CAN de Nzango, le rêve brisé de Titov Passy

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CAN de Nzango, le rêve brisé de Titov Passy

Au Congo, son nom est associé à l’essor du Nzango. Guy Noël Titov Passy a permis à ce jeu réservé aux jeunes filles, de devenir une discipline sportive à part entière, en 2005. Le père du Nzango moderne est cependant loin d’être satisfait. Et pour cause! Son rêve majeur: organiser une coupe d’Afrique des Nations du Nzango, est resté en l’état. Dans cette interview avec SNA, Guy Noël Titov Passy revient sur son implication dans la révolution du Nzango.

Guy Noël Titov Passy, vous êtes présenté comme le père du Nzango moderne. N’est-ce pas paradoxal de voir un homme s’impliquer dans le développement d’une discipline typiquement féminine ?

La nature a horreur du vide. De plus, l’homme est prêt à tout. C’est une erreur de penser que le Nzango est une activité liée au sexe féminin. L’histoire nous rappelle que ce sont les hommes qui, les premiers, ont pratiqué ce jeu.

Mon implication au développement de ce jeu est liée à une conjoncture assez difficile. Après ma formation en soins infirmiers, j’ai travaillé au sein d’une organisation de la société civile qui prenait en charge les femmes victimes de violences. Suite à la guerre civile que notre pays à connue en 1997. Et dans le cadre de l’assistance à ces femmes, il fallait leur trouver une distraction saine. J’ai donc pensé au jeu traditionnel Nzango qu’elles ont pratiqué dans leur jeunesse. Nous sommes en 2000.

Aire de jeu du nzango

En 2005, après mon recrutement à l’hôpital général de Loandjili (4e arrondissement de Pointe-Noire au Congo), j’ai créé une association dont le but était de révolutionner le Nzango. J’assurais le rôle d’entraîneur de l’équipe de cet hôpital.

“J’ai joué au Nzango avec mes soeurs”

Mais comment pouviez-vous coacher alors que vous n’aviez jamais joué à ce jeu ?

J’étais loin d’être un profane en la matière. Dans les années 80, j’ai joué au Nzango avec mes sœurs à l’école primaire. J’ai donc mis à profit les notions acquises à l’époque pour entraîner les femmes.

Comment aviez-vous eu l’idée de mettre en place des règles pour le Nzango ?

Souvent, lors des rencontres, des faits de jeu étaient au centre des querelles. D’où l’idée de mettre en place des normes codifiées comme dans toutes les disciplines. Près de 200: faux jeux, marcher sur la ligne de délimitation, refus de chanter ou de danser. (Au Nzango, les parties de jeu sont accompagnées de chants et danse, NDLR). Des fautes sanctionnées par des cartons jaunes et rouges. Nous avons codifié le terrain de jeu: 16 mètres de long sur 8 de large avec une médiane au centre. Chaque équipe doit avoir 11 joueuses sur le terrain et 4 sur le banc de touche. Pour un match, il y a six arbitres : 1 central, 2 de touche, 2 commissaires de match et un marqueur.

Joueuses de nzango

En quelle année finalement le Nzango a-t-il pris de l’ampleur ?

C’est en 2007, quand j’ai lancé AFIS Sport, l’association de fraternité inter-sport. Elle a permis la mise en place de la fédération congolaise de Nzango en 2014. En septembre de la même année, nous avons organisé le premier championnat national de la discipline. Avec une participation record pour une première expérience: 30 clubs venus de six départements du pays. La suite, c’est notre participation aux jeux africains de Brazzaville, en 2015, comme sport de démonstration. L’Afrique venait de découvrir une nouvelle discipline sportive typiquement africaine. Des pays comme le Burundi, le Maroc, la Tunisie, le Tchad, la RCA, l’Algérie et le Gabon ont exprimé leur volonté d’adopter ce sport.

Malheureusement, après les Jeux Africains, le ministère congolais des sports n’a pas accompagné la fédération dans son volet promotion du Nzango à l’échelle continentale. Alors que nous venions tout juste d’obtenir la certification d’innovateur de Nzango délivré par l’OAPI (organisation africaine de la propriété intellectuelle).

Après, la fédération a été victime de son succès aux Jeux Africains…

(Silence)…Oui, c’était une question de leadership. La fédération a été victime effectivement du succès engrangé pendant les Jeux Africains. Nous avons organisé des élections après, mais j’avais alors décidé de retirer ma candidature. Depuis, je ne suis plus impliqué dans la vie de cette fédération.

Retour sous conditions

Des années après votre départ de la présidence de la fédération, l’idée d’un retour hante-t-elle vos nuits ?

Le Nzango ne se joue plus dignement depuis notre départ. L’organisation des compétitions ne respecte plus le règlement. Les équipes ne sont plus structurées. La passion pour ce sport était notre force. Je regrette de n’avoir pas achevé ma mission. Nous pensions organiser une coupe d’Afrique des nations de Nzango. C’est d’ailleurs cette année qu’elle devait avoir lieu. C’est bien dommage.

Maintenant, quant à savoir si je peux revenir aux affaires. Je dis oui. Il n’est pas facile d’abandonner son bébé. Mais je conditionne mon retour à un appui du ministère congolais des sports. Je ne parle pas que d’appui financier. Il faut un vrai schéma pour la promotion de ce sport à l’échelle du continent.

Aujourd’hui, il faut mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut pour relancer le Nzango. Pas besoin forcément d’organiser des élections. Le ministère peut décider. Il connaît les hommes à même de conduire ce navire.

Propos recueillis par Serge MANKOU

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