Le fair-play financier, un coup d’épée dans l’eau ?

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Le fair-play financier, un coup d’épée dans l’eau ?

Encore un camouflet pour le fair-play financier. La mesure, adoptée en mai 2010 par l’UEFA pour limiter les déficits des clubs européens, a connu lundi, avec le blanchiment de Manchester City par le tribunal arbitral (TAS), un revers de plus. Suffisant pour remettre en cause son utilité ?

Comment Michel Platini a accueilli le verdict du TAS concernant Manchester City et son supposé non respect du fair-play financier (PFP) ? Il serait intéressant de le savoir. Parce que c’est bien l’ancien meneur de jeu des Bleus (dans les années 80) qui a initié cette réglementation en 2010, alors qu’il était président de l’UEFA (2007-2015).

Torna libero Michel Platini, dopo il fermo di ieri - Torinosportiva.it

Le but de Platini était de réduire l’endettement des clubs, d’éviter le dérèglement du marché et d’encadrer les investissements colossaux des milliardaires émiratis et qataris dans le foot européen pour ne pas saper l’éthique des compétitions. Egalement de protéger l’équilibre économique du football. Ainsi, avec l’instauration du FPF, aucun club ne devrait dépenser plus qu’il ne gagne. Pas plus qu’il ne devrait connaître sur une période de 3 saisons un déficit de plus de 30 millions d’euros (20 milliards FCFA). Ceux qui enfreignent cette règle encourent de lourdes sanctions peuvant aller jusqu’à l’exclusion des compétitions européennes. Mais ça, c’est la théorie. Car dans la pratique, les grands clubs trouvent toujours les moyens de passer entre les mailles des filets de l’UEFA.

PSG et City, victimes ou véritables faussaires?

Manchester City 12 | 宮下 憲一 オフシャルブログ -Mundo12 Soccer ...

Par exemple ces deux dernières années, le PSG et Manchester City ont été sanctionnés par l’UEFA pour non respect du FPF. Cependant, le tribunal arbitral du sport a cassé le verdict de l’instance européenne et levé les sanctions, à chaque fois. Les deux clubs sont respectivement dirigés par des Qataris et des Emiratis.

Le club parisien avait été accusé de «dopage financier», en raison de certains contrats de sponsors jugés surévalués. Bien plus, l’UEFA soupçonnait le fonds d’investissement qatari d’avoir injecté illégalement des centaines de millions d’euro pour aider le PSG à recruter Kyllian Mbappé et Neymar en 2017. Les montants incriminés avoisineraient les 400 millions d’euros (260 milliards FCFA). Mais en mars 2019, faute de preuves tangibles, le TAS avait clos le dossier du club de la capitale française.

La même juridiction suprême a blanchi le club anglais City, lundi. «Manchester City n’a pas déguisé ses contrats de sponsoring mais a échoué à coopérer avec l’UEFA. Le club anglais devra verser pour cela 10 millions d’euro (6,5 milliards FCFA) à l’UEFA», déclare le TAS dans son verdict. Or, City avait été exclu par l’UEFA pour les deux prochaines saisons des compétitions européennes. De graves violations des règles du fair-play financier étaient reprochées au club anglais. Il aurait exagéré les revenus issus des contrats de sponsoring, dans ses comptes portant sur la période 2012-2016. Son propriétaire, Cheikh Mansour aurait octroyé 130 millions d’euros (85 milliards FCFA) aux sponsors des Citizens. Ces mêmes sponsors devaient reverser ensuite l’argent à son équipe.

Pour les Emiratis et les Qataris toutefois, tout ceci n’est qu’une cabale des «grands clubs» mythiques. Le Bayern, les deux géants espagnols Real Madrid et Barça et certains clubs anglais sont accusés de chercher à garder leur hégémonie en Coupe d’Europe (C1 et C3) et freiner l’émergence d’autres clubs.

PFP, règles contre les «petits» clubs ?

City et le PSG ont réussi, chaque fois, à se tirer d’affaires. Cependant d’autres clubs ont subi la foudre de l’UEFA. Parmi ceux-là, le Milan AC est le plus grand. Le club italien, 7 fois vainqueur de la C1, est exclu des compétitions européennes, malgré sa qualification pour la Ligue Europa 2019-2020. Milan accumule 500 millions d’euros (320 milliards FCFA) de pertes depuis 2014. Dont 150 millions (100 milliards FCFA) sur le seul exercice 2018-2019. L’homme d’affaires chinois Li Yonghong achète le club italien en 2017, revendu au fonds américain Elliott. En 2017-2018, Milan est déjà exclu, néanmoins le TAS le sauve.

Outre le Milan AC, seuls de «petits» clubs ont été sanctionnés. Malaga est le premier club à être banni des compétitions européennes pour lesquelles il se qualifierait. C’était en 2012. Depuis, le club espagnol végète en D2 espagnole. L’emblématique Étoile Rouge de Belgrade, est privé de C1 en 2014-2015. Pourtant le club, champion d’Europe en 1991, est alors champion de Serbie. En 2015, la qualification de Dinamo Moscou en Ligue Europa est annulée. Galatasaray, seule équipe turque à avoir remporté une compétition continentale (la C3 en 2000), connaît la même sanction en 2016.

Des clubs portugais (Porto, Sporting, Braga), russes (Zenit Saint-Pétersbourg, Rubin Kazan, Anji Makhatchkala…) ou encore turcs (Besiktas, Fenerbahçe, Trabzonspor) écopent de sanctions plus légères. Ce sont en gros une simple amende ou une rétention de recettes provenant d’une compétition européenne. Ou encore une limitation du nombre de joueurs à inscrire en Coupe d’Europe.

Le FPF est-il déjà mort ?

Le Fair-Play Financier, une entrave à la concurrence ? - Infos ...

Avec le blanchiment de City après le PSG, certains spécialistes jugent que le fair-play financier ne sert plus à grand-chose. Mais pas pour cet expert de l’économie du sport, interrogé par l’Agence France Presse. «Le fair-play financier n’est pas mort, il doit simplement être correctement mis en œuvre». L’objectif du fair-play financier «est tout à fait sain», analyse-t-il. Selon lui, il existe cependant «une rupture d’égalité entre les clubs qui ont prospéré avant sa mise en œuvre et ceux qui tentent aujourd’hui de les rejoindre».

En 2019, l’AFP citait un autre expert après l’affaire du PSG. Il a lui aussi un regard intéressant sur le FPF. «Les clubs qui ont fait n’importe quoi avant la mise en place du FPF, comme certains clubs espagnols ou allemands, ne sont pas sanctionnés. Si ceux qui font n’importe quoi aujourd’hui le sont, alors que l’écart entre ces clubs est très difficile à combler en respectant les nouvelles règles, il y a donc une rupture d’égalité». Au lieu de jauger l’équilibre financier d’un club sur 3 ans comme c’est le cas actuellement, «il faudrait le faire sur 10 ans et voir ainsi, par exemple, si le PSG a un vrai plan viable sur 10 ans», préconise-t-il encore.

A l’UEFA de s’adapter alors pour garder plus de crédit…

Yacine DIENG

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