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Président Teungueth FC «On nous prenait pour des fous»

Le président Babacar Ndiaye avec le staff technique de Teungueth FC
Le président de Teungueth FC (avec le ballon) et son staff technique

Entretien.

Président, cela faisait 17 ans que l’on n’avait pas vu un club sénégalais en phase de groupes de Ligue des champions. Votre club Teungueth FC n’existait d’ailleurs pas encore…

C’est une fierté mais aussi une pression supplémentaire. Teungueth FC est une équipe qui rentre dans sa 10e année. Ce n’est pas une formation qui a une histoire de plus de 50 ans comme la plupart des clubs traditionnels sénégalais. On est parti de la D3 puis D2 et enfin  la D1 en 2016. En 2017, le club a fait les demi-finales de Coupe de la Ligue et de Coupe du Sénégal. Avant de gagner la Coupe du Sénégal en 2019 et de faire une excellente première partie de championnat la saison passée. Ce qui nous vaut notre qualification en Ligue des champions de la CAF (ndlr : la FSF a cependant refusé d’octroyer le titre de champion à Teungueth FC).

On découvre la Coupe d’Afrique mais nous sommes tout de même en train de faire un bon parcours. Car, on a beau parler de chance mais battre le Raja n’est jamais un hasard. Maintenant, tout le monde nous attend. Pour vous dire, hier, le président de l’Espérance de Tunis me demandait dans quel hôtel il pourrait loger à Dakar. Je lui ai dit Radisson mais il m’a dit que le président du Raja le lui déconseille (rires). Donc, c’est dire qu’ils se passent les informations.

Pour cette première participation en phase de poules, quel est donc l’objectif que vous avez fixé à votre staff ?

Au début, c’était de tout faire pour participer à la phase des poules. Mais les gens nous prenaient peut-être pour des fous. Maintenant on y est. On ne peut pas avoir la prétention de gagner la Coupe, mais on va jouer à fond chaque match. Sur les 16 équipes, on est la plus petite en termes de budget et d’effectif. Tout le monde doit certainement se dire que contre Teungueth FC, c’est déjà 3 points acquis. C’est ce que disaient sûrement le Raja et les Gambiens.

Nous acceptons cette position d’outsider mais on ne lâchera rien. Je sais que nous ne serons pas ridicules. On espère juste avoir un bon arbitrage lors de nos matchs. Après, notre principal objectif reste le championnat du Sénégal. Si vous regardez bien, on n’a jamais mis le même onze depuis le début du championnat à cause des blessures et des suspensions. L’équipe est, en effet, très chargée. On a d’ailleurs beaucoup de blessés. Le rythme est infernal entre les voyages et le championnat.

A part l’arbitrage, ne craignez-vous pas une manipulation des tests Covid-19. Il y a, en effet, eu des histoires de ce genre au Cameroun durant le CHAN…

C’est certain que l’on n’est jamais à l’abri à 100%. Vous êtes à la merci de toutes ces institutions au niveau local. Et surtout, on connait le pouvoir de ces équipes dans le Maghreb. A mon avis, la CAF devrait faire un effort et gérer, elle-même, ces tests Covid. Nous sommes tous partis négatifs de l’Institut Pasteur et de l’IRECEF. Mais imaginez que l’on vous dise que vous n’avez que 10 ou 15 joueurs aptes à l'arrivée. Vous avez certainement suivi l’épisode de Kaiser Chief en Afrique du Sud. Ils n’arrivent pas à venir au Maroc parce qu’on leur dit qu’ils n’ont pas de visas spéciaux.

Même pour venir en Tunisie, on a eu quelques soucis à l’aéroport. Ils ont dit que notre hôtel ne fait pas partie des hôtels commerciaux. Ils font tout pour nous déstabiliser. Il y a deux joueurs qui avaient des erreurs sur leurs noms. Les Tunisiens ne voulaient pas qu’ils embarquent. J’ai dû acheter un billet supplémentaire pour qu’ils prennent la Royal Air Maroc et rallier la Tunisie. Ils ne sont d’ailleurs arrivés que vendredi, la veille du match. Mais, on fera avec car on en sort toujours plus expérimenté.

            "Au moins 20 millions FCFA à chaque déplacement''

Parlons du championnat sénégalais, comment faire pour qu’il soit plus attractif ?

Il faut accompagner le football local. Il n’y a pas de secret. Vous savez, tout le monde peut dire que l’État a des priorités. Certes, il y a la santé et l’éducation mais le football, c’est aussi la santé. J’ai fait 10 ans à Los Angeles. Aux États-Unis, il y a un taux d’obésité qui est énorme parce que certains jeunes ne font plus de sport. Nos enfants ne font plus de sport faute de terrains. Quand on nous dit que l’État ne s’y retrouve pas alors que vous avez une masse salariale de 15 millions FCFA. Chaque salarié du club paie son loyer et sa TVA. Et chaque président de club met son argent. Il est déjà taxé à la source. Or, on ne peut pas imposer aux gens une double taxation.

Beaucoup parlent donc sans savoir. Une société, elle vend et produit. Il y a un moment où on ne fait que produire. Il n’y a pas de vente. Mais, c’est une fierté de voir les Ndiaga Yade (Metz), Pape Matar Sarr (Metz), Ahmadou Bamba Dieng (Marseille), Amadou Ciss (Amiens), Alassane Ndao (Karagumruk) évoluer dans de grands championnats en Europe. Tous ces jeunes sont passés par le championnat sénégalais. Car des dirigeants ont mis des moyens pour les former, leur offrir une éducation. Il faut donc que l’Etat appuie cet investissement.

Quand on arrive aussi dans le Maghreb et qu’on voit des joueurs qui reçoivent un salaire mensuel de 50 millions FCFA, on se dit que le championnat sénégalais est à des années de tout cela…

La disparité est énorme parce que les équipes ici sont subventionnées par les gouvernements de ces pays. Je suis souvent au Nigeria. Il y a 36 États et chaque État subventionne une équipe. Le salaire minimum, c’est 400.000 FCFA pour les joueurs. Le président de la République (Macky Sall) avait un objectif de 500.000 emplois. Mais, le foot local lui offre déjà 100.000 emplois. Ce sont des jeunes, en plus, qui sont employés. Et leurs virements passent par les banques. On doit aider dans chaque région au moins un club. La CAF également doit aider les championnats locaux à se développer.

J’invite d’ailleurs tous les candidats au poste de président de la CAF de nous dire comment ils comptent développer le football local. En tout cas, le football local sénégalais souffre. Il faut une aide de l’État. Le football n’est plus un jeu. C’est un métier pour ces jeunes-là. Ils ne prennent pas les pirogues. Ils ont, en effet, des salaires variant de 75.000F à 500.000F. Les coaches reçoivent 300.000F jusqu’à 15 millions FCFA. L’entraineur de l’équipe nationale A reçoit 15 millions FCFA par mois. Donc, le football a besoin d’être accompagné. Il faut arrêter de parler des transferts des joueurs. L’État s’y retrouve indirectement.

Est-ce qu’on peut savoir le budget dégagé par Teungueth FC pour cette saison ?

On y va match par match. Chaque déplacement coûte au moins 20 millions FCFA. Il y a aussi les billets d’avion, les hôtels, les changements de dates à gérer et les primes à payer. Il faut compter entre 20 et 30 millions pour les primes d'ici la fin de saison. Avec les 6 matchs à jouer, vous êtes à 180 millions FCFA. On finira la saison en dépensant presque 400 millions FCFA. J’entends d’ailleurs au Sénégal, les gens répéter ‘’oui Teungueth FC va recevoir 250 millions FCFA de la CAF’’. Mais c’est juste une bouffée d’oxygène. C'est loin de régler nos soucis.

Ablaye DIALLO

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