Gidey et Cheptegei, des exploits et la polémique

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Gidey et Cheptegei, des exploits et la polémique

Le coronavirus a tronqué la saison d’athlétisme. Surtout, il a fait reporter l’événement sportif majeur de cette année 2020 : les JO de Tokyo. Mais il n’a pas empêché des pluies de records. D’ailleurs, les derniers datent de mercredi passé à Valence où Letesenbet Gidey (5000 m) et Joshua Cheptegei (10000 m) ont effacé deux légendes du fond. Cependant ces performances ont fait renaître la polémique sur la technologie dans le sport.

Tirunesh Dibaba ne possède plus la marque de référence au 5000 m dames (14 min 11 sec 15 en 2008). «Baby face killer» a été effacée par sa compatriote Letesenbet Gidey (14 min 06 sec 62). La reine des courses de fond a-t-elle sauté de joie devant la grosse performance de sa cadette ? On penche plutôt vers le non.

Car derrière son visage d’ange et son sourire de fée, Dibaba avait un caractère bien trempé. Et elle a toujours eu du mal à cacher son envie de gagner et de rester au sommet. En plus, la prouesse de sa compatriote de 22 ans a réveillé la polémique sur les «chaussures magiques» de Nike. Ces pointes que beaucoup d’athlètes et d’observateurs qualifient de «dopage technologique». Parce que favorisant la récupération et permettant d’améliorer les chronos.

On imagine alors Tirunesh brandir cet argument pour contester la belle performance de Gidey. Justement, Mahiedine Mekhissi ne s’est pas gêné pour le faire. Le triple médaillé olympique a sévèrement critiqué ses collègues au lendemain de leur exploit. Il s’est fait surtout l’avocat de la légende Kenenissa Bekele. En l’espace de deux mois, le coureur éthiopien de 38 ans a vu le jeune talentueux ougandais, Joshua Cheptegei lui chiper ses deux records au 5000 m et au 10000 m.

«Il n’y a plus d’équité»

«C’est flagrant. Moi, je n’ai pas vibré mercredi devant ces records du monde. Pas de frissons, pas de “C’est un truc de fou, vas-y !” Rien. Cheptegei, son record personnel sur 10 000 m, c’était 26’48”, il n’arrivait même pas à la cheville d’un Bekele. Avec la technologie d’aujourd’hui, Bekele aurait fait 25’30”. Je reproche aux athlètes de ne rien dire. Ils pensent progresser ? Mais ils se mentent à eux-mêmes ! Tout le monde sait ce que les chaussures apportent. Il n’y a plus d’équité. Il faut dire la vérité» a jugé le français d’origine. Certainement, cet avis est aussi un peu teinté de subjectivité. Parce que Mekhissi court avec des Adidas, équipementier rival de Nike.

Cependant, quelles que soient les motivations du steepleur et les véritables raisons de son coup de gueule, forcément le débat sur la technologie dans le sport se pose. Jusqu’où la science peut être admise ? Ou alors, dans un sport professionnalisé peut-on limiter l’apport des équipementiers ? Car que l’on ne l’admette ou pas, chaque génération a profité des progrès scientifiques pour améliorer ses méthodes d’entraînements. Et par conséquent ses performances. C’est peut-être la vitesse du progrès qui fait peur.

World Athletics comme la FINA ?

Il y a une dizaine d’années, la natation était confrontée à cette équation. De nouvelles combinaisons portées par les nageurs avaient favorisé des chronos époustouflants et de nouveaux records à la pelle. Mais les dirigeants, face à une multitude de critiques, avaient préféré mettre un frein à la science et interdire ces tenues en polyuréthane. De peur que «la guerre technologique ne fausse la compétition» la Fédération internationale de natation (FINA) avait changé sa réglementation et indiqué une liste de combinaisons admises.

World Athletics (WA) a tenté de suivre les pas en janvier dernier. La Fédération internationale a ajusté sa réglementation. «A partir du 30 avril 2020, toute chaussure doit être disponible à l’achat par tout athlète sur le marché (en ligne ou en magasin) pendant une période de quatre mois, avant de pouvoir être utilisée en compétition», annonçait l’instance dans un communiqué. WA a ensuite tout bonnement interdit le modèle «Vaporfly» de Nike qui dispose d’une lame de carbone dans la semelle et des coussins d’air. C’est avec ce modèle que Eliud Kipchogei a brisé en octobre 2019 la barrière symbolique des 2h sur marathon (1h59’40”) lors d’une course non officielle.

Cependant, ce n’est apparemment pas assez. Avec cette nouvelle avalanche de critiques au lendemain des exploits de Gidey et Kipchogei, World Athletics pourrait encore durcir son règlement et faire le choix de freiner davantage la technologie. Surtout en direction des JO 2020, prévus à Tokyo à l’été 2021.

Yacine DIENG

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