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Bineta Diongue : «Je ne vais pas aux JO pour de la figuration»

À 33 ans, l’escrimeuse sénégalaise Bineta Diongue a décroché sa toute première qualification aux Jeux Olympiques Tokyo 2020. L’épéiste de la team Levavasseur en France n’en reste pas moins ambitieuse et espère offrir au Sénégal, la 2e médaille olympique de son histoire après celle de Elhadj Amadou Dia Ba en 1988.

De notre correspondant au Sénégal

Ndeye Binta Diongue-JO 2020-Escrime
Ndeye Bineta Diongue, épéiste sénégalaise

Il y a quelques semaines, tu as décroché ta qualification aux JO de Tokyo. Une première dans ta carrière. Qu’as-tu ressenti sur le coup ?

Les qualifications étaient compliquées avec la crise sanitaire actuelle et les protocoles contraignants pour tous. Malgré cela, il y avait une très bonne organisation et la compétition s’est déroulée dans de très bonnes conditions au Caire. Merci à la FSE (Fédération sénégalaise d’escrime) de m’avoir apporté son soutien, facilitant cette participation. En me qualifiant pour les JO de Tokyo, j’ai senti au plus profond de moi cette fierté nationale. J’espère ainsi ne pas m’arrêter en si bon chemin. La compétition en elle-même était difficile et stressante car j’avais conscience que je n’avais pas droit à l’erreur sur aucun des matchs. Je me suis déployée à fond. Grâce à une bonne formation et une expérience notable, j’ai pu faire la différence en saisissant mon unique chance de me qualifier en gagnant la première place.

Ce fut une immense satisfaction d’avoir transformé un rêve d’enfance en réalité, d’avoir relevé un challenge, si je puis dire après plus de 13 ans de travail acharné. Mon cœur est triste quand je pense à tout ce que j’ai dû traverser. Mais aujourd’hui des larmes de joie coulent quand je vois que tous mes efforts ont fini par payer. Je remercie mon entourage qui n’a cessé de ménager des efforts pour me redonner le sourire, m’encourager et me soutenir au quotidien. Je suis remplie de reconnaissance envers toutes les personnes qui ont toujours cru en moi, en mes compétences.

Il s’agit là de tes premiers Jeux à 33 ans et après avoir raté de peu les éditions de 2012 à Londres et 2016 à Rio… Y avait-il une certaine pression, de te dire qu’il s’agit sans doute de la dernière opportunité ?

 Oui et je peux dire ‘’ENFIN’’ c’est le moment tant attendu après être passée à côté des qualifications en 2012 et 2016. Et il est vrai que c’est à la veille de mes 33 ans que mon rêve est devenu réalité. Par expérience toutefois, je peux vous assurer que le critère d’âge n’est pas le plus important pour obtenir une victoire dans le milieu sportif. Pour moi c’est la condition physique et morale, l’expérience et la motivation qui vont déterminer si on est apte ou non à mener ce combat, à supporter cette pression constante. Je me suis armée de patience et de détermination en me disant que je ne devais pas laisser passer cette opportunité de me qualifier pour les JO 2020. J’étais très bien entourée avec ma famille, mes entraîneurs maîtres Daniel Levavasseur et George Karam. Sans oublier tous les membres de la Team, qui m’ont témoigné leur soutien, leur solidarité et m’ont poussé à aller de l’avant sans lâcher malgré les difficultés.

Ndeye Bineta Diongue

               «Je me suis battue toutes ces années sans bourse ni prime»

Peux-tu revenir sur ton parcours, les péripéties, obstacles jusqu’à cette première qualification à la grand-messe du sport mondial ?

J’ai été plusieurs fois championne du Sénégal, gagné des Opens et des Coupes. Ma persévérance m’a permis aujourd’hui d’atteindre le niveau international et olympique. J’ai obtenu une médaille de bronze en 2008 et 2019 aux championnats d’Afrique et plusieurs médailles par équipes. En 2014, j’ai par ailleurs passé ma formation de maître d’arme à Dakar grâce à la FSE. Fin 2014, j’ai été acceptée en stage pour une durée de 3 mois à l’Escrime Sans Frontières de la Team Levavasseur. Ce stage m’a permis d’intégrer son équipe pour une durée indéterminée en vue de réaliser mon rêve de participer aux Jeux Olympiques. Levavasseur Escrime est un club privé.

Ne disposant pas de moyens financiers pour m’acquitter des mensualités, maître Levavasseur m’a donc dispensé de tous paiements. Il a contribué de manière significative à ma participation aux compétitions et stages internationaux, me trouvant des sponsors. Son adjoint, maître Georges Karam m’a trouvé du travail en qualité d’éducatrice sportive dans des clubs en Ile De France. Lors de certaines compétitions, mes collègues filles m’ont souvent hébergé dans leur chambre d'hôtel pour m’alléger des charges car je ne disposais pas de ressources financières suffisantes. J’ai participé à des championnats de France par équipe avec différents clubs dont la VGA de Saint-Maur-des-Fossés et le club d'escrime de Bordeaux.

Depuis 2 ans je suis aussi membre de l’AS Bondy escrime. Le chemin fut long et tumultueux mais j’ai su rester résiliente. J’ai connu des hauts, des bas…des difficultés de toutes sortes, des déceptions, des sacrifices mais également le bonheur de la persévérance. Je me suis battue toutes ces années sans bourse ni prime et depuis un an je me suis retrouvée avec des heures de travail en moins avec la situation sanitaire actuelle. Avec cette catastrophe sanitaire, nous avons dû suivre des protocoles sanitaires strictes et sans cesse modifiés en fonction du contexte évolutif. Pour poursuivre les entraînements, nous avons dû nous adapter face aux contraintes en continuant avec des aménagements spécifiques. Pendant un certain temps, nos activités sportives ont été suspendues, reportées ou parfois annulées.

               «Il nous manque des moyens matériels et financiers»

Comment trouves-tu le niveau de l’escrime sénégalais qui malgré de maigres moyens, qualifie à chaque olympiade un ou des athlètes ?

L’escrime est un sport de haut niveau qui s’est développé tardivement dans notre pays. J’ose espérer qu’avec cette participation aux JO nous pourrons créer une revalorisation de cette discipline au même titre que les autres. Et que mes partenaires athlètes pourront être plus soutenus pour faire prévaloir leurs compétences. La conquête de médailles olympiques fait notre fierté nationale et une reconnaissance internationale des talents des escrimeurs sénégalais. J’incite les jeunes escrimeurs à poursuivre leur rêve comme j’ai eu à le faire, avec beaucoup de courage et de détermination. Il faut reconnaitre que nous avons de bons éléments parmi nous car les escrimeurs sénégalais obtiennent de bons résultats lors des championnats d’Afrique.

Il nous manque des moyens matériels et financiers suffisants pour nous démarquer et faire la différence au plus haut niveau. Seul le travail paie, il faut croire en soi et se donner les moyens pour atteindre ses objectifs. Je pense que si je n’avais pas eu cette grande opportunité d’aller poursuivre mes entraînements au sein de l’éminente Team Levavasseur je n’imagine pas que j’aurais la chance d’atteindre ce haut niveau de compétition avec autant de confiance et de compétences. J’ai toujours porté haut et fort les couleurs de ma nation lors de mes compétitions internationales. Le niveau de l’équipe nationale peut être relevé s’il bénéficie des subventions nécessaires pour son développement.

Je dis merci aux encadrants de la FSE envers qui je tenais aussi à exprimer ma gratitude. Bien que je sache que les moyens de la fédération sont limités, ils font de leur mieux pour nous soutenir et nous encourager à aller de l’avant. Je sais que si cela ne dépendait que d’eux, les escrimeurs bénéficieraient d’une totale prise en charge lors des stages et compétitions. J’en appelle à la solidarité de nos autorités, en particulier celle du ministre des sports, pour faire en sorte de mettre à notre portée les moyens nécessaires pour la survie et le développement de l’escrime au Sénégal.

Ndeye Bineta Diongue

                    «Je cumule des journées de 14h d’activités»

Qu’est-ce qu’il faudrait selon toi qui fréquente des escrimeurs d’autres pays plus structurés, pour que ce sport prenne une toute autre dimension au plan local et international ?

La pratique de l’escrime demande beaucoup travail physique, de force mentale, de sacrifices, de motivation et courage, ce dont nous escrimeurs sénégalais ne sommes pas dépourvus. Mais pour arriver à un niveau d’excellence, le plus important serait de disposer de moyens logistiques et financiers afin de concurrencer loyalement nos adversaires des autres pays. Car si je prends mon exemple, je suis la seule athlète de mon club obligée d’allier entrainements et boulot pour subvenir à mes besoins, ne disposant pas de prise en charge de la part de nos autorités. Je cumule des journées de 14h d’activités. Avec ce degré de fatigue et de stress permanent, il est très difficile de gagner en performance.

Revenons à toi. Comment s’annonce ta préparation et quel est ton programme à un peu plus de 2 mois des Jeux ?

Depuis ma qualification, mes entraînements se sont intensifiés considérablement à la Team Levavasseur. Le maître m’a établi un programme d'entraînement rigoureux pour préparer les JO. Je n’ai malheureusement pas pu participer au premier stage de préparation qui avait lieu en Italie faute de temps. Dès la semaine prochaine, je prendrai part au second stage de la liste qui a lieu en Suisse.

J’ai aussi entamé un programme de remise en forme physique avec une équipe médicale adéquate afin d’arriver en bonne santé et dans de bonnes conditions physiques aux JO. A l’heure actuelle je m’active sur ma commande de matériels nécessaires. Et je suis aussi en train d’établir et soumettre un planning de travail à mes employeurs pour pouvoir honorer mes engagements avec mon entraîneur, ce qui est loin d’être évident et simple.

Ce seront tes premiers JO, qu’est-ce que tu vises sur le plan sportif ?

J’ai pour objectif de gagner tous mes matchs pour remporter cette médaille olympique synonyme d’excellence. Pour cela, je mettrai toutes les chances de mon côté. J’ai acquis de solides techniques. Je serai prête physiquement et mentalement. Seul celui qui ose peut espérer gagner, selon moi. Et je suis ambitieuse, déterminée à aller le plus loin possible dans la compétition. Je ne serais pas aussi prétentieuse pour dire que je serais la meilleure, néanmoins j’espère être une grande gagnante car je ne participe pas à cette compétition pour jouer le rôle de figurante. Je donnerai tout ce que j’ai, faire tout mon possible pour honorer le drapeau du Sénégal.

Par Moustapha M. SADIO

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