
À seulement douze jours du coup d’envoi, alors que les crampons étaient cirés et les billets d’avion déjà compostés, le couperet est tombé comme une insulte au professionnalisme. En annonçant le 5 mars le report au mois de juillet d'une compétition censée débuter le 17 mars, la Confédération africaine de football n'a pas seulement brisé le rythme sportif du continent ; elle a ouvert un gouffre financier béant sous les pieds des fédérations nationales qui éprouvent déjà des difficultés à financer le football féminin et accélérer son développement.
L'incertitude est le pire ennemi du sport de haut niveau, et Desiree Ellis, la sélectionneuse emblématique de l'Afrique du Sud, n'a pas caché son exaspération face à ce flou artistique qui coûte cher. « On ne peut pas simplement dire "on verra plus tard". Nous ne pouvons pas travailler dans une telle incertitude », a-t-elle martelé.
« Comment suis-je censée expliquer aux clubs européens que leurs joueuses rentrent maintenant pour repartir en juillet, alors que nous sortons des fenêtres FIFA ? Les joueuses sont des professionnelles avec des contrats, pas des pions que l'on déplace sur un échiquier au gré des imprévus logistiques. » - Desiree Ellis
Pour la nation sacrée en 2024, ce report signifie des dizaines de billets d'avion transatlantiques jetés à la poubelle, sans aucun espoir de remboursement par les compagnies aériennes.
Dubaï, coûteux camp de base du Ghana
Le cas du Ghana illustre parfaitement ce désastre comptable. Les Black Queens avaient délocalisé leur préparation à Dubaï pour bénéficier d'infrastructures de haut niveau. Entre la location des terrains, l'hébergement de luxe pour une délégation de quarante personnes et la logistique médicale, la facture est déjà colossale. Avec ce report tardif, ces investissements se transforment instantanément en « coûts perdus ». Pour une fédération comme la GFA, dont les budgets sont souvent calculés au centime près, cette annonce est un arrêt de mort financier pour l'exercice en cours.
Sentiment de trahison
Le sentiment de trahison est d'autant plus vif chez les joueuses, qui voient dans ce report une preuve de la hiérarchie encore archaïque du football continental. Rasheedat Ajibade, la capitaine du Nigeria, a exprimé tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « C'est une gifle pour notre discipline. Imaginez-vous une seule seconde la CAF annoncer un report de la CAN masculine à deux semaines de l'ouverture ? Jamais. Cela montre le peu de considération que l'on porte encore à nos carrières et à nos sacrifices. »
Sa coéquipière Ashleigh Plumptre a renchéri, pointant du doigt l'image catastrophique renvoyée au monde : « C'est tout simplement embarrassant. Nous essayons de porter le football africain au sommet mondial, mais comment voulez-vous être prises au sérieux quand l'organisation même du tournoi majeur du continent ressemble à de l'amateurisme ? »
Au-delà des mots, la réalité financière est implacable. Le Nigeria, géant du continent, se retrouve comme beaucoup d'autres fédérations face à un imbroglio juridique inédit. En juillet prochain, les fédérations devront à nouveau négocier la libération de joueuses qui sortent d'une saison harassante, et surtout, elles devront repayer l'intégralité des voyages internationaux.
La CAF, de son côté, s'abrite derrière un silence assourdissant ou des termes juridiques flous évoquant des « raisons organisationnelles imprévues ». Mais pour les présidents de fédérations, l’argument ne passe plus. Si la CAF ne débloque pas de subventions exceptionnelles pour compenser les pertes sèches liées aux vols annulés et aux stages inutiles, elle laisse les nations les plus engagées au bord de la faillite technique, condamnées à payer pour les erreurs d'un organisateur défaillant.
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À propos de l'auteur
Malick BAMBA
Rédacteur sportif
Le sport africain au quotidien, ces belles histoires et polémiques en tous genres.
