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JO 2021-Abebe Bikila : «Yes we can», 48 ans avant Obama

Abebe Bikila, tout près de la ligne d'arrivée aux JO de Rome, lève les mains en signe de victoire

Rome, 10 septembre 1960. Dix-septième olympiade, premiers Jeux en terre italienne. Sur la ligne de départ de l’épreuve du marathon, un beau jeune homme de 28 ans attire les regards. Moins pour la finesse de ses traits réguliers et de son corps sec que parce qu’il est pieds nus. Une curiosité. Un cliché de l’exotisme dont l’Afrique a le secret. Une anecdote. Abebe Bikila.

L’Éthiopien paré aux couleurs de son pays, débardeur vert et short rouge-jaune, était une simple «anomalie sympathique» sur la photo où trônait notamment le champion marocain Abdeslam Radi, le favori de la course. Éliminé des qualifications, il devait sa participation à l’épreuve au forfait sur blessure d’un de ses compatriotes.

À deux kilomètres de la ligne d’arrivée, Bikila et Radi sont au coude à coude. Puis le premier s’offre une foudroyante accélération pour terminer en triomphe, les bras au ciel. Il couvre la distance en 2 h 15 mn 16 s. Radi, deuxième, est relégué à 200 m, à 25 secondes. Le Néo-Zélandais Barry Magee est troisième. Le record du monde du Russe Igor Pavlov est battu d’une seconde.

Le Marocain Abdeslam Radi (gauche) partage le podium du marathon des JO Rome 1960 avec l’Ethiopien Bikila (vainqueur) et le Néo-Zélandais Barry Magee (bronze).

«Fracassante !», «historique !», «symbolique !»... : alors que, pour la première fois de leur l'histoire, les JO sont retransmis à la télévision, les qualificatifs fusent pour décrire la victoire de cet «Éthiopien inconnu» comme le surnommait un commentateur italien.

«Un cas exceptionnel»

Une page d’histoire venait de s’ouvrir. L’Afrique noire remportait ainsi sa première médaille olympique depuis les JO inauguraux de 1896. Quarante-huit ans avant le triomphe de Yes we can, le slogan de campagne de Barack Obama, élu en 2008 premier président noir des États-Unis, un Africain a montré qu’il était possible de vaincre l’impossible. «Je voulais que le monde sache que mon pays, l'Éthiopie, a toujours vaincu avec détermination et héroïsme», a lancé Bikila à l’issue du marathon, sa médaille d'or autour du cou.

Cette victoire du coureur éthiopien est emplie de symboles. Son auteur est né le jour du marathon des Jeux olympiques de Los Angeles, le 7 août 1932. Sa performance intervient à Rome 25 ans après l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie. Et c’était la première fois que les médailles étaient passées au cou des vainqueurs aux JO.

Au départ du marathon, personne ne misait sur Bikila. Sauf un homme : son entraîneur, le Finlandais Onni Niskanen. Celui qui lui faisait faire du tennis et du basket, histoire d’ajuster sa coordination. «Abebe est un cas exceptionnel, il n'est jamais fatigué, et éprouve rarement le besoin de boire un verre d'eau après une séance d'entraînement», s’émerveillait le technicien.

Le coach finlandais Onnis Niskanen (gauche) a toujours cru au talent de son poulain.

Une fin tragique

Mais le détail qui renforce la légende du coureur éthiopien est le fait qu’il courait pieds nus. Une habitude acquise depuis tout petit dans son Jato natal. Abebe Bikila aimait arpenter sans chaussures les hauts plateaux du village. C’est pourquoi arrivé à Rome, pour les JO, les tentatives de le faire rompre avec cette habitude resteront vaines. Avec des chaussures, il courait moins bien et ses pieds développaient des ampoules. Il finira par renouer avec ses vieilles habitudes.

Après sa performance, Bikila connut un court moment de gloire dans son pays avant d'être arrêté et emprisonné. La garde impériale éthiopienne, corps auquel il appartient, est accusée de tentative de coup d’Etat contre l’empereur Hailé Selassié. Il sera relâché au bout de trois mois de détention alors que ses camarades d'infortune ont été fusillés.

L'empereur d'Ethiopie Hailé Selassié décorant Abebe Bikila. Le premier emprisonnera le second.

Aux JO de Tokyo (Japon), en 1964, Abebe Bikila rééditera son exploit signé à Rome. Ce succès sera son dernier. En mars 1969, il perdra l'usage de ses jambes suite à un accident de voiture. Une tragédie qui n’avait entamé ni son humeur ni sa vitalité.

En 1973, Abebe Bikila est victime d'une hémorragie cérébrale qui l'emporte à l’âge de 41 ans. Le symbole africain est parti depuis 48 ans. Il laisse derrière lui un héritage en or pour toute l'Afrique et qu’entretiennent Éthiopiens et Kényans, les rois des courses de fond.

Jules DIA

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