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L'arbitrage au Burkina Faso : un corps en quête de reconnaissance et d'amélioration

Le football burkinabè, passion nationale au pays des Hommes intègres, ne cesse de susciter des débats animés. Parmi les sujets récurrents, l'arbitrage occupe une place de choix. Où en est-il aujourd'hui ? Le niveau est-il haut, moyen ou faible ? À en juger par les réactions du public sportif et les récents événements, le tableau est nuancé. Des progrès notables sur la scène internationale contrastent avec des critiques persistantes au niveau local. Sport News Africa (SNA) explore l'état actuel de l'arbitrage burkinabè, en s'appuyant sur des opinions d'experts et de supporters, ainsi que sur des faits récents.

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L'arbitrage au Burkina Faso : un corps en quête de reconnaissance et d'amélioration

Un niveau perçu comme moyen par le public


Les voix du public sportif burkinabè dressent un portrait critique de l'arbitrage national. Adama Sawadogo pointe du doigt un "niveau faible", attribuable à une formation insuffisante et des salaires misérables. Pour lui, ces facteurs expliquent les erreurs récurrentes et le manque de motivation des arbitres. 

Ousmane Obiang, quant à lui, qualifie l'arbitrage de "moyen", à l'image du championnat national. Il met en lumière le manque de moyens mis à disposition des arbitres, comparant leurs difficultés à celles des joueurs avec des primes impayées et des salaires minables qui font la une des réseaux. « Les arbitres sont les grands oubliés du football d’élite burkinabè », insiste-t-il, soulignant que des conditions précaires peuvent influencer les décisions sur le terrain, transformant un corner en penalty par inadvertance.

Jacques Djiguemde adopte une position équilibrée : « Certes, on ne va pas jeter le bébé et l'eau du bain parce qu'il y a quelques bons arbitres quand-même, mais dans l'ensemble c'est vraiment au rabais. Il y a beaucoup de travail et de formation à faire.» Justin Badou lie le niveau de l'arbitrage à celui du football burkinabè en général : « L'arbitre est au niveau du jeu de football et de ce que nous faisons pour nos arbitres. » Enfin, Ali Diasso plaide pour une valorisation accrue : « Nous devons avoir une politique de valorisation de notre corps arbitral. Ne nous sous-estimons pas, en passant que les arbitres des autres pays sont meilleurs. Faisons la promotion de nos arbitres pour permettre à ce corps de participer à des championnats sur le plan africain.»

Ces réactions reflètent un consensus sur l'arbitrage burkinabè qui souffre d'un manque de ressources et de reconnaissance, ce qui impacte sa qualité perçue. Les supporters déplorent souvent des erreurs qui pénalisent les équipes, comme lors de matchs locaux où l'arbitrage est accusé d'être "scandaleux" ou "imaginaire".

Des progrès internationaux encourageants

Malgré ces critiques locales, l'arbitrage burkinabè montre des signes de vitalité sur la scène continentale. En 2025, la FIFA a sollicité plusieurs arbitres burkinabè pour officier lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 2026. Par exemple, huit arbitres, dont Jean Ouattara (central), Lamien Dofinté Adolphe (assistant) et Benoît Bado (quatrième officiel), ont été appelés pour des matchs internationaux. Un quatuor 100% burkinabè a même arbitré le match Soudan vs Soudan du Sud en mars 2025.

La liste FIFA 2026 inclut des noms comme Benoit Bado, Hamidou Diero et Awa Alphonsine Ornella Ilboudo (arbitre femme), démontrant une reconnaissance internationale. Drissa Traoré, ancien arbitre international, va même jusqu'à affirmer que « l'arbitrage du football burkinabè est en avance sur le football burkinabè ». Des stages de formation, comme celui des arbitres fédéraux de la zone Ouest, organisés du 9 au 11 janvier 2026, indiquent des efforts pour améliorer les compétences.

Cependant, même au niveau international, des controverses persistent. Bertrand Traoré, capitaine des Étalons, a critiqué l'arbitrage lors du match contre l'Algérie, dénonçant des penalties non vérifiés et accusant les arbitres de "niquer le match". Ces propos lui ont valu une sanction de 10 000 dollars par la CAF lors de la CAN 2025 au Maroc.

Un vrai potentiel de croissance

Sur une échelle qualitative, l'arbitrage burkinabè peut être qualifié de moyen. Localement, il est freiné par des salaires bas, un manque d'infrastructures et une formation sporadique. Cela mène à des erreurs récurrentes, alimentant la colère des supporters. Toutefois, le Burkina Faso produit des arbitres compétents, capables d'officier au haut niveau, ce qui suggère un potentiel inexploité.

Pour élever le niveau, des réformes s'imposent : augmentation des salaires, formations régulières axées sur des théoriques et pratiques, sanctions plus strictes pour les récidivistes comme suggéré par Obiang, et une meilleure intégration de technologies comme la VAR. La Fédération burkinabè de football (FBF) pourrait s'inspirer des objectifs fixés pour la sélection nationale, visant le top 10 africain, pour appliquer une ambition similaire à l'arbitrage.

L'arbitrage burkinabè n'est ni au sommet ni au fond du gouffre. Il reflète les défis du football national tout entier. Avec une politique de valorisation, comme le préconise Ali Diasso, il pourrait non seulement s'améliorer localement mais aussi briller davantage sur la scène africaine. Les arbitres, ces "grands oubliés", méritent d'être au centre des priorités pour que le beau jeu triomphe.

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À propos de l'auteur

Ablam GNAMESSO

Ablam GNAMESSO

Rédacteur sportif

Reporter sportif et journaliste tout terrain. Membre AIPS et jury des IFFHS Awards.

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