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Mali-Fousseni Diawara : «Trois ans pour dire oui, c'est de l'opportunisme»

Après la qualification du Mali pour les barrages du Mondial 2022, Fousseni Diawara est revenu sur la campagne qualificative des Aigles. Dans un Space organisé sur Twitter par le journaliste Malick Traoré et en présence de Sport News Africa, le team manager de l'équipe et adjoint du sélectionneur, Mohamed Magassouba, a abordé plusieurs sujets. Du fonctionnement interne, aux relations avec les binationaux, en passant par les cas Marega et Bissouma, il a répondu sans langue de bois.

Fousseni Diawara avec le Nîmois Mahamadou Doucouré, qui a rejoint la sélection du Mali.

Le Mali a terminé premier de son groupe, mais surtout invaincu avec la meilleure défense de ces éliminatoires et aucun but encaissé. On sent une évolution et des certitudes également dans le jeu. Beaucoup parlent des Aigles en bien et redoutent cette équipe à présent. C'est signe que le travail a été bien fait ?

Il a fallu quasiment repartir d'une page blanche et tout reconstruire. Quand on est arrivé avec la nouvelle équipe, les chantiers étaient nombreux. Il fallait redéfinir un cadre, mettre en place une organisation, apporter de la discipline... On a aussi eu la chance d'avoir un nouveau président (Mamoutou « Bavieux » Touré, ndlr) qui comprend le football. C'est quelqu'un qui a énormément apporté car il comprend les enjeux. Il a permis à l'équipe d'être dans de meilleures conditions lors des stages. C'est tout cet ensemble qui a permis de pouvoir relancer la sélection et maintenant on voit les résultats. D'ailleurs on n'a pas seulement fini meilleure défense de la zone Afrique, mais de toutes les zones confondues. Ce n'est pas rien. Forcément, quand on voit qu'on parle de nous maintenant comme d'une équipe dont il faudra se méfier à la CAN ou qui peut aller au Mondial 2022, ça fait plaisir. On est respecté et c'est le travail de tout un groupe qui paye.

Le Mali est qualifié pour les barrages. Ils auront lieu en mars 2022. D'ici-là, est-ce que vous pourrez jouer à domicile ?

On l'espère vraiment. Je ne sais pas si les gens se rendent compte, mais ces éliminatoires ont les a joué à l'extérieur. Six matchs à l'extérieur. Et on fait cinq victoires et un nul, c'est un exploit. Alors oui, on a bien été traité au Maroc et ça s'est bien passé. Mais ce n'est pas pareil que de jouer chez soi. Même à huis clos ou avec juste un peu de public, ce n'est pas pareil. Il n'y a pas ce petit truc en plus qui peut porter l'équipe. Maintenant je pense que les autorités ont compris et vont faire le maximum pour que les travaux du stade de Bamako puissent être faits à temps et qu'on puisse jouer chez nous. C'est quelque chose d'important. Imaginez si on doit encore jouer un barrage à Agadir au Maroc, et en plus contre le Maroc. Ce serait grandement se compliquer la tâche.

Lors de ces deux dernières journées éliminatoires, des soucis au niveau des primes ont été évoqués. Qu'en est-il exactement ?

C'est vrai, il y a eu des soucis au niveau des primes lors du rassemblement, c'est un fait. Les joueurs ont exprimé certains points. Mais c'est en train de rentrer dans l'ordre et malgré tout cela ils sont restés professionnels et ont fait leur travail. Maintenant, il faut travailler pour que tout cela rentre dans l'ordre. On va laver notre linge sale en famille et avancer pour préparer la CAN 2021 et ces barrages dans les meilleures conditions.

Les cas Adama Traoré et Ibrahima Konaté : « C'est compliqué »

Mais forcément, quand certains joueurs que le Mali convoite entendent ce genre d'histoire, ça ne motive pas à venir. On pense par exemple à Adama Traoré (Wolverhampton, ndlr) qui était un temps évoqué.

Forcément ça joue. Après, nous on propose un projet sportif quand on va voir les joueurs. Adama Traoré, il y a eu des contacts avec lui. Mais à un moment donné, c'est compliqué il faut le dire. Les contextes ne sont pas les mêmes. On est face à des joueurs qui sont en clubs et sont dans des structures très bien organisées. Tout est carré. Quand ils entendent que dans telle sélection les joueurs ne voyagent pas dans des vols spéciaux, qu'ils ne sont pas en classe business, qu'il y a des soucis avec des primes, des soucis avec des équipements, automatiquement ça va les refroidir. En face tu as l'Espagne qui le voulait. C'est compliqué. C'est à nous de continuer à travailler pour nous améliorer.

Et ces joueurs que vous allez voir justement pour leur présenter votre projet. Comment ça se passe ?

C'est très simple. Les contacts se font et quand l'occasion se présente on va les rencontrer. On cible des joueurs qui peuvent nous apporter un plus. On leur expose notre projet et notre vision. Libre à eux d'y adhérer ou pas. On ne force personne. Il faut que le joueur se sente concerné, qu'il ressente une fierté à l'idée de jouer pour le Mali. Il n'est pas obligé de nous répondre tout de suite. Par contre, il ne faut pas non plus abuser comme dans certains cas. Quand tu présentes un projet à un binational, ce n'est pas normal qu'il attende trois ans avant de répondre favorablement. Là, ce n'est plus du patriotisme, ça devient de l'opportunisme.

Est-ce vrai que vous avez eu des contacts avec Ibrahima Konaté qui est maintenant à Liverpool ?

Ibrahima c'est un garçon qu'on suit depuis un moment. On est en contact avec lui, mais il a un parcours particulier. Il est né en France, a connu sa formation en France, il y a fait toutes les catégories de jeunes avec l'équipe de France. On voit sa progression sportive et il est désormais à Liverpool. On est vraiment très content pour lui. Quelque part, c'est logique qu'il pense à l'équipe de France. Tout dans son parcours fait qu'il doit penser à être amené à jouer pour l'équipe de France et qu'il soit conditionné pour ça. C'est la suite logique, à condition qu'il continue avec ses performances actuelles. Mais nous le Mali, on est là... Il a joué à Leipzig avec Haidara qui est en sélection avec nous. Donc il sait ce qui se passe.

« Des joueurs se sont mis eux-mêmes en retrait de la sélection du Mali »

De façon générale, comment se passe la cohabitation entre joueurs dits locaux et binationaux ? Est-ce comme dans certaines sélections avec des clashs ou des politiques spéciales ?

Chez nous ça se passe très bien. On a des garçons qui viennent de différents endroits, qui parlent des langues ou dialectes différents, mais qui se comprennent, communiquent et avancent ensemble. C'est un bon groupe. Il n'y a pas de clans. Et à notre niveau, on ne privilégie pas un local à un binational ou inversement. Ce serait suicidaire de faire cela. C'est le meilleur moyen de créer des problèmes dans un groupe. On privilégie la performance. Le meilleur au poste doit jouer. C'est comme ça qu'on a fait venir Ibrahima Koné de Norvège. Pas grand monde ne le connaissait, mais nous on le suit depuis un bon moment. Au final il a mis cinq buts dans ces éliminatoires.

Avant ces éliminatoires, il y a eu deux cas dont on a beaucoup parlé au Mali, ce sont les affaires Bissouma et Marega. Ils ne sont plus en sélection. Qu'en est-il ?

Il faut déjà savoir que la philosophie au sein de l'équipe, c'est d'accueillir les meilleurs. Ceux qui ne sont plus en sélection pour des raisons autres que sportives, quelque part c'est eux qui se sont mis en retrait de la sélection. C'est par exemple le cas de Cheick Doucouré. Il veut se consacrer à son club de Lens. Très bien, mais je lui ai dit qu'il faisait une erreur. C'est un garçon qu'on a pris en sélection quand il était en Ligue 2 et qu'il ne jouait pas. On a relancé plein de joueurs comme ça, malgré les critiques de la presse. Bissouma s'est mis tout seul en retrait avec sa campagne médiatique organisée. Il sait que quand il était blessé, on l'a contacté à plusieurs reprises pour prendre de ses nouvelles. Maintenant, avec son agent ils disent tout autre chose. Moussa Marega lui aurait dû être avec nous. Il venait d'être transféré, mais nous avait dit que c'était bon pour lui, via son agent. Une semaine avant le début des éliminatoires, son agent m'appelle pour me dire que finalement il ne sera pas là. Il préfère se consacrer à son club pour son adaptation car ils ont des objectifs. On ne peut rien y faire. On a composé avec d'autres qui ont su saisir leur chance.

Mansour LOUM

SNA vous en dit plus !

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