Il est des fins qui touchent plus que d’autres. Ce dimanche à Anfield, face à Brentford, pour le dernier match de la saison de Premier League, Mohamed Salah a foulé pour la dernière fois la pelouse de ce stade qui l'a vu devenir une légende. Le Kop debout. Les drapeaux égyptiens dans les travées. Et ce silence d'une seconde, juste avant que les chants éclatent une dernière fois : « Mo Salah, Mo Salah, running down the wing. »
L'histoire méritait mieux qu'une sortie sur blessure, une déchirure musculaire lors de la victoire 3-1 face à Crystal Palace le 25 avril, Salah quittant le terrain à la 60e minute en boitant, prenant le temps de saluer longuement les supporters d'Anfield. Mais Liverpool lui a offert ce dimanche ce que le destin voulait lui refuser : des adieux dignes d'un roi.
De Chelsea à Anfield : la renaissance d'un génie
L'histoire de Mohamed Salah à Liverpool est d'abord celle d'une rédemption. Arrivé d'Égypte, passé par Bâle, échoué à Chelsea, où José Mourinho n'avait pas su lui faire confiance, révélé à la Fiorentina et à la Roma, l'ailier du Caire semblait condamné au statut de promesse gâchée. C'est Jürgen Klopp qui changea tout à l'été 2017, déboursant 42 millions d'euros pour le ramener en Premier League.
Dès sa première saison avec les Reds (2017-2018), l'ailier égyptien atteignit la finale de la Ligue des champions face au Real Madrid et termina meilleur buteur de Premier League avec un record de 32 buts. Steven Gerrard, présent ce soir-là, déclarait alors qu'il assistait « au début de l'avènement d'un joueur immense. » Il avait tout vu.
La douleur de Kiev, une blessure à l'épaule provoquée par Sergio Ramos en finale de C1 en 2018, allait forger une soif de revanche. Un an plus tard, à Madrid, Salah ouvrait le score sur penalty dès la deuxième minute face à Tottenham. Liverpool remportait ainsi la Ligue des champions, avant de conquérir le titre de champion d'Angleterre en 2020, mettant fin à une disette de 30 ans. Le trio qu'il formait avec Sadio Mané et Roberto Firmino entrait dans la légende.
Les chiffres d'un autre monde
Les statistiques de Salah à Liverpool appartiennent à une catégorie à part. 257 buts et 123 passes décisives en 442 matchs toutes compétitions confondues : Salah n'a pas seulement marqué l'histoire du club, il a redéfini les standards du poste d'ailier.
Ses 281 contributions offensives en Premier League pour Liverpool, 189 buts et 93 passes décisives, constituent le record absolu de toute l'histoire de la division pour un joueur au sein d'un même club. Un chiffre que Wayne Rooney, Thierry Henry ou Alan Shearer n'ont jamais approché sous un seul maillot. Par ailleurs, pour son dernier match, le Pharaon a offert une passe décisive, sa 93e en Premier League, devenant le Red avec le plus de caviars en championnat, dépassant ainsi la légende Steven Gerrard (92).
Il est également le seul joueur de l'histoire du club à avoir inscrit 20 buts ou plus lors de huit saisons consécutives, une régularité implacable qui l'a propulsé au sommet du classement des buteurs de Liverpool en Premier League, ses 100 premiers buts atteints en seulement 151 matchs, un record du club.
En compétitions européennes, ses 53 buts font de lui le meilleur buteur de tous les temps de Liverpool sur la scène continentale. Et lors de la saison 2024-25, il porta son total à 47 contributions en Premier League (29 buts, 18 passes décisives), égalant le record absolu de buts impliqués sur une seule campagne de 38 matchs dans l'histoire de la compétition.
Quatre Souliers d'Or (meilleur buteur de Premier League), deux titres de meilleur joueur PFA, champion d'Angleterre à deux reprises, vainqueur de la Ligue des champions, de la FA Cup et de la League Cup. Le palmarès d'une vie.
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L'héritage du Pharaon
Au-delà des statistiques, Mohamed Salah a redéfini ce que pouvait être un ailier droit dans le football moderne. Rapide, technique, décisif, généreux dans le jeu collectif et capable de porter une équipe entière sur ses épaules durant des mois. Il a démontré, saison après saison, qu'un footballeur africain pouvait non seulement performer au plus haut niveau européen, mais en devenir le meilleur joueur.
Son impact dépasse Anfield. Pour des millions d'Égyptiens, de footballeurs africains et de supporters à travers le monde arabe, Salah a incarné quelque chose de plus grand que le football : la preuve qu'il n'existait aucune limite imposée par les origines. Le chant du Kop « If he scores another few, then I'll be Muslim too », est devenu l'un des symboles les plus forts de toute une génération.
En termes de statistiques pures, seul Ian Rush, 346 buts en 660 matchs, cinq titres de champion d'Angleterre et deux couronnes européennes, le devance dans le grand panthéon d'Anfield. Mais là où Rush a passé l'essentiel de sa carrière dans ce club, Salah a accompli l'essentiel en neuf ans. C'est peut-être ce qui rend son règne encore plus stupéfiant.
Et maintenant ?
À 33 ans (il en aura 34 le 15 juin), Salah ne raccroche pas les crampons. Il va donc quitter Liverpool. Mais pour quelle destination ? La piste saoudienne semble aujourd'hui la plus sérieuse pour accueillir le Pharaon dans un dernier grand chapitre. Avant cela, la Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord l'attend avec l'Égypte.
Liverpool, lui, devra tourner la page. Après Gerrard, après Owen, après les légendes qui ont porté ce maillot, la question se posera inévitablement : qui, un jour, pourra combler un tel vide ? La réponse, peut-être, est que personne ne le pourra vraiment. On ne remplace pas Mohamed Salah. On l'honore.
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À propos de l'auteur
Oumar WANE
Rédacteur sportif
Passionné de sport depuis toujours, partage avec vous les dernières actualités et analyses du monde sportif.
