
La crispation africaine repose sur une succession de décisions prises par l’administration américaine. D’abord, l’imposition d’une caution pouvant atteindre 15 000 dollars pour les demandeurs de visas de certains pays. Puis, quelques jours plus tard, l’annonce de la suspension des visas de long séjour pour les ressortissants de 75 pays, parmi lesquels figurent 15 nations qualifiées pour le Mondial 2026, coorganisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique.
L’Afrique apparaît comme la région la plus durement touchée. 8 de ses 9 représentants sont concernés par ces restrictions : Algérie, Égypte, Tunisie, Maroc, Ghana, Côte d’Ivoire, Sénégal et Cap-Vert. Une situation qui a immédiatement fait naître la crainte d’une interdiction de fait des supporters africains sur le sol américain.
La FIFA a d’ailleurs rappelé que la détention d’un billet de stade ne constitue pas une garantie d’entrée aux États-Unis. Si le Département d’État américain précise que ces mesures ne concernent, à ce stade, que les visas d’immigration et non les visas touristiques, l’incertitude demeure entière pour les supporters.
Une Coupe du monde à deux vitesses
Les sélections qualifiées ne devraient pas rencontrer d’obstacles majeurs pour entrer aux États-Unis. Les supporters, en revanche, restent soumis à un parcours administratif incertain, parfois dissuasif. Cette dissociation pose une question fondamentale : peut-on organiser une Coupe du monde sans garantir la présence des peuples qui accompagnent leurs équipes ? Cette réflexion a pris une autre dimension lorsqu’une personnalité reconnue du football s’est publiquement positionnée. Claude Le Roy, ancien sélectionneur de plusieurs équipes africaines, a ouvertement évoqué l’option du boycott. Dans les colonnes du Figaro, il a fustigé la posture américaine : « Je me demande s’il ne faudrait pas appeler au boycott de la Coupe du monde 2026, vu le comportement de Donald Trump à l’égard du continent africain, avec un président de la FIFA qui se targue d’être à ses côtés. Les dirigeants au plus haut niveau du foot ne parlent plus jamais de foot mais que de fric. » En Europe, les ressorts du débat sont différents. En Allemagne notamment, l’idée d’un boycott progresse dans une partie de l’opinion publique et de la classe politique, en réaction aux menaces américaines concernant le Groenland et aux tensions commerciales avec l’Union européenne. Un sondage commandé par le journal Bild indique que 47 % des Allemands approuveraient un boycott du Mondial en cas d’annexion du Groenland, contre 35 % qui s’y opposeraient. Plusieurs responsables politiques ont évoqué cette option comme un levier de pression. La secrétaire d’État allemande aux Sports, Christiane Schenderlein, a toutefois rappelé que la décision relevait de la Fédération allemande de football et de la FIFA, précisant que le gouvernement fédéral « accepterait cette appréciation ». Le débat a franchi un nouveau palier avec la prise de position de Sepp Blatter, ancien président de la FIFA. Lundi, il a soutenu l’idée d’un boycott des supporters des matchs disputés aux États-Unis, relayant les propos de l’expert suisse Mark Pieth. Dans une interview accordée au journal Der Bund, ce dernier estimait qu’« il n’y a qu’un seul conseil pour les fans : éloignez-vous des États-Unis ». Blatter a repris cet argumentaire sur X, jugeant légitime de remettre en question l’organisation du tournoi dans un tel contexte politique. Sur le terrain, les inquiétudes sont concrètes. Interrogé par l’Associated Press, Djibril Gueye, supporter sénégalais, s’interroge : « Je ne comprends pas pourquoi le président américain voudrait que certaines équipes ne participent pas. Si c’est le cas, les États-Unis ne devraient pas organiser la Coupe du monde. » Même incertitude chez Fatou Diedhiou, présidente d’un groupe de supportrices sénégalaises. « Nous voulons participer, mais nous ne savons pas comment. Pour l’instant, nous attendons » s’inquiète-t-elle. D’autres, à l’image de Sheikh Sy, affichent leur détermination à accompagner coûte que coûte leur sélection, rappelant que les supporters sénégalais ont toujours suivi leur équipe partout dans le monde. Côté ivoirien, le capitaine des Éléphants, Franck Kessié, a appelé à une réponse institutionnelle plutôt qu’à une rupture sportive. « Il y a un comité d’événements géré par la Fédération ivoirienne de football. Avec le gouvernement, nous mettrons les choses en place pour faciliter la tâche de nos supporters » avertit le milieu de terrain des Éléphants. Une prise de position qui illustre l’embarras des acteurs du football africain, pris entre attachement populaire et réalités diplomatiques. À ce stade, aucune fédération africaine ni la CAF n’a officiellement appelé à un boycott du Mondial 2026. Un retrait collectif apparaît peu crédible sportivement et économiquement. Mais la multiplication des prises de position révèle un malaise plus profond : celui d’un football mondialisé qui peine à concilier logiques sécuritaires, enjeux géopolitiques et dimension populaire. Pensé comme un tournoi de l’ouverture avec son format élargi à 48 équipes, le Mondial 2026 pourrait devenir celui des exclusions silencieuses. Pour l’Afrique, la question n’est peut-être pas tant de boycotter que de poser un débat de fond : peut-on organiser la plus grande fête du football mondial sans garantir un accès équitable à tous ses supporters ?
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes africains ont commencé à évoquer l’idée d’un boycott par les sélections concernées, non comme une stratégie institutionnelle clairement définie, mais comme une réponse symbolique à ce qu’ils perçoivent comme une inégalité de traitement.
Le Roy, première voix influente à soutenir l’idée
Une sortie qui a trouvé un écho particulier en Afrique, où Claude Le Roy bénéficie d’une forte légitimité historique.En Europe, un boycott à visée diplomatique
Sepp Blatter remet en cause le choix du pays hôte
Les supporters africains, entre colère et résignation
Franck Kessié appelle à une solution politique
Boycott ou pression politique ?
Une Coupe du monde sous haute tension
À quelques mois du coup d’envoi, la réponse n’est toujours pas tranchée. Mais le signal d’alarme est bel et bien lancé.
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À propos de l'auteur
El Hadji Malick SARR
Rédacteur sportif
Passionné de sport depuis toujours, partage avec vous les dernières actualités et analyses du monde sportif.
