
Humiliée contre la Suède (5-1) pour son entrée en lice, la Tunisie a vécu une entame de Mondial cauchemardesque qui faisait suite à une préparation ratée marquée par la claque reçue contre la Belgique (5-0).
Deux revers fatidiques pour Sabri Lamouchi, dont les distensions avec la fédération, principalement le duo Hussein Jenayah (vice-président) et Ziad Jaziri (directeur sportif), montèrent crescendo. Ingérence fédérale dans la composition de la liste retenue pour la Coupe du monde, influence pour faire jouer tel ou tel joueur : l’entraîneur n’avait pas les coudées franches comme ses prédécesseurs avant lui.
Coupé d’une partie de son groupe à cause de promesses non tenues et d’un management ne suscitant pas l’adhésion, Lamouchi a été évincé au lendemain du revers contre la Suède dans des circonstances ubuesques. Sans le prévenir, la fédération a publié la nouvelle sur sa page Instagram avant de supprimer le post.
Comme si rien ne s’était passé, le sélectionneur se rendait avec son groupe au terrain d’entraînement pour diriger la séance du jour alors que les dirigeants préparaient l’arrivée de Mondher Keibaer afin d’assurer l’intérim. Tout semblait ficelé jusqu’au moment où la piste d’Hervé Renard s’activa politiquement.
Salaire, staff et liberté de décision
Excédée par la gestion de la fédération, la présidence de la République s’occupa personnellement de valider le dossier du nouveau sélectionneur. Conscient du désastre d’image au sein du pays, le gouvernement quitta la décision à la fédération pour endosser la responsabilité et les négociations avec Hervé Renard, un nom réputé pouvant susciter un contentement populaire.
Habitué aux mission commandos, celui qui était d’accord pour remplacer Jean-Louis Gasset lors de la CAN 2023 avec la Côte d’Ivoire, a cependant demandé des garanties, échaudé par les récents événements.
Contrairement à d’habitude, il a été accordé à l’entraîneur français de venir avec plusieurs membres de son staff, d’obtenir un contrat dépassant la Coupe du monde et de recevoir un salaire conséquent directement payé par l’État.
Aucun autre coach n’avait obtenu de telles assurances cette dernière décennie en Tunisie où la fédération a toujours exercé un contrôle, qu’il s’agisse du choix des joueurs ou des membres de l’équipe technique.
Une fédération sous contrôle
Le scandale suscité par la gestion globale de l’équipe nationale a fortement influé sur la décision de récupérer le dossier du sélectionneur national. « Ce cirque » pour reprendre le mot de plusieurs joueurs a fortement déplu en haut-lieu.
Aux abonnés absents, le président Moez Nasri confirmait encore qu’il ne décidait de rien. Véritable patron de la FTF, le vice-président Hussein Jenayah fait l’unanimité contre lui au sein du groupe. Privilégiant son avancement personnel au sein des instances africaines et internationales – il rêve d’intégrer le Comité exécutif de la CAF en 2027 -, il s’occupe également de tout le business autour de l’équipe nationale, notamment des accès aux familles ou places VIP.
Son acolyte Zied Jaziri, qui travaillait avec lui à l’Étoile du Sahel, est également fortement décrié en interne, notamment pour avoir voulu briser le groupe des anciens tenant la sélection – ce qui n’était pas forcément une mauvaise choses non plus. Caution sportive de Jenayah, Jaziri ne voulait plus entendre parler de Lamouchi mais n’avait pas prévu la fin dictée par le gouvernement.
Tout-puissant, comme Khemaies Hamzaoui, le manager de l’équipe nationale qui avait été si utile à Moez Nasri dans l’obtention des voix des petits clubs lors des élections, le directeur sportif de la FTF n’est plus en odeur de sainteté. Si Jenayah bénéficiait jusqu’ici d’une couverture politique, la question se pose également en cas de revers lors des prochaines rencontres.
Plusieurs membres du bureau fédéral ont également prévu de démissionner sans changement majeur à leur retour en Tunisie. Une situation explosive que l’arrivée d’Hervé Renard, aussi emballante soit-elle pour les suiveurs des Aigles de Carthage, ne pourra pas régler en profondeur.
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À propos de l'auteur
Romain MOLINA
Rédacteur sportif
Journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes dans le milieu du sport.
