
Il a suffit d’une vidéo postée par le consulat de Côte d’Ivoire en France, où on voit Elye Wahi venu se faire enrôler pour son passeport ivoirien, pour relancer le débat sur l’arrivée probable de l’attaquant de Nice chez les Eléphants. Pourtant, Wahi chez les Pachydermes, c’est un vynile qui tournoie et joue sa mélodie depuis bientôt quatre ans.
Le Franco-Ivoirien avait été sondé par le regretté Jean-Louis Gasset, alors sélectionneur, mais il n’était pas partant. Puis Faé est arrivé et les liens ont été rompus. Entre temps, la Côte d’Ivoire a remporté la CAN 2023 et la cote de l’équipe est montée en flèche. Au même moment, Wahi s’éloignait de l’équipe de France puisque Barcola et autres Olise lui étaient nettement préférés.
Un dossier longtemps resté fermé
Elye Delmas Sepe Wahi, 23 ans, est un visage bien connu des suiveurs de la Ligue 1 française. Révélé à Montpellier entre 2020 et 2023 (32 buts en 92 matchs), l’attaquant s’est distingué par sa vitesse, son sens du but et ses appels tranchants dans la profondeur. Après Montpellier, il rejoint le RC Lens lors de la saison 2023-2024, où il inscrit 12 buts en 36 matchs toutes compétitions confondues. Il est ensuite prêté à l’Olympique de Marseille pour la deuxième moitié de la saison suivante, où il marque 3 buts en 14 apparitions. Transféré en Bundesliga à l’Eintracht Francfort, le joueur franco-ivoirien n’a pas connu de réussite au point de revenir dans l’Hexagone, à Nice.
Formé en France, Wahi a gravi les échelons chez les Bleuets, des U16 jusqu’aux Espoirs. Courtisé de longue date par la Fédération ivoirienne de football (FIF), il avait jusqu’ici toujours opté pour la France, son pays de naissance, laissant peu d’espoir à la Côte d’Ivoire. Mais la donne a vite évolué. Le 9 juin 2025, en déplacement à Abidjan pour des raisons personnelles, Wahi avait surpris les journalistes en évoquant la sélection ivoirienne avec une ouverture inédite :
« La porte n’est pas fermée. Aujourd’hui, je suis là, on verra ce qui va se passer. », avait-il lâché à son arrivée à l’aéroport Félix-Houphouêt-Boigny de Port-Bouêt à Abidjan.
Une déclaration brève mais lourde de sens. Elle marquait une rupture avec ses précédentes positions, plus catégoriques. Le climat autour du joueur a changé et selon une source proche de la FIF, tout se serait accéléré ces dernières semaines.
Une rencontre décisive avec Faé

« Faé ne voulait pas de Wahi mais il a été convaincu par le président de la FIF qui lui a dit que tous les Ivoiriens sont les bienvenus en sélection. », a soufflé un vice-président, qui a requis l’anonymat, à Sport News Africa le 8 mars 2026.
Lors de cet échange, Faé lui a exposé les attentes de l’encadrement technique, tant sur le plan sportif que sur le plan comportemental. De son côté, Elye Wahi a affirmé sa volonté sincère de rejoindre les Éléphants, tout en reconnaissant ses hésitations passées. Il aurait insisté sur son attachement à la Côte d’Ivoire et son désir de contribuer au projet de la sélection, même tardivement. Ce revirement semble avoir pesé dans la balance, au point que la probabilité de le voir convoqué sous la vareuse orange est désormais très élevée, à trois mois de la Coupe du monde prévue aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique.
Un profil différent dans un secteur embouteillé
En attaque, la Côte d’Ivoire ne manque pas de joueurs de qualité. Entre les cadres comme Sébastien Haller, Jean-Philippe Krasso, Bayo Vakoun et les jeunes en pleine ascension tels qu’Evann Guessand, Yan Diomandé ou encore Touré Bazoumana, la concurrence est rude. Mais sur le terrain, les chiffres ne suivent pas. Les dernières sorties des Éléphants ont mis en évidence un manque criant de tranchant, notamment dans les transitions rapides et les courses dans le dos des défenses.
C’est là que le profil de Wahi peut faire la différence. Doté d’une belle pointe de vitesse, capable de créer le danger en solitaire et efficace face au but, il pourrait devenir l’arme idéale dans un système ivoirien parfois trop statique. Son efficacité à Montpellier, sa régularité à Lens et son passage à Marseille témoignent d’une capacité d’adaptation certaine. En Allemagne, il a évolué dans un football plus rigoureux. Sa maturité plaide également en sa faveur. Actuellement blessé, il ne sera pas de trop dans le groupe de Faé s’il se rétablit. Mais tout le monde ne pense pas ainsi.
« Il faut d’abord consolider ceux qui sont déjà là. Pourquoi aller chercher un joueur en perte de vitesse ? Il suffit de regarder ses statistiques. Son départ de Marseille ressemblait à un “bon débarras”, tant il n’a pas été à la hauteur des attentes.En sélection nationale, on convoque ceux qui sont en forme dans leurs clubs, et ce n’est pas le cas d’Elye Wahi. Concentrons-nous plutôt sur les échéances à venir, c’est un secteur riche pour la Côte d’Ivoire.», explique Rigo Gervais, actuel Directeur technique du Stella Club d’Adjamé (Ligue 1, Côte d’Ivoire) et qui a revélé Franck Kessié en 2012. Pour lui, les Eléphants doivent se bonifier dans un aitre secteur.
« Le vrai besoin, selon moi, c’est un meneur de jeu, un pur numéro 10. Kessié et Sangaré sont excellents et les arrivée de Parfait Guiagon puis de Inao ont renforcé le milieu. Le groupe est désormais presque complet. Il faut maintenant le faire monter en puissance avant le Mondial américain. Ce n’est plus le moment d’essayer des attaquants comme Elye Wahi. La période des tests est derrière nous. », conclu-t-il.
Une arrivée qui interroge... mais séduit
L’éventualité d’un renfort venu de l’extérieur peut toujours susciter des débats dans un vestiaire. Certains supporters redoutent que des joueurs "de dernière minute", qui ont longtemps privilégié une autre sélection, ne perturbent la cohésion du groupe. Mais dans le cas de Wahi, la jeunesse et la rareté de son profil offensif plaident largement pour lui. D’autant plus que des cadres comme Sébastien Haller, déjà trentenaire, entament logiquement la dernière phase de leur carrière internationale.
Du côté de la FIF, l’option est désormais sur la table. Et en interne, plusieurs voix estiment que le moment est venu de mettre la performance avant les considérations symboliques.
Reste désormais à savoir si Elye Wahi franchira définitivement le pas et si Emerse Faé osera bouleverser la hiérarchie pour relancer une attaque trop souvent en panne d’inspiration. Une chose est certaine : entre ambitions continentales à venir et rêve mondial immédiat, les Éléphants convaincant, avec ou sans Wahi dans ce mois de mars où ils affrontent en amical l’Ecosse et la Corée du Sud côté de l’Angleterre.
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À propos de l'auteur
Séverin SANH
Rédacteur sportif
Journaliste, correspondant SNA en Côte d'Ivoire.
