
Yan Diomandé a du feu dans les jambes
La Côte d’Ivoire est partie sur un 4-4-2 au coup d’envoi de la rencontre, avec Oumar Diakité et Yan Diomandé sur les flancs droit et gauche et une pointe composée de Simon Adingra et Elye Wahi. Mais le jeu des Eléphants comme on pouvait s’y attendre a pris un penchant gauche avec le virevoltant Diomandé qui, à chacune de ses accélérations, a fait souffrir Jules Koundé, passant chaque fois devant le défenseur du FC Barcelone. L’ailier de Leipzig s’est montré provocateur, percutant et incisif, tout ce qu’on lui demande de faire à gauche.
Son pendant droit a été lui un peu plus en difficulté. Oumar Diakité a affiché un déficit technique abyssal sur le couloir droit, perdant beaucoup de ballons (7 au total). Le joueur du Cercle Bruges était si inoffensif qu’il se faisait dédoubler à chaque incursion ivoirienne par son latéral droit, Guéla Doué.
Singo - Agbadou, une charnière expérimentale qui a fonctionné
De quoi donner du travail à Wilfried Singo et Emmanuel Agbadou dans une charnière centrale expérimentale mais ô combien monstrueuse et complémentaire. En l’absence d’Evan Ndicka qui est souvent associé à Odilon Kossounou, ce sont les deux géants qui ont tenu de main de maître la défense ivoirienne.
L’ancien joueur de l’AS Monaco a été intéressant dans l’anticipation et la vitesse, à l’imagine de son excellente intervention sur Kylian Mbappé à la 40e minute pour un tacle glissé qui a empêché le capitaine des Bleus de se retrouver en situation de un contre un avec Yahia Fofana.
Si Singo, latéral droit de métier assurait naturellement la couverture sur les aventures offensives de Doué, Emmanuel Agbadou lui envoyait un message aux attaquants français avec un impact physique colossal sur les duels (3 gagnés sur 4 au sol et 2/4 sur les duels aériens). Avec l’incertitude autour d’Evan Ndicka, victime une déchirure de grade II aux ischio-jambiers de la jambe droite, on pourrait retrouver cette charnière face à l’Equateur le 14 juin.
Yahia Fofana se sublime
La Côte d’Ivoire est allée chercher Alban Lafont dans l’optique d’apporter de la concurrence à Yahia Fofana. Et l’arrivée de l’ancien gardien de Nantes fait visiblement du bien à celui de Rizespor qui est de plus en plus rassurant dans ses cages.
Face aux Bleus, Yahia Fofana a fait un match correct, réalisant au total cinq arrêts, respectivement sur Kylian Mbappé, Michael Olise, Aurélien Tchouaméni et Rayan Cherki avant d’être battu par le génie de Manchester City sur un but où il ne pouvait pas faire mieux à la 45e. Sur ce match, Fofana a prouvé qu’il peut se sublimer dans les grands rendez-vous comme tout grand compétiteur et il diffuse un parfum de confiance à sa défense.
Guéla Doué taille patron
C’est sans aucun doute l’homme du match de jeudi soir. Guéla Doué qui a la double nationalité a joué le match de sa vie contre la France, son pays de naissance. Le latéral droit de Strasbourg était dans son élément et a enchaîné les courses offensives à n’en point finir. Son intelligence de jeu dans le déplacement est exceptionnelle et rend encore plus imprévisible le jeu des Eléphants. C’est justement dans ce registre qu’il a marqué en rentrant à l’intérieur pour se retrouver en position d’avant-centre et marquer avec un sang froid qui a même surpris Mike Maignan, battu par la feinte de frappe de l’Alsacien dans un premier temps.
Buteur (53e) et passeur (84e), Guéla Doué va donner du travail à Emerse Faé qui sera obligé d’intégrer Wilfried Singo dans la charnière centrale, ne serait-ce que pour le début de la Coupe du monde. Le côté droit, Doué l’a conquis.

Pépé, Diallo... des entrants qui font la différence
Si Emerse Faé peut sortir de ce match avec des certitudes, c’est que plusieurs de ses remplaçants jeudi soir contre la France n’ont rien à faire sur le banc de touche. Les entrées d’Amad Diallo et Nicolas Pépé ont complètement changé le visage de l’attaque des Eléphants, et surtout inversé le rapport de force face aux Bleus qui ne souffraient qu’à gauche en première période avec Yan Diomandé.
Placé en N°10, Nicolas Pépé s’est régalé avec sa qualité technique dans les 16 derniers mètres. Que ce soit dans la dernière passe comme sur sa petite remise soyeuse pour Guéla Doué sur l’égalisation ou sa déviation pour ce dernier pour le but de la victoire signé Amad Diallo, Pépé a mis toute son expérience au service du collectif ivoirien et montré combien il a la science du tempo et une vision périphérique du jeu pour voir des espaces que la majorité de ses coéquipiers n’imaginent pas.
Avec son but, Amad Diallo prouve aussi qu’il reste l’élément offensif le plus clinique de cette jeune attaque des Eléphants. Attaque dans laquelle Ange-Yoan Bonny a prouvé qu’il peut se trouver une place avec son entrée à la 68e. En une vingtaine de minutes, l’avant-centre de l’Inter Milan s’est montré à son avantage avec un jeu dos au but impeccable, une qualité technique impressionnante et une présence plus intimidante dans la surface. Il a été un excellent point d’ancrage pour Diallo et Pépé. Il y a clairement match entre lui et Elye Wahi pour la Coupe du monde.
Christ Inao Oulaï a également fait une belle entrée avec son insouciance et sa fougue qui ont permis à la Côte d’Ivoire d’être plus tranchante en transition. Là où Franck Kessié et Seko Fofana ont souvent préféré temporiser.

Diakité, Bazoumana Touré… les grands perdants
S’il a toujours compté sur la confiance d’Emerse Faé malgré les critiques des supporters ivoiriens, Oumar Diakité a grillé un nouveau joker jeudi soir avec sa performance face aux Bleus. Dans sa position à la droite de l'attaque, l’ailier de Bruges devrait certes empêcher Thuram et Rabiot de briller, mais il a souvent manqué de malice dans ses fautes qui étaient trop brutales et flagrantes.
Entré en jeu à la 67e, Bazoumana Touré qui a été pourtant intéressant en sortie du banc et sur le même flanc gauche à la CAN, n’a pas su faire la différence. Du déchet technique à l’indécision, l’attaquant de Hoffenheim est passé à côté de son match.
Outre ces deux-là, Simon Adingra peut aussi nourrir des regrets après son match. L’ailier de Sunderland, associé à Wahi en attaque a encore été trop timide offensivement et peine à retrouver sa confiance, à l’image de son face-à-face raté face à Mike Maignan, même si le gardien milanais a sorti sa frappe cadrée. Le champion d’Afrique 2023 aurait pu marquer des points en inscrivant ce but, mais il s’est loupé et pourrait le payer cher pour la Coupe du monde.
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À propos de l'auteur
Aimé ATTI
Rédacteur sportif
Journaliste, commentateur sportif, baignant dans le sport et le football africain.
