
A trois semaines de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) Féminine 2026, prévue du 17 mars au 3 avril au Maroc, l’équipe nationale du Cameroun navigue à vue. Depuis le limogeage de Jean-Baptiste Bisseck le 29 octobre 2025, consécutif à l’élimination sportive des Lionnes Indomptables face à l’Algérie (1-2 à Oran, 0-1 à Yaoundé), la sélection trois fois vice-championne d’Afrique n’a toujours pas de sélectionneur titulaire. Un vide institutionnel d’autant plus troublant que le Cameroun a été repêché quelques jours plus tard par la CAF, à la faveur de l’élargissement du tournoi de 12 à 16 équipes.
Qualification in extremis…
Dans une correspondance datée du 3 novembre 2025, la Confédération africaine de football a officialisé cette réforme, offrant au Cameroun une qualification inespérée sur la base du classement FIFA. Mais depuis ce coup du sort favorable, rien ou presque : aucun staff confirmé, aucun programme de stage rendu public, aucune liste élargie. « On a l’impression d’une qualification subie, pas assumée, observe un consultant sportif basé à Douala. Pourtant, ce repêchage impose encore plus de rigueur, pas moins ».
Le contraste est saisissant avec les adversaires du groupe D dans lequel la bande à Gabrielle Aboudi Onguéné va évoluer à Fès. Le Ghana a déjà entamé son stage avec 26 joueuses présélectionnées. Le Cap-Vert, novice dans la compétition, a également lancé un regroupement pour préparer sa première CAN Féminine. Même le Mali, outsider discret, s’organise en coulisses. Pendant ce temps, les Lionnes qui seront à leur 13e participation, restent suspendues à une décision fédérale qui tarde à venir. « A ce niveau, chaque semaine compte. Le retard dans la planification se paie cash », avertit une ancienne internationale camerounaise ayant requis l’anonymat.
…Préparation en suspens
Derrière ce flottement, beaucoup pointent la gouvernance de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot). « Il s’agit souligne l’ancienne joueuse, d’un management par embuscade qui consiste à attendre le dernier moment, improviser, parier sur le talent brut et espérer un sursaut ». Mais il atteint parfois ses limites. « On ne prépare pas une CAN comme un match amical, poursuit-elle. L’absence de sélectionneur envoie un signal d’instabilité aux joueuses et aux partenaires ». A 20 jours du tournoi, la question n’est plus seulement technique : elle est institutionnelle.
Le Cameroun parie sur l’improvisation (?)
Les enjeux dépassent largement la phase de groupes. Les deux premières équipes accéderont aux quarts de finale. Les demi-finalistes se qualifieront directement pour la Coupe du monde Féminine 2027 au Brésil. Les équipes éliminées en quarts disputeront encore des barrages pour arracher une place intercontinentale. Autrement dit, la CAN Féminine 2026 est une porte d’entrée vers le Mondial. Pour le Cameroun, nation historiquement ambitieuse du football féminin africain, l’opportunité est majeure.
Reste à savoir si les Lionnes Indomptables pourront transformer ce repêchage en revanche sportive. Sans cap technique clair, sans préparation structurée, le risque est celui d’une participation en figurante. « Les joueuses ont l’expérience et le talent », tempère un observateur proche du vestiaire. « Mais on ne peut pas leur demander de compenser indéfiniment les carences organisationnelles ». A Fès, en mars prochain, le terrain dira si le pari de l’improvisation peut encore tenir.
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À propos de l'auteur
Arthur WANDJI
Rédacteur sportif
Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.
