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«Presque plus de piste dispo pour l'athlé à Dakar» (DTN)

Pape Serigne Diène

Bonjour M. Diène! Comment décririez-vous la situation actuelle de l'athlétisme sénégalais, présent dans les dernières grandes compétitions que sur invitation ?

On peut noter que depuis plus de 10 ans, le Sénégal est présent aux joutes internationales sur invitation. Ce qui est regrettable. Parce qu’avant cette période, on constate que les délégations sénégalaises étaient souvent constituées à 80% d'athlètes qui ont réalisé les minimas. Pour participer à ces championnats. Ceci est le résultat de plusieurs facteurs. D’abord, les minimas sont devenus plus relevés. Avant, il y avait en effet les minimas A et les minimas B. Aujourd’hui les minimas B ont été supprimés et il ne reste plus donc que les minimas A. Il est ainsi devenu très difficile de se qualifier aux Jeux Olympiques. En plus de cela, au niveau fédéral et même parfois au niveau du ministère des Sports, on a eu à manquer un petit peu de vision. En ne nous focalisant que sur l'élite qu'on avait.

A un moment donné, on aurait dû essayer d’avoir une détection qui nous aurait permis d'assurer une relève. Ce qui impacte nos résultats actuels. Depuis quelques années, nous essayons de redresser la barre. Mais un champion olympique, ça ne se produit pas en 4 ans. C’est au moins deux cycles d’olympiades pour espérer avoir un bon athlète. Nous avons commencé. Et nous pouvons espérer avoir un athlète et une équipe de relai qualifiés aux Jeux de Tokyo sur la base des minimas. C’est notre objectif et nous travaillons dessus.

Qu’en est-il justement de la petite catégorie ?

Nous avions une politique de détection qui nous permettait d’assurer une relève. Malheureusement, pendant quelques années, on a eu à délaisser cette politique. Maintenant nous l’avons repris. Depuis 4 ans, nous organisons régulièrement des compétitions de jeunes au niveau des régions et au niveau national. On a eu à organiser les championnats des moins de 18 ans et celui des minimes à Tamba (région du Sud-Est du Sénégal). L'année dernière ils n’ont cependant pu se tenir à cause de la pandémie. Au regard du calendrier fédéral, on sent nettement l'intérêt que nous portons sur la petite catégorie. Ce qui pourrait à long terme, nous assurer naturellement cette relève qui nous fait défaut présentement.

L’athlétisme à l'école ne peut-il pas être aussi un moyen pour détecter la relève ?

Dans la configuration du sport au Sénégal, l'implication scolaire est incontournable pour avoir des performances. Ça doit être le point de démarrage du processus de détection. Mais au-delà de cette détection, il y a également le suivi des athlètes. Si cela ne se fait pas à l'école, il sera très difficile de suivre les jeunes.

                  "Le Sénégalais excelle au niveau du tour de piste"

En tant que directeur technique national, que pouvez-vous nous dire sur les disciplines qui correspondent mieux au morphotype de l'athlète sénégalais comme par exemple les ivoiriens qui brillent en sprint.

Il est vrai que chaque contrée a ses réalités et profils de sportifs. Mais il ne faut surtout pas perdre de vue que le champion dans n'importe quelle discipline peut surgir de nulle part. On a vu des champions du monde sur 400m venant du Botswana. Des champions du lancer de javelot provenant d’Afrique de l’Est. Pourquoi ne pas espérer un pareil sort au Sénégal ? Mais l’histoire et le constat nous montrent que, de tout temps, le Sénégalais excelle au niveau du tour de piste (400m) et au niveau des sauts.

En atteste d’ailleurs les médailles internationales d’Elhadj Amadou Dia Ba (400m haies), de Amy Mbacké Thiam (400m), de Moussa Fall (Longueur), de Kène Ndoye (Longueur et triple saut), de Ndiss Kaba Badji (longueur et triple saut), de Cheikh Tidiane Touré. Ce dernier détenait en effet le record d’Afrique de la longueur. Il y a également la 4e place de Gakou au 400 m des JO de 1968. Et notre relai 4x400 a une fois terminé au pied du podium aux JO et a été plusieurs fois champion d’Afrique… On peut dire que ce sont des disciplines où le Sénégalais excellait. Donc au niveau des sprints prolongés mais aussi des sauts.

A quel point le manque de moyens freine-t-il le développement de l'athlétisme ?

Le problème majeur, ce sont les moyens. Parce que nous avions le fonds de relance avant qui nous permettait d’avoir assez de sous pour exécuter des politiques de relance, de détection… Tel n’est plus le cas. Les compétitions coûtent des millions, parfois ce n'est pas à la portée des fédérations. On aurait bien aimé pouvoir organiser des championnats nationaux et être renforcés par d’autres compétitions comme des «Challenges Jeunes». Mais cela requiert de l’argent pour le transport, l'hébergement. Et pour la prise en charge du séjour. C’est donc un véritable problème. L’autre souci, ce sont les installations sportives.

Il n'y a en effet pratiquement plus de piste praticable ? 

Si on prend l’exemple de la capitale Dakar, présentement, il n’y a aucune piste disponible pour faire de l'athlétisme. Il n’y a que le Stade Léopold Sédar Senghor qui était à la limite du praticable. Or, il est actuellement fermé. Le stade Iba Mar Diop, pour des raisons de protection de l'intégrité des athlètes, est déconseillée. Et dans les autres stades, il n’y a même pas de piste d'athlétisme. Dans les régions, on retrouve des pistes. Mais les athlètes n’ont pas accès à cette piste. Parce que la cohabitation avec les autres disciplines est difficile.

Souvent le football et la lutte organisent à longueur de journée. Derrière, l'athlétisme n’a pas d'accès aux stades. Ces problèmes jumelés au divorce avec l’UASSU (compétitions de sports scolaires), il est très difficile de prendre en charge ces jeunes. Mais nous essayons tant bien que mal, avec des techniciens bénévoles, de donner le meilleur de nous-mêmes.

De quoi la direction technique nationale a vraiment besoin dans l'immédiat pour sillonner les régions et dérouler son plan de détection ?

Nous avons déjà des plans minutieusement élaborés. Et il ne reste que les moyens pour exécuter ces plans. Avec un peu de moyens, nous pouvons réaliser une très bonne détection. Et même suivre ces athlètes parce qu’il ne s’agit pas de juste détecter. Mais détecter et suivre l'athlète. Si l’on parvenait à avoir dans chaque région un centre de développement. Où on prendrait en charge l'élite. Où on prendrait en charge les meilleurs en petites catégories, je pense que sous peu nous pourrons prétendre à des résultats très satisfaisants au niveau africain et international.

Recueillis par Moustapha M SADIO

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