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JO 2021-Hyperandrogénie : Mboma, Semeya, … et Niyonsaba répondent à World Athletics

Les deux Namibiennes écartées du 400 m par World Athletics.
Les deux Namibiennes écartées du 400 m par World Athletics.

World Athetics a tiré les leçons de Rio 2016 pour instaurer «une nécessaire discrimination» pour les JO 2021 (Tokyo). Désormais les athlètes DSD (différences du développement sexuel) n’ont plus le droit de s’aligner du 400 m au 1500 m. Cette disposition censée «corriger» un déséquilibre de la nature a été adoptée aux dépens, pour l’instant, d’athlètes africaines.

Semenya, Niyonsaba et Wambui

Semenya (or), Niyonsaba (argent) et Wambui (bronze), vainqueurs du 800 m aux JO Rio 2016. Ce podium aurait alerté World Atletics.

La règle écarte, en effet, les vainqueurs du 800 m aux Jeux brésiliens, il y a cinq ans, la Sud-Africaine Caster Semenya (or), la Burundaise Francine Niyonsaba (argent) et la Kényane Margaret Wambui (bronze). Mais également les Namibiennes Christine Mboma et Beatrice Masilingi, qui partaient pour régner au 400 m au Japon et sur les autres pistes du monde.

Les bannies de World Athletics, coupables d’hyperandrogénie, ont le choix entre deux options : s’aligner sur les distances sous 400 m ou/et celles au-dessus de 1500 m, sinon se soumettre à un traitement qui fixe leur taux de testostérone sur les normes féminines (moins 5 nmol/litre de sang). Si la Kényane a jeté l’éponge après une vaine tentative de reconversion, les autres ont décidé de continuer à se battre.

«Pas question que je prenne des médicaments» (Wambui)

Margaret Wambui exclue par World Athletics

La Kényane Margaret Wambui.

Dans son édition du mardi 3 août, L’Équipe a consacré une page entière au quinté exclu des 400 m et 800 m. Le journal sportif français a rappelé qu’en juin 2019, aux sélections de son pays pour les JO 2021, Wambui a tenté de passer au 200 m. Mais ses chronos n’ont pas été à la hauteur. Elle jette l’éponge, ose un dernier 800 m (illégal) avant de se mettre en retrait. À seulement 25 ans.

«Caster Semenya s’est battue en notre nom, elle a essayé, on a échoué. Descendre de catégorie ou monter de catégorie, je ne vois pas trop d’issue, c’est bloqué», s’est résignée la championne du monde juniors. Qui n’envisage pas de suivre un traitement pour réduire son taux de testostérone.

«Il n’est pas question que je prenne des médicaments pour continuer à courir, a-t-elle écarté. J’avais fait ma médaille à Rio, tout allait bien, et subitement la fédération internationale a annoncé sa décision. Je suis devenue une victime. Je demande juste à ceux qui décident ça : et si vous deviez sanctionner votre sœur ?»

Semenya, recalée pour les JO 2021

La Sud-Africaine Caster Semenya.

La Sud-Africaine Caster Semenya.

Le même dépit habite Caster Semenya, qui a tenté, en vain aussi, de dépasser les minimas pour la qualification au 5000 m aux JO 2021 (15’10’’). Mais à la différence de la Kényane, qui a «abdiqué» après une tentative ratée, la Sud-Africaine a décidé d’attaquer la décision de World Athletics. Déboutée tour à tour par le Tribunal arbitral du sport (TAS) et le tribunal fédéral suisse, elle a saisi la Cour internationale des droits de l’homme.

Semenya sait que son combat nécessitera un bon mental et de l’endurance. «Est-ce que ça va être facile ? Non ! Est-ce que ça vaut le coup ? Oui !», assène-t-elle pour exprimer sa détermination. Elle ajoute : «Si vous croyez à quelque chose, n’hésitez pas à vous battre jusqu’au bout.»

«J’ai été créée par Dieu, c’est avec lui qu’il faut s’entretenir.» (Niyonsaba)

La Burundaise Francine Niyonsaba.

La Burundaise Francine Niyonsaba.

Niyonsaba a eu plus de réussite que Semenya. Elle est présente à Tokyo et elle s’apprête à prendre part à la finale du 10 000 m, samedi 7 août. Elle aurait même pu peut-être s’aligner en finale du 5000 m si elle n’avait pas été disqualifiée dans les séries. Dès que le couperet de World Athletics est tombé, la Burundaise a accepté la situation. Au lieu de s'apitoyer sur son sort, elle a effectué le pas de côté pour s’aligner sur les courses de fond.

La médaillée d'argent des JO 2016 rêve de marquer les JO 2021. Mais sa motivation n’est pas nourrie par des ambitions strictement personnelles. «Je veux être une inspiration, spécialement pour les Africaines mais pas seulement, affine-t-elle. Je suis fière d’être ici, heureuse aussi, après tout ce par quoi je suis passée…»

Francine Niyonsaba ne se fixe pas de limite. «Je peux aller jusqu’au marathon, je veux un jour ramener une autre médaille par n’importe quel moyen. (…) Je tombe sept fois, mais je me relève à huit», prévient-elle.

La néo-fondeuse burundaise martèle : «Je veux à nouveau entendre l’hymne de mon pays. Je suis victime de discrimination, j’ai été créée par Dieu, s’il y a un problème c’est avec lui qu’il faut s’entretenir. Je m’aime, il faut rester ce qu’on est.»

«Pour moi ça n’a aucun sens.» (Masilingi)  

La Namibienne Beatrice Masilingi.

La Namibienne Beatrice Masilingi.

Les deux Namibiennes déclarées DSD ont répondu de fort belle manière sur la piste des JO 2021. Sur une distance qui, a priori, n’est pas adaptée à leur profil physique, le 200 m, elles ont brillé. Si elle n’est pas montée sur le podium, Beatrice Masilingi peut s’estimer satisfaite d'avoir disputé la finale du 200 m et fini sixième. À juste 18 ans. Pour ses premiers JO. Et seulement quelques semaines après l’entrée en vigueur de la nouvelle règlementation de World Athletics.

Toutefois, Masilingi, tout en écrivant son histoire sur le demi-tour de piste, espère que World Athletics reviendra sur sa décision. «Je ne comprends pas tout ce qu’il se passe, avait-elle lancé après sa qualification en finale. Pour moi ça n’a aucun sens en ce moment et j’espère que ça changera dans le futur.»

«Passer du 400 m au 200 m n’est pas si difficile…» (Mboma)

La Namibienne Christine Mboma, deuxième de la finale du 200 m des JO 2021, laisse exploser sa joie.

La Namibienne Christine Mboma, deuxième de la finale du 200 m des JO 2021, laisse exploser sa joie.

Sa compatriote a fait mieux. Beaucoup mieux. Christine Mboma est deuxième de la finale du 200 m. Elle a couvert la distance en 21’81. Elle est arrivée derrière Thompson-Herah, la double-championne jamaïcaine aux JO 2021 (100 m et 200 m). Et, surtout, devant l’Américaine et star de la distance Gabrielle Thomas, troisième, et la Jamaïcaine Shelly-Ann Fraser-Pryce, quatrième. Dans la foulée, la Namibienne de 18 ans a battu le record d’Afrique de la distance de la Nigériane Blessing Okagbare.

Mboma était attendu au 400 m à Tokyo. Avant les Jeux, les spécialistes la voyaient déjà sur la plus haute marche du podium olympique. Mercredi 30 juin, à la réunion de Bydgoszcz, en Pologne, elle marque les esprits en courant le 400 m en 48’’54. Meilleure performance de l’année, record d'Afrique, et septième chrono de tous les temps. Mais World Athletics n’a pas homologué ce chrono.

Sans se démonter, la Namibienne s’aligne sur 200 m et effectue sa première course de haut niveau le 29 mai dernier, à moins de deux mois de l’ouverture officielle des JO 2021. Son temps : 22’’73. Deux mois plus tard, sous le ciel du stade olympique de Tokyo, elle gagne une seconde et se hisse sur la deuxième marche du podium. «Passer du 400 m au 200 m n’est pas si difficile. Ce qui l’a été, c’est le faire en deux semaines», a-t-elle corrigé après sa qualification en finale.

Le coach des deux jeunes Namibiennes, Henk Botha, s’est dit «surpris» par les résultats des tests d’hyperandrogénie pratiqués sur ses deux protégées. Il se garde de contester publiquement la décision de World Athletics, mais espère qu’elle sera appliquée avec équité. «La règle existe, qu’on soit d’accord ou pas avec. Mais est-ce qu’on les teste seulement elles, ou tout le monde ? interroge Botha. L’équité n’existe pas vraiment sur Terre. En Namibie, pas mal de gens pensent que cette règle ne concerne que les athlètes africaines.»

B. N.

 

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