires, le défenseur central Dylan Collard et l’ailier Jérémy Villeneuve, le réservoir local est fortement impacté eu égard à sa petitesse.

C’est ainsi que l’immortel Kévin Bru (37 ans), dont la carrière en club professionnel s’est arrêtée en 2024, fut incorporé dans la liste puisqu’il continuait de s’entretenir physiquement. Une expérience bienvenue à un moment charnière où Maurice aura plus que jamais besoin de tout le monde pour valider les progrès aperçus ces dernières années.

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À propos de l'auteur

Romain MOLINA

Romain MOLINA

Rédacteur sportif

Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.

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1 commentaire(s)

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Willy.P

Allez Club M!!! Un bon coach qui fait du bon boulot depuis qu'il est arrivé. Un nouveau DTN qui semble faire du très bon boulot chez les jeunes qui vont monter. J'ai confiance en mon pays!
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