
Je ne suis pas du genre à forcer l’angle africain quand il n’est pas là. Mais quand il est là, quand il est documenté, quand il est revendiqué par le joueur lui-même, quand il a façonné l’homme avant de façonner le basketteur, on a le droit — on a le devoir — d’en parler. Victor Wembanyama est français. C’est acté. Il représente l’équipe de France. Mais une partie de lui, par son père, appartient aussi à la République Démocratique du Congo. Et aujourd’hui, ce joueur-là vient d’écrire l’une des pages les plus impressionnantes de l’histoire récente de la NBA.

Regardons la photographie du vote. Wembanyama : 500 points, 100 votes de première place sur 100 possibles. Chet Holmgren, pivot d’Oklahoma City et champion NBA en titre : 239 points, 76 votes de deuxième place. Ausar Thompson, ailier spectaculaire de Detroit : 60 points. L’écart est dantesque. Il n’y avait pas de débat, il n’y avait pas de discussion, il n’y avait qu’une certitude.
Zéro hésitation chez 100 journalistes NBA. C’est quasiment jamais arrivé.
Pour mettre ça en contexte : depuis que Stephen Curry a été MVP à l’unanimité en 2016, seulement deux autres joueurs ont obtenu 100 % des votes de première place pour un trophée majeur. Wembanyama lui-même pour le Rookie of the Year 2024. Et maintenant Wembanyama encore pour ce DPOY 2026. Il est, à ma connaissance, le seul joueur à avoir remporté deux trophées individuels majeurs à l’unanimité dans l’histoire moderne de la Ligue. Ça, c’est déjà une ligne qui place un joueur à part.
Ajoutez à cela qu’il devient, à 22 ans, le plus jeune Defensive Player of the Year de l’histoire (le précédent record était 23 ans), et qu’il rejoint Michael Jordan et David Robinson comme le seul troisième joueur à avoir remporté le Rookie of the Year et le DPOY en carrière. Quand on commence à être dans les mêmes phrases que Jordan et Robinson, on n’est plus dans un chemin classique.
Le basketteur : 197 contres, 3,1 par match, 101,0 de Def. Rating

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Wembanyama termine la saison 2025-26 avec 197 contres au total, soit 44 contres de plus que le deuxième de la Ligue (Jay Huff). Il termine à 3,1 contres par match, largement en tête de la NBA pour la troisième année consécutive — exploit qui en lui-même est historique, puisqu’il devient le premier joueur à mener la Ligue aux contres sur ses trois premières saisons.
Son Defensive Rating individuel est de 101,0 points accordés par 100 possessions. Meilleur chiffre de la NBA toutes positions confondues. Il a joué 64 matchs sur 82, avec une moyenne de 29 minutes de jeu — ce qui signifie que son impact défensif est concentré sur un volume réduit, et pourtant, il écrase tout.
Pour gagner un DPOY, il faut être dominant individuellement. Pour le gagner à l’unanimité, il faut en plus transformer une équipe.
Les Spurs terminent la saison avec le 3e Defensive Rating de la NBA (110,4), derrière Oklahoma City et Detroit. Et surtout, ils décrochent un 62-20 au classement — leur meilleur bilan depuis 2015-16, l’année où Kawhi Leonard dominait ce même trophée. Sans Wembanyama sur le parquet, les Spurs tombent à un niveau défensif médiocre. Avec lui, ils sont l’une des trois meilleures défenses de la Ligue. L’écart est un des plus grands de la NBA entre un joueur et son équipe.
L’homme : entre Le Chesnay et Kinshasa, une lignée transmise

Pour comprendre Victor Wembanyama, il faut comprendre sa famille. Son père, Félix Wembanyama, est né en Belgique et est originaire de la République Démocratique du Congo. Un homme de 2,04 m, ancien athlète international, qui a représenté le Congo dans des disciplines exigeantes : le triple saut (record personnel de 15,56 m), le saut en longueur (7,41 m), et le 100 mètres (11 secondes). Félix a migré en France pour ses études universitaires, s’y est installé, a rencontré Élodie de Fautereau — une Française, ancienne joueuse et entraîneuse de basket — et a obtenu la nationalité française par naturalisation en 2003, l’année de naissance de Victor.
Ce détail biographique n’est pas anodin. Quand vous regardez Victor jouer, vous voyez les traces de ce double héritage : l’explosivité athlétique d’un père sauteur, la compréhension du jeu d’une mère coach. Les deux ADN. Et surtout, vous voyez un jeune homme qui n’a jamais caché d’où il venait. Dans plusieurs entretiens, Victor a parlé avec fierté de ses origines congolaises, de son grand-père congolais qui a marqué son enfance, de cette partie de lui qui ne passe pas dans les stats.
Le sacre de Victor est, en réalité, le sacre d’une lignée. Kinshasa a participé à ce DPOY. Même à distance. Même sans le dire.
Et pour le basketball africain, c’est un jalon. Depuis Dikembe Mutombo, Hakeem Olajuwon et Manute Bol, la NBA a vu passer plusieurs grands défenseurs d’origine africaine. Joel Embiid. Pascal Siakam. Bam Adebayo. Giannis Antetokounmpo dans son ascendance nigériane. Mais un DPOY à l’unanimité, à 22 ans, avec cette couverture médiatique, c’est un rayonnement qui n’a jamais été atteint auparavant par un joueur ayant des origines africaines aussi explicitement documentées.
Troisième Français à décrocher ce trophée — mais pas tout à fait comme les autres

Avec ce titre, Victor Wembanyama devient le troisième Français de l’histoire à remporter le Defensive Player of the Year, après Joakim Noah en 2014 et Rudy Gobert (quatre titres : 2018, 2019, 2021, 2024). Six trophées DPOY français au total. C’est énorme. Aucune autre nation non américaine ne s’approche de ce chiffre.
Mais il y a une différence entre Wembanyama et ses prédécesseurs français. Noah a été couronné avec des Bulls pas exceptionnels sur la durée. Gobert a été le pivot-sentinelle d’équipes qui ont été éliminées tôt en playoffs, ce qui a nourri un débat permanent sur « l’utilité réelle » de son profil défensif. Wembanyama arrive en DPOY à 22 ans, avec une équipe 2e de l’Ouest, un bilan 62-20, et une qualification en playoffs immédiate. Le contexte est incomparable.
Gobert a gagné son DPOY. Wembanyama l’a imposé.
Mon take tranché : il est déjà dans la conversation GOAT des pivots
Je sais que c’est une prise de position forte. Je la prends. À 22 ans, trois saisons NBA, un Rookie of the Year à l’unanimité, un DPOY à l’unanimité, leader NBA aux contres trois années de suite, 62-20 avec les Spurs, quatrième au vote MVP 2026 derrière SGA, Jokic et Dončić... Victor Wembanyama est déjà dans la conversation GOAT des pivots.
Je ne dis pas qu’il est le meilleur de tous les temps. Je dis qu’on parle déjà de lui dans la même pièce que Hakeem, Kareem, Duncan, Shaq, Jokic, Robinson. Et ça, c’est immense.
Pour arriver à leur hauteur, il lui faudra les titres — zéro pour l’instant, mais il arrive en playoffs 2026 avec les Spurs pour la première fois. Il lui faudra les MVP — il est dans la conversation dès cette année. Il lui faudra la longévité — et là, il a 22 ans, sa carrière ne fait que commencer. Mais le profil, la combinaison unique taille + skill + QI + éthique de travail + humilité dans les interviews, tout ça le place déjà dans une catégorie à part.
Sa citation après l’annonce du DPOY résume tout : « C’est génial. La vraie difficulté, ça a peut-être été d’atteindre les 65 matchs... » Il est déjà focalisé sur le prochain défi. Pas sur la gloire. Pas sur la couverture médiatique. Sur l’étape suivante.
C’est comme ça qu’on devient grand. C’est comme ça qu’on reste grand.
Ce DPOY 2026, c’est plusieurs choses en même temps. C’est une performance NBA historique — premier unanime jamais, plus jeune jamais, retour à une génération de pivots dominants qu’on n’avait plus vue depuis Duncan. C’est une victoire pour le basketball français, qui continue d’empiler les trophées individuels majeurs. C’est un jalon personnel dans une carrière qui promet d’aller très haut.
Et c’est aussi, par son père Félix, un moment qui appartient un peu à la RDC. À la diaspora africaine en général. À tous les gamins qui, à Kinshasa, Lubumbashi, Goma ou Kananga, ont une silhouette longue et un rêve de basket. Victor Wembanyama vient de leur montrer qu’un tel parcours est possible. Que l’origine n’est pas un plafond. Que l’unanimité en NBA peut aussi être congolaise, par héritage, par transmission, par fierté revendiquée.
À Kinshasa, Abidjan, Dakar, Douala — ce soir, un des nôtres vient d’entrer dans l’histoire.
San Antonio affronte Portland au premier tour. Wembanyama va découvrir les playoffs. On va le suivre ici, match après match. Parce qu’on sait que ce qu’on vient de voir, ce n’est que le début.
La suite commence maintenant. Et ça va être un bonheur à regarder.
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À propos de l'auteur
O. GOMUS
Rédacteur sportif
Passionné de ballon rond et notamment de grandes affiches.
