Roland-Garros 2026 : Mayar Sherif, l’arbre égyptien qui cache le désert du tennis africain

Alors que l'édition 2026 de Roland-Garros a débuté ce dimanche, la solitude de l’Égyptienne Mayar Sherif dans les tableaux de simple met en lumière une crise structurelle profonde. En l'absence d'Ons Jabeur, éloignée des courts pour une heureuse maternité, le tennis africain se présente à Paris amputé de ses forces vives. Entre élitisme financier, omniprésence du football et déficit de formation, enquête sur un continent à la croisée des chemins.

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Roland-Garros 2026 : Mayar Sherif, l’arbre égyptien qui cache le désert du tennis africain

Le public de la Porte d'Auteuil n'aura d'yeux que pour elle, du moins côté africain. Ce mardi, Mayar Sherif fera son entrée en lice sur l'ocre parisienne face à la Hongroise Dalma Galfi. Sa particularité ? Après avoir bataillé en qualifications pour décrocher sa place dans le tableau principal, elle sera la seule et unique représentante de tout le continent africain, hommes et femmes confondus, à fouler les courts en simple lors de cette édition 2026 de Roland-Garros.

Cette situation isolée est accentuée par la pause légitime de la Tunisienne Ons Jabeur, l'habituelle locomotive du tennis africain, qui a momentanément quitté le circuit pour donner naissance à son enfant. Mais derrière ce tableau désertique, l'absence de relève pose une question cruciale : pourquoi l'Afrique, vivier inépuisable de talents athlétiques, peine-t-elle tant à exister durablement au sommet de la petite balle jaune ?

Le mirage des années passées

Pour quiconque observe le circuit, le signal d'alarme ne date pas d'hier. L'édition 2025 de Roland-Garros avait déjà agi comme un sérieux avertissement. À l'exception notable de la Sud-Africaine Kgothatso Montjane, demi-finaliste en tennis-fauteuil, la campagne africaine avait tourné au surplace.

Ons Jabeur, alors en délicatesse avec son tennis, s’était inclinée dès le premier tour face à la Polonaise Magdalena Fręch. Chez les messieurs, le Sud-Africain Lloyd Harris, après s'être extirpé des qualifications, avait buté d’entrée sur Andrey Rublev. En double, Mayar Sherif elle-même n'avait pas franchi le premier cap. En 2026, sans la présence de Jabeur pour masquer les fissures, la réalité brute éclate au grand jour : le tennis africain est en reconstruction, pour ne pas dire en panne de structures.

Roland-Garros 2025 : un bilan compliqué
  • Ons Jabeur (Tunisie) - Eliminée au 1er tour
  • Lloyd Harris (Afrique du Sud) - Eliminé au 1er tour
  • Mayar Sherif (Egypte) - Eliminée au 1er tour (double)
  • Kgothatso Montjane (Afrique du Sud) - Demi-finaliste (fauteuil)

Un sport de riches dans l'ombre du football

La première barrière reste, sans surprise, économique. Le tennis professionnel est l'un des sports les plus coûteux au monde. Entre l'équipement, l'encadrement technique, les billets d'avion et l'hébergement pour courir les tournois à travers le globe, la facture devient vite prohibitive pour les familles.

Interrogé par Sport News Africa, Hugues-Henry Ngouélondélé, premier vice-président de la Fédération Congolaise de Tennis (Fecoten), résume parfaitement cette impasse :

« Le tennis est un sport coûteux, et j'insiste sur l'importance du financement : un joueur qui vise le niveau professionnel doit pouvoir couvrir le matériel, les voyages, l'hébergement et une alimentation adaptée. Ce sont des dépenses importantes, loin d'être à la portée de tous. D'ailleurs, nos fédérations manquent de moyens financiers, c'est pourquoi le soutien de mécènes et de sponsors est indispensable. »

Faute de ces précieux soutiens, le tennis subsiste dans l'ombre gigantesque du football, qui capte la quasi-totalité des subventions étatiques et de l'engouement populaire.

Une Afrique du tennis à deux vitesses

L'autre réalité du continent est sa profonde disparité géographique. Il existe une Afrique du Nord (Maroc, Tunisie, Égypte) et une Afrique du Sud qui possèdent une culture tennis, des clubs et des infrastructures de relative qualité. Derrière ce "Top 10" complété par l'Algérie, le Nigeria, le Zimbabwe, le Botswana ou le Burundi, c'est le grand vide.

Dans la majeure partie de l'Afrique centrale et de l'Ouest, le tennis demeure une discipline confidentielle, voire invisible. « Le tennis est une discipline qui reste méconnue du grand public. Du coup, très peu de jeunes rêvent de devenir des tennismen professionnels », déplore Hugues-Henry Ngouélondélé en prenant l'exemple de la République du Congo. Sans base populaire, difficile de voir éclore des champions de manière régulière.

Les pistes pour briser le plafond de verre

Pour inverser la tendance et ne plus dépendre uniquement d'exploits individuels et isolés, les instances africaines tentent de réagir à travers trois axes majeurs :

  • Amener le circuit international en Afrique : Pour limiter les frais de déplacement astronomiques des jeunes joueurs, plusieurs fédérations organisent désormais des tournois ITF Juniors, des tournois Futures (M25) et des ATP Challenger directement sur le sol africain. Une manière de permettre aux locaux d'engranger des points ATP/WTA à domicile.
  • Le transfert de compétences : Le tennis moderne exige une technicité que beaucoup de coachs locaux, coupés des évolutions mondiales, peinent à enseigner. Des partenariats de jumelage, notamment initiés avec la Fédération Française de Tennis (FFT), commencent à voir le jour pour former les entraîneurs africains.
  • L'optimisation des infrastructures : Plusieurs pays africains disposent de complexes sportifs modernes construits lors de grands jeux régionaux. L'enjeu est de les ouvrir aux jeunes et de créer des circuits nationaux dynamiques pour maintenir les licenciés en activité constante.

La solitude de Mayar Sherif cette semaine à Paris rappelle que le talent brut de la jeunesse africaine ne suffit plus face à la machine ultra-professionnalisée du tennis mondial. Pour que l'Afrique s'impose de nouveau sur la carte du tennis, le temps n'est plus aux constats, mais à l'investissement massif et à la structuration globale.

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À propos de l'auteur

Malick BAMBA

Malick BAMBA

Rédacteur sportif

Le sport africain au quotidien, ces belles histoires et polémiques en tous genres.

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