L’ENTRETIEN SNA: L’Eto’o se desserre

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L’ENTRETIEN SNA: L’Eto’o se desserre

Invité de la nouvelle émission de Sport News Africa, Les Moments SNA, l’immense star camerounaise du football africain, l’homme au palmarès impressionnant et difficilement égalable, livre une facette peu connue de sa personnalité. De son enfance à Yaoundé dans une famille nombreuse, à ses débuts avec les Lions indomptables, Eto’o dit tout et desserre l’étau des révélations inédites.

Comment expliquez-vous votre parcours hors du commun ?

J’ai voulu simplement suivre mon rêve, celui de devenir footballeur professionnel. Dans cette quête, j’ai découvert que je pouvais faire mieux. Alors je ne me suis privé de rien. Je suis allé chercher et titiller surtout les plus grands. Et apparemment après 22-23 ans de carrière, certains estiment que j’ai bien servi notre beau continent. Je ne m’attendais vraiment pas à ça. Quand je partais de mon pays à l’âge de 15 ans, je me disais que je serais certainement un joueur professionnel pour que mes parents soient fiers de moi.

Mais vous vous ne vous imaginiez pas arriver à ce niveau ?

Non, à 15 ans, on ne pense pas qu’un jour on pourrait représenter tout un continent. On se dit: “Voilà une belle opportunité, je ferai peut-être carrière dans ça, mes parents seront fiers de me voir à la télé dans trois ou quatre ans”. Mais quand je suis arrivé à Madrid, après ma première séance d’entraînement, j’ai dit à mon papa: “Ecoute papa, je me suis entraîné avec l’équipe professionnelle et je pense avoir peut-être mon mot à dire ici”. Il m’a répondu: “Comment peux-tu penser à ça, tu n’es qu’un enfant ?”. Il ne me voyait qu’avec les yeux d’un papa qui voit son fils de 15 ans mais, moi, je pensais déjà à autre chose. Les débuts n’ont pas été faciles mais je me suis accroché et, aujourd’hui, je suis plutôt heureux parce que j’ai créé des rêves. Il y a beaucoup qui aimeraient ressembler à Samuel, ou faire mieux que Samuel, c’est ma plus grande fierté.

Savoir saisir sa chance

Vous êtes le joueur africain avec le plus grand nombre de distinctions. A quel moment vous êtes-vous dit: ”ça y est, je rentre dans l’histoire”?

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Je ne pensais jamais que j’étais en train de rentrer dans l’histoire.  J’écrivais juste mon histoire et il s’est avéré qu’en écrivant mon histoire je rentrais plutôt dans une autre histoire oui, celle de la grande famille africaine. Ce qu’il y a de plus beau dans tout ça, c’est que j’ai eu beaucoup de chance, j’ai eu des équipes formidables tant en équipe nationale qu’en clubs. J’ai eu des coéquipiers exceptionnels qui me permettaient de montrer tous les talents que j’avais.

C’est vrai qu’il y a les coéquipiers mais qu’est-ce qui vous a démarqué des autres ?

Vous savez, la différence entre le bon joueur et le grand joueur, c’est que le bon joueur a toujours des doutes dans sa tête. Il se dit: “C’est un match aujourd’hui, je vais voir comment ça va se passer”. Or, le grand joueur, il rentre dans un stade de football en se disant: “Je vais gagner ce match, je vais décider de l’issue de ce match”. Dans le vestiaire, mes coéquipiers me disaient toujours: “Alors Négro, qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui? Tu t’es bien reposé”? Et je répondais: “Ouais! Je suis venu, je vais marquer 2 buts”. Ça paraît parfois prétentieux mais je raconte juste mon histoire parce que c’est vrai. Je me souviens de notre premier match à la CAN 2000 face au Ghana. Je n’étais encore qu’un gamin. Le coach voulait faire rentrer Ndjefi. Moi, j’étais prêt, alors que j’étais 4e attaquant. A 10 minutes de la fin, il décide donc de me donner ma chance. À la fin du match, il vient me dire: “Au prochain match, tu seras titulaire”. Et là c’était parti! J’avais tellement attendu cette opportunité que quand elle est arrivée, à 20h j’étais déjà au lit. J’anticipais déjà mon match. Et la veille du match face à la Côte d’Ivoire, je me souviens avoir dit à notre ministre de l’époque, Joseph Owona, de ne pas changer ses vêtements parce que j’allais marquer. J’avais une telle confiance en moi que je me disais que je pouvais être au-dessus des autres. Parce que je cherchais toujours à faire beaucoup plus que les autres à l’entraînement. Je suis arrivé dans ce match et j’ai marqué pour les Lions. Et je lui disais la même chose à chaque fois. Même en finale, j’avais des problèmes de santé et devais déclarer forfait mais le docteur Moutazé, paix à son âme, a tout fait pour que je puisse jouer cette finale. Quand nous sommes arrivés, notre capitaine est venu vers moi et m’a dit: “Je vois que tu es dans ta Bible”. Et je lui réponds: “Dans ma Bible et Koffi Olomidé. Mais sache que, avant la 10e minute, je vais marquer”! Il m’a regardé et ne comprenait pas. Ils se posaient tous des questions, vous savez en Afrique, on pense toujours qu’il y a des choses bizarres mais ce n’était pas ça. J’avais confiance en moi. J’arrivais avec un sourire et je faisais ce qu’il y avait à faire. Et puis, avant la 10e minute, j’ai marqué ce but. Je fais une autre action où je mets mon aîné Patrick Mboma dans une condition incroyable et il marque le 2e but. Je me souviens juste qu’il court vers moi et me dit: “Tu es le meilleur joueur au monde”! Et je n’étais qu’un gamin!

Koffi Olomide - la vie(Eto'o) - YouTube

La reconnaissance de Mboma

Et quand Patrick Mboma vous dit ça, qu’est-ce qui s’est passé dans votre tête ?

Venant de Patrick Mboma, c’est incroyable! Il y avait encore 3 ou 4 ans, je n’aurais jamais imaginé jouer aux côtés d’un Patrick Mboma ou des autres. Jamais! Même dans le plus beau de mes rêves, je ne m’y voyais pas. Et qu’il me dise que j’étais le meilleur joueur au monde, c’était trop gros pour moi et flatteur aussi! Mais, je me suis dit aussi: “Tu ne peux pas faire la grosse tête, tu as encore ton histoire à écrire. Monsieur Mboma a eu une très belle histoire même s’il voulait arrêter sa carrière, mais toi, tu n’es qu’au début alors tu as encore du chemin”. Et quelques heures avant cette victoire, dans le vestiaire, le ministre Joseph Owona arrive et nous parle de l’hostilité à Lagos. Je lui demande de nous envoyer le 747. Ensuite je lui dis: “Père, faites ce que je vous dis, dans 90 minutes, on se revoit ici”. Cependant, on ne s’est pas revu après 90 minutes parce qu’il y a eu les tirs au but. Mais j’ai fait mon job, mes coéquipiers également.

Et là c’était l’autosatisfaction ?

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J’étais heureux, c’était vraiment une belle époque. On gagnait notre premier sacre africain, on était au sommet du podium africain. Moi, j’étais le plus jeune du groupe. Certains aînés avaient déjà commencé à écrire de belles histoires, c’était vraiment une belle époque.

Quelle est votre anecdote la plus épicée durant votre belle et riche carrière ?

Je le garde pour moi je le garde pour mes mémoires. Je peux jouer le jeu mais je vais garder mon joker.

Olomidé, Mourinho et les autres

Alors parlant joker, si je vous pose ces questions, que répondriez-vous sachant que vous n’en n’avez qu’un seul? Si je vous dis Yaoundé ou Douala que répondez-vous?

Capitale politique, capitale économique. Mes villes, mes amours. Les deux. Je ne peux pas choisir. Je n’ai même pas besoin d’utiliser mon joker parce que je suis un enfant d’Afrique, je me sens bien à Yaoundé comme à Douala, à Abidjan, à Lagos, à Brazzaville, Kinshasa. Douala et Yaoundé ce sont mes amours. Tout ça, c’est ma vie. Mais je vais vous dire quelque chose. Je suis allé à Lubumbashi pour la première fois de ma vie, j’étais tellement heureux parce que j’ai tellement entendu parler de cette ville et les gens ne comprenaient pas pourquoi j’étais heureux. En fait, je voulais connaître cette ville et je l’ai connue et de la plus belle des manières. J’ai même eu la chance de jouer dans son magnifique stade du TP Mazembe. Vous vous imaginez!

Si je vous disais Martin Luther King où Malcolm X?

Les deux ont mené la même lutte pour nos droits. Mais si je devais m’identifier à l’un deux, ce serait Martin Luther King.

Si je vous dis Barça ou Inter?

Là, je ne peux pas choisir parce que vous ne pouvez pas me dire de choisir entre mes enfants parce que c’est ce que vous êtes en train de me demander.

Et si je vous dis le PSG ou le Real Madrid?

Le PSG, c’est beaucoup plus facile.

Et pourquoi le PSG?

Ça a toujours été mon équipe de cœur depuis le passage de Mister George Weah qui est pour moi le plus grand joueur au monde. Quand je choisis 3 ou 4 footballeurs, je vais choisir Messi, Mister George Weah parce qu’on ne peut pas le juger au niveau de l’Afrique. Et Jay-Jay Okocha qui est mon idole et c’est là que vous voyez vraiment l’injustice parce que quand les gens vous parlent de Ronaldinho avec qui j’ai eu l’immense plaisir de jouer pendant plusieurs années au Barça et aujourd’hui on se parle encore de temps en temps, il est mon frère, mais Jay-Jay, c’est un cran au-dessus. Mais pourtant on parle de Jay-Jay Okocha comme si c’était un joueur normal or il ne l’est pas. Ce que Ronaldinho a commencé à faire à une certaine époque, Jay-Jay faisait déjà ça plusieurs années avant. Mais s’il n’a pas eu de récompense c’est qu’il venait du mauvais continent pour les autres. Il venait de l’Afrique. J’imagine qu’à son époque c’était beaucoup plus difficile que pour nous d’intégrer certains clubs.

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Si je vous dis Guardiola ou Mourinho?

Mourinho.

Si je vous dis coupé-décalé ou rumba?

J’ai toujours aimé Koffi Olomidé. je suis désolé mes beaux-frères, Koffi a toujours partagé mon rêve de devenir footballeur, Koffi m’a permis de devenir ce que je suis, lui-même ne le savait pas mais mes fidèles compagnons étaient ma Bible et Koffi Olomidé. Quand j’écoutais les chansons de Koffi, je devenais quelqu’un d’autre et même mes coéquipiers chantaient souvent les chansons de Koffi Olomidé et ne savaient même pas qui il était. À l’entraînement, dans les vestiaires, je chantais tellement qu’ils disaient que j’étais dans un état second. Mais non, j’étais tellement concentré. C’était l’adrénaline!

Plats africains : Ndolé ou le poulet DG?

Ndolé fait par ma maman.

Afro optimiste ou panafricaniste?

Panafricaniste et ce n’est négociable. Je pense que la réussite de l’Afrique c’est qu’on se mette ensemble. Et il faut qu’on soit tous convaincus l’Ivoirien et le Camerounais, le Camerounais et le Nigérian, le Nigérian et le Béninois, le Béninois et le Togolais tant qu’on reste dans ce qu’on nous a mis dans nos têtes pour dire que le Camerounais n’est pas l’Ivoirien et qu’il nous faut forcément un visa pour faire certains pays en Afrique, on aura toujours les mêmes problèmes.

En ce moment, il y a des hashtags un peu partout. Il y a le “Black Lives Matter” et il y a “MeToo” qui dénonce le harcèlement des femmes au travail. Lequel choisiriez-vous ?

Je vais accompagner nos mamans, nos soeurs, nos femmes.

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