Il a failli tout arrêter
Ayant échoué à convaincre Arsenal, Tottenham, Fulham et Millwall de le signer, ce fut le rejet de Crystal Palace qui porta le coup fatal au jeune Antoine Semenyo. À 15 ans, il en avait fini avec le football pour toujours. Ou du moins, c'est ce qu'il croyait.
« Je me souviens d'être monté dans la voiture en pleurant et d'avoir dit à mon père : "Pourquoi ça continue d'arriver" ».
Une année entière loin du football s'en suivit. Pas d'académie, pas d'entraînements, juste un adolescent de 15 ans qui essaie de tourner la page sur son rêve.
Ce qui le ramena sur un terrain, c'est une rencontre presque fortuite. Son oncle entendit parler d'un essai organisé par Dave Hockaday, ancien manager de Leeds United, qui dirigeait le programme de football du South Gloucestershire and Stroud College. « Je me suis dit : qu'est-ce que j'ai à perdre ? » raconta Semenyo. « Je n'avais pas joué depuis un an, j'avais un peu de surpoids, j'étais loin d'être en forme. Mais j'y suis allé, et c'est là que commence mon histoire. L'essai s'est tellement bien passé. Je pense que j'ai marqué à chaque match ».
From zero to hero
En 2017, Semenyo rejoint l'académie de Bristol City et signe son premier contrat professionnel en janvier 2018, avant d'être envoyé en prêt à Bath City, Newport. Le chemin des terrains boueux, des bus de nuit et des stades à moitié vides. Pas Wembley. Pas encore…
Ces années l'ont forgé différemment. Dean Holden, qui l'a entraîné à Bristol City, a confié que ne pas avoir intégré une académie de Premier League dès le plus jeune âge avait finalement été bénéfique : « Dans les grands centres de formation, on peut te faire perdre certaines qualités. Antoine est différent. Il est passé par la petite porte. Il a pu progresser librement. »
Après avoir enchaîné les saisons en Championship, il s'éclate en première division anglaise avec Bournemouth. Puis, en janvier 2026, Manchester City s'attache ses services pour 64 millions de livres sterling, lui offrant un contrat de cinq ans et demi. De 10 millions à Bournemouth à 64 millions à City : un retour sur investissement de 540% en trois ans.
Son départ de Bournemouth ? Un dernier cadeau digne d'un film. Le 7 janvier 2026, jour de son 26e anniversaire, avec les rumeurs de transfert à City qui enflaient, Semenyo inscrit un but à la dernière minute contre Tottenham, un 3-2 qui mettait fin à onze matchs sans victoire de Bournemouth. Marquer le jour de son anniversaire, dans son dernier match, pour sauver son équipe : le plus beau des au revoirs.
Wembley, l'apothéose
Ce samedi, à la 72e minute de la finale de la FA Cup, dos au but et étroitement marqué par Levi Colwill, Semenyo n'était pas favori pour trouver le chemin des filets. Il a pourtant sorti un geste de grande classe, glissant le ballon parfaitement dans le coin opposé, hors de portée de Robert Sanchez. Une magnifique Madjer, l’un des plus beaux buts de la saison en Angleterre, offrant par la même occasion le titre à Manchester City.
Nommé homme du match, il a savouré le moment avec une humilité qui lui colle à la peau depuis le début. « Ça semble irréel. Je n'avais jamais concouru pour des trophées comme ça, c'est tout nouveau pour moi. Il a fallu beaucoup de temps pour arriver ici, mais j'en suis reconnaissant. Ce qui se passe à 15 ou 16 ans, ça ne signifie pas que le voyage est terminé. »
Son prénom complet, Antoine Selorm Semenyo, est un prénom ghanéen Ewe qui signifie « Dieu a été bon avec moi ». Difficile de trouver meilleure légende sous cette photo de lui soulevant la FA Cup à Wembley. Arsenal et Tottenham l'ont recalé à 14 ans. Samedi, il a battu Chelsea en finale devant 90 000 personnes. Le football aime les revanches. Celle-là, il la savoure.
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À propos de l'auteur
Oumar WANE
Rédacteur sportif
Passionné de sport depuis toujours, partage avec vous les dernières actualités et analyses du monde sportif.
