L’incroyable destin d’Elimane Kanouté

Sport News Africa

100% Africain, 100% Sport !

A la UneFootballPortrait du jourSENEGAL

L’incroyable destin d’Elimane Kanouté

Le Cercle Bruges a officialisé ce mois-ci la signature du jeune milieu sénégalais Franck Kanouté en provenance de Cosenza. Passé par la Juve, le petit prodige a fait preuve d’un mental de fer et de patience pour réaliser le rêve de son défunt père.

L’arrivée vaut toutes les péripéties du voyage. Elimane Franck Kanouté de son nom complet, réalise son rêve après sa signature au Cercle Bruges, en D1 belge. Le milieu de terrain, passé par le «Navétane», championnat populaire de quartier au Sénégal, a connu quelques déboires lorsqu’il débarque en Italie en 2015.

Galère en Italie

Alors âgé de 16 ans mais pétri de talent, il est ballotté entre l’équipe première de la Juventus et des clubs comme Livourne, Carpi, le Napoli pour des essais. Son jeune âge est dès lors un obstacle pour le voir débuter en match officiel. «Après 2 mois passés à Naples, la Juventus m’a finalement convaincu de les rejoindre, se remémore-t-il pour Sport News Africa (SNA). J’étais dans la Primavera mais je ne pouvais signer de contrat ni disputer de match officiel parce que j’étais mineur et sans parent avec moi en Italie. Le règlement m’empêchait d’être tout de suite opérationnel. Je suis resté 2 ans en ne jouant que des matchs amicaux ou des tournois».

Il ronge son frein jusqu’au 16 décembre 2016, 3 jours après avoir fêté son 18e anniversaire, pour jouer son premier match officiel avec les U.19 de la Juventus. 21 matches plus tard avec la Primavera, il demande à partir à la fin de la saison. Il est recruté par Pescara, pensionnaire de 2e division italienne. «Les débuts à Pescara étaient difficiles, commente Kanouté. Ce n’est pas évident de passer des équipes de jeunes à la Série B».

Blessé et éloigné des terrains pendant 2 mois, il prend du retard dans les premiers choix de son entraîneur et décide d’être prêté à Ascoli au Mercato hivernal en janvier 2018.

«À Ascoli j’arrive convalescent et ils étaient derniers de Série B. Je fais 6 bons mois et on remonte au classement pour assurer le maintien».

Fracture à l’épaule

À la fin de son prêt, il est de retour à Pescara où il commence à jouer avant de se fracturer l’épaule. Il restera 7 mois sur la touche. À son retour de blessure il joue une dizaine de matchs les deux derniers mois de la saison. Mais, décide de rester et se lancer comme défi de faire enfin une saison aboutie avec les Biancocelesti. Cependant, comme rien n’est simple dans sa jeune carrière, un nouveau rebondissement change ses plans. «Je fais enfin toute la préparation avec Pescara mais en début de saison je me dispute violemment avec le nouveau coach. J’ai donc mis la pression sur mon agent lui demandant de me sortir de là. Que je ne pouvais plus évoluer dans un tel climat». Il atterrit à Cosenza, toujours en 2e division italienne. Le choix s’avère payant. Titulaire et auteur d’une bonne première partie de saison, Franck Kanouté reçoit des offres en janvier 2020 mais décide de finir la saison. Le championnat suspendu en mars n’empêche pas son transfert, cet été, au Cercle Bruges.

Coup du destin

Repéré par un recruteur lors d’un match d’entraînement à Mbour à une centaine de kilomètres de la capitale sénégalaise Dakar, Franck n’est pourtant pas la cible, ce jour là. «J’étais à Agora Foot lorsqu’un agent Ousmane Sarr est venu superviser deux joueur. Lorsque je rentre en 2e mi-temps je marque. Et au bout de 15 minutes, il m’appelle pour me dire que ce serait moi qu’il emmènerait finalement en Italie. Je pensais qu’il n’était sérieux. Quelques mois après, j’arrive en Italie avec en tête faire un test et rentrer au Sénégal même si le test était concluant. C’est en ces termes qu’il m’avait présenté les choses».

Les tests sont un succès mais il ne revint pas comme prévu car plusieurs autres clubs de Série A veulent observer le petit prodige sénégalais.

Le joueur de 21 ans est décrit comme un milieu de terrain complet mais il a encore une belle marge de progression. «Je dois avoir plus de rigueur dans le jeu. On me dit souvent que je joue parfois trop facile. Je perds des ballons de temps à autre sans forcément être sous pression» avoue Franck.

Profil à la Patrick Vieira

Pour Moussa Sarr, agent de joueur en France qui suit les performances de joueurs sénégalais dans les compétitions de jeunes, Franck est un produit rare. «C’est un peu un profil à la Patrick Vieira, juge-t-il. Il est capable d’évoluer en numéro 6 devant la défense ou comme relayeur. Il est fort dans le jeu court et long et a un gros volume de jeu. C’est vraiment un milieu de terrain moderne».

La signature au Cercle Bruges actuel 10e du championnat belge pourrait lui permettre d’accomplir un autre de ses rêves. «Je rêve de défendre les couleurs du Sénégal et surtout de gagner des titres avec mon pays». Pour Moussa Sarr, la sélection pourrait s’offrir à lui plus tôt qu’il ne le pense. «Sa signature au Cercle Bruges est l’occasion pour lui de continuer sa progression, de franchir un nouveau palier, mais également d’avoir plus de visibilité́. Il ne lui manque pas grand-chose pour intégrer l’équipe nationale» assure Moussa Sarr.

L’influence de Papa

Né le 13 décembre 1998 à Ziguinchor une ville situé au sud du Sénégal, Franck était prédestiné à une carrière de footballeur. Comme son défunt papa Jules Kanouté. Footballeur de renom qui a fait l’essentiel de sa carrière en «Navétanes» avec un passage dans le championnat du Sénégal, le père du jeune Franck a transmis le virus à son fils. «Lors de sa dernière année en Navetanes avec l’ASC Réveil, mon papa m’emmenait toujours avec lui aux entraînements, se souvient-il. Il me donnait un petit ballon pour que je tape dedans au bord du terrain. Lorsqu’il finissait les entraînements, il échangeait quelques passes avec moi et m’apprenait des dribbles» ressasse le gamin.

Ecole de foot Ousmane Dabo

Franck a ensuite poursuivi son apprentissage à l’école de football Ousmane Dabo (ancien international français originaire de Ziguinchor), puis à l’école de Foot Aïcha, l’une des meilleures de cette région du Sénégal. Il rejoint la capitale après avoir été repéré par Stam un recruteur local qui l’emmène à Dakar pour des essais au centre de formation de Dakar Sacré-Cœur.

À 15 ans il découvre le trafic dakarois pour ses entraînements. «Je me réveillais à 6h du matin quand j’avais entraînement le matin parce que je venais tous les jours de Zac Mbao (un quartier périphérique à plus d’une heure du centre ville). Les dirigeants m’ont ensuite proposé de venir en centre ville quand ils ont su mais mon oncle chez qui je résidais n’a pas voulu que son neveu de 15 ans vive loin de lui. J’ai donc continué pendant un temps avant d’arrêter tellement c’était éprouvant».

Une épreuve difficile qui forge le gamin de Ziguinchor. Mais ce n’était pas le plus dur à supporter. En avril dernier il apprend le décès de son père. «Ce n’était pas facile du tout. Je n’ai pas eu l’opportunité d’assister à son enterrement et lui faire mes Adieux parce qu’avec la pandémie de coronavirus, les frontières étaient fermées».

Dernières paroles de son défunt papa

Toutefois, Franck décide de le transformer la perte de son «conseiller et meilleur ami», en une source de motivation avec en point d’orgue les dernières paroles de Papa. «C’est en grande partie le mérite de mon père si j’en suis arrivé là. Durant la saison écoulée, il me disait qu’il serait déçu si, au terme de la saison à Cosenza, je ne parvenais pas à signer dans un club de 1ère division. Quand j’ai signé à Bruges j’ai tout de suite pensé à lui. C’était le rêve de mon papa et j’aurai tant aimé qu’il soit là pour savourer cet événement avec moi».

Le week-end dernier, lors de la 5e journée de Jupiler Pro League, Franck Kanouté a disputé son tout premier match avec son nouveau club (défaite 2-0 face à Anderlecht). Le premier d’une longue série.

Moustapha M. Sadio

WP Twitter Auto Publish Powered By : XYZScripts.com