
Cent jours ne suffisent jamais à juger une présidence appelée à durer quatre ans. Ils permettent en revanche d'observer une méthode, d'identifier des priorités et de mesurer les premiers actes. À la tête de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) depuis le 16 avril 2026, Mahazou Baba Cissé a choisi d'agir rapidement. Dans une institution marquée ces dernières années par les crises de gouvernance, les divisions internes et des résultats sportifs en dessous des ambitions du pays, le nouveau président savait qu'il était attendu.
Fort de son expérience acquise à l'ABM Foot Académie, il n'a pas tardé à donner le ton. Dès les premières semaines, plusieurs décisions fortes sont venues traduire sa volonté de rompre avec certaines habitudes et d'engager une profonde réorganisation.
Le premier chantier : relancer les Aigles
Le premier signal est venu de la sélection nationale A. Alors que Tom Saintfiet disposait encore d'un contrat jusqu'au 31 août, la FEMAFOOT a privilégié une séparation à l'amiable avant de confier les rênes des Aigles au technicien portugais Antony Da Silva. Un choix assumé qui traduit la volonté d'insuffler une nouvelle dynamique à une équipe déjà tournée vers les éliminatoires de la CAN 2027.
Pour préparer cette échéance, le Comité exécutif a mis en place une cellule de coordination regroupant les commissions technique, médicale, des finances, du marketing, des médias et de l'organisation afin d'optimiser tous les aspects de la préparation sportive et logistique.
Un nouveau souffle pour les sélections nationales
La réorganisation ne s'est pas limitée à l'équipe A. Malgré la qualification historique des U17 pour la Coupe du monde, Demba Mamadou Traoré a quitté son poste au terme de la CAN. Il a été remplacé par Soumaïla Coulibaly, désormais chargé de conduire les Aiglonnets au Mondial prévu au Qatar.
Dans le même temps, Bako Seck a pris les commandes de la nouvelle génération U17 appelée à disputer les éliminatoires de l'UFOA A. Après quatre-vingts examens IRM, la présélection est entrée dans sa dernière phase avant le tournoi de Dakar.
Les catégories de jeunes demeurent l'un des piliers du projet fédéral. Les U20 poursuivent leur préparation en vue du tournoi UFOA A que le Mali accueillera en octobre, tandis que les U15 multiplient les stages au stade Mamadou-Konaté avec en ligne de mire le FIFA Youth Festival et les compétitions scolaires africaines.
Le football féminin retrouve sa place
Longtemps relégué au second plan, le football féminin bénéficie désormais d'une attention particulière. La Fédération a notamment pris en charge plusieurs joueuses blessées lors des rassemblements de la sélection nationale, finançant leurs interventions chirurgicales et leur suivi médical.
Sur le plan sportif, les Aigles Dames ont participé à la CAN féminine au Maroc avant de quitter la compétition au premier tour. En amont du tournoi, la FEMAFOOT avait financé une journée supplémentaire de préparation afin d'optimiser les conditions de travail de la sélection.
Une administration profondément réorganisée
Le changement est également perceptible dans le fonctionnement interne de la Fédération.
Le remplacement de l'ancien secrétaire général Sidy Békaye Magassa par Abba Mahamane constitue l'une des décisions les plus marquantes du début de mandat. Saluée par de nombreux acteurs du football national, cette nomination illustre la volonté de renforcer l'efficacité administrative.
La communication institutionnelle apparaît également plus structurée. Les décisions du Comité exécutif sont désormais publiées de manière régulière, tandis que les commissions juridictionnelles, arrivées au terme de leur mandat, ont été renouvelées afin d'accélérer le traitement des nombreux dossiers en attente.
La gestion de la crise de la Ligue du district de Bamako illustre cette nouvelle approche. Après deux élections annulées, le dialogue, la concertation et le strict respect des textes ont finalement permis l'organisation d'un scrutin reconnu par l'ensemble des acteurs.
Des réformes structurelles pour professionnaliser le football
Au-delà de l'urgence sportive, la FEMAFOOT travaille sur des réformes de fond. Le cahier des charges de la saison 2026-2027 renforce les exigences imposées aux clubs afin d'améliorer progressivement le niveau d'organisation des compétitions nationales.
Dans le même temps, une commission spécialisée poursuit la révision des textes réglementaires de la Fédération. Dix-neuf séances de travail ont déjà permis de finaliser cinq textes destinés à moderniser la gouvernance fédérale.
Autre chantier longtemps attendu : la formation des entraîneurs. Après près de dix années d'interruption, une session de Licence A CAF a enfin été organisée au Mali. Vingt-trois techniciens suivent actuellement cette formation, alors que le pays ne comptait jusque-là que dix-sept titulaires de cette qualification.
Les partenaires reviennent
Le développement du football passe également par le renforcement des ressources.
Après près de vingt ans de collaboration avec Airness, la Fédération s'apprête à officialiser demain, samedi 8 août, son partenariat avec WA Team Sport, qui deviendra le nouvel équipementier des sélections nationales.
Orange Mali renforce également son engagement. L'entreprise augmente son soutien financier de 200 millions de F CFA et prendra désormais en charge le salaire du sélectionneur national. Un partenariat inédit qui témoigne d'une nouvelle confiance des acteurs économiques envers la Fédération.
Parallèlement, une réflexion est engagée pour redynamiser la Ligue 1 professionnelle avec l'objectif de rendre le championnat plus attractif, aussi bien pour les supporters que pour les partenaires commerciaux.
L'appui de la FIFA
Les réformes engagées bénéficient aussi du soutien de la FIFA. À l'occasion d'une mission d'induction menée entre le 28 juillet et le 1er août, l'instance mondiale a accompagné la FEMAFOOT sur plusieurs dossiers stratégiques, notamment le renforcement des capacités administratives et la finalisation du Centre technique national de Kabala, dont la réception est espérée avant la fin de l'année.
Un cap fixé, des défis encore nombreux
Tout n'est évidemment pas résolu en cent jours. Certaines réformes demandent encore à produire leurs effets, plusieurs membres du Comité exécutif restent attendus sur leurs responsabilités et des résistances au changement persistent au sein de l'administration fédérale.
Mais une tendance se dessine déjà. En cent jours, Mahazou Baba Cissé a imprimé son style : une gouvernance plus structurée, des décisions rapides, une volonté de professionnaliser les compétitions et de renforcer toutes les composantes du football malien, des jeunes aux Aigles, en passant par le football féminin et la formation.
Le véritable examen commencera désormais sur le terrain. Car au-delà des annonces et des réformes, c'est la capacité de cette nouvelle gouvernance à transformer ces ambitions en résultats durables qui déterminera le succès du mandat.
Rejoignez notre communauté sportive !
Suivez-nous sur les réseaux sociaux pour ne rien manquer de l'actualité sportive en temps réel.
À propos de l'auteur
Drissa NIONO
Rédacteur sportif
Journaliste Le Buteur et correspondant SNA au Mali.
