Séoul 88: Dia Bâ, si seul depuis…

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Séoul 88: Dia Bâ, si seul depuis…

Présent au Jeux Olympiques depuis 1964, le Sénégal a pourtant patienté 24 ans avant de décrocher sa première et, jusqu’ici, unique médaille olympique. Amadou Dia Bâ, sur 400m haies, survole la piste du stade olympique pour aller chercher un exploit historique à Séoul. Sports News Africa vous replonge dans cet inoubliable exploit qui a fêté ses 32 ans, le 25 septembre dernier.

Séoul 1988 est marqué d’une pierre blanche dans l’histoire olympique du Sénégal. Les jeux coréens ont été un moment fabuleux d’exaltation et de frisson avec la finale du 400 m haies. Dans son style si distingué, le hurdler sénégalais, Amadou Dia Bâ, crée la sensation en terminant 2e de la finale du tour de piste avec obstacles.

Ce 25 septembre 1988 au stade olympique de Séoul, la petite nation d’Afrique de l’Ouest inscrit son nom au prestigieux palmarès des Jeux.

Le Sénégal aurait pourtant pu vivre cette joie 4 ans plus tôt aux J.O de Los Angeles. Alors en finale sur cette même épreuve, Elhadj Amadou Dia Bâ rate de peu le podium. «En 1984, c’était mes premiers jeux olympiques. Et c’était aussi le fait de courir avec des gens qui étaient des idoles pour moi comme Edwin Moses», raconte Dia Bâ.

«Quand je me suis qualifié en finale, j’étais tellement content et excité que je pense qu’il m’a manqué un peu de concentration. En plus, le public était si près de la piste. J’étais novice et tout cela m’a un peu déstabilisé. Du coup, j’ai raté ma course parce que le 400m haies, c’est très technique. Il faut faire des foulées entre les haies. J’en faisais 13 jusqu’à la 6e haie et là, à la 7e haie, Moses est revenu sur moi et c’était perdu», poursuit l’ancien champion.

Un mauvais genou qui transforme une vie

Avant sa découverte des J.O, Dia Bâ côtoie le gratin du 400m haies aux côtés de celui qu’il idolâtrait, l’américain Edwin Moses lors des Mondiaux d’athlétisme à Helsinki en Finlande. Il se hisse même en finale. Mais le Sénégalais assiste loin derrière au sacre de Moses.

Pourtant, Dia Bâ n’était pas prédestiné pour les haies. Son premier sport est le saut en hauteur. Cependant, des problèmes récurrents au genou le forcent à abandonner la discipline. C’est ainsi qu’il migre vers cette course à obstacles. La suite fut l’histoire fabuleuse du natif de Dakar. Sa 5e place aux Jeux de Los Angeles en 1984 lui ouvre l’appétit.

«Je faisais partie des 5 meilleurs mondiaux, je me suis donc dit: 5 oui, mais il n’y a que 3 médailles en jeu» se souvient il.

Alors coaché par le Français Fernand Urtebise, il se met en mode conquête et ne pense qu’à la médaille olympique. «Je me disais qu’en 4 ans, je peux me préparer et me forger un mental de gagneur. Je me suis fixé cet objectif de médaille olympique. Tous les jours après le réveil, quand j’allais à l’entraînement, je me disais ‘’il me la fallait’’. Je voulais cette médaille pour moi. Pour le Sénégal».

Démystifier son idole pour le battre

Pour réaliser ce rêve, Dia Bâ bénéficie d’une aide présidentielle pour sa préparation aux États-Unis. Outre ce soutien de taille, Lamine Diack alors président du comité national olympique, lui assure sa préparation au niveau de l’Europe.

«Avec Edwin Moses qui était l’homme à battre et André Phillips je suis allé aux États-Unis, raconte-t-il. Il fallait enlever ce complexe américain, déjà! Courir avec eux, chez eux. Et souvent c’était à couteaux tirés qu’ils me battaient. Avant j’étais 30m, 20m derrière Moses. Ensuite ça s’est rétréci à 2m puis 1m et une fois à Paris j’ai failli le battre».

Un porte-drapeau exemplaire

En Corée du Sud, Amadou Dia Bâ débarque, gonglé à bloc et pressé d’en découdre avec ses adversaires. Malgré la horde américaine favorite pour le podium final, le Sénégalais était doublement motivé. Il voulait réaliser son rêve de médaille olympique et honorer la délégation sénégalaise, lui, le porte-drapeau de son pays pour ces Jeux.

Et il ne déçoit pas. Après avoir remporté sa série «facilement», il termine 2e en ½ finale derrière l’américain André Phillips en «en gardant sous la semelle», confie-t-il. «La veille (de la finale), quand mon entraîneur est venu me dire que j’aurai le couloir 5, je lui ai dit: “Coach, c’est sûr que j’aurai une médaille demain”».

Une prémonition qui se transforme en prophétie lors d’une course mémorable et très tactique. Avec André Phillips dans son viseur au couloir 6, le Sénégalais a la rampe de lancement rêvée. «Le couloir 5 était vraiment un bon couloir et j’avais devant moi André (Phillips) qui était le favori. Moses (Edwin) était le plus connu mais André avait la meilleure performance mondiale, cette année là» explique-t-il.

Malgré la joie d’une médaille d’argent historique, c’est avec une pointe d’amertume qu’il se souvient de ce finish irrespirable.

A 3 centièmes de l’or

«À l’époque, je faisais de très bons temps à l’entraînement que je ne répétais pas en compétition. Si mon entraîneur m’avait donné mon temps à l’échauffement, j’allais prendre le risque de faire 13 foulées jusqu’à la 8e haie et après en ligne droite, je sais que je suis fort. C’est vrai qu’avec des «si» on peut refaire l’histoire mais j’aurais pu gagner et battre le record du monde à cette époque (ndlr, 47’02)», raconte-t-il.

Mais l’athlète sénégalais respecte à la lettre les consignes de son coach. «Mon entraîneur m’a demandé de ne pas prendre de risque et d’aller jusqu’à la 6 pour changer de pied afin de sécuriser la course. Quand j’ai changé de pied, j’ai ralenti. Je me retrouvais près des haies et donc la 7 et la 8, je les ai négociées. Après la 10e, je savais que j’en avais sous le pied. C’est là que je suis parti pour doubler Moses et foncer sur Phillips. C’est parce que j’ai perdu quelques centièmes entre la 7 et la 8, que je termine 2e avec une médaille d’argent. Mais ça reste fabuleux!»

«De l’argent qui vaut de l’or»

Assurément! Dia Bâ finit avec un temps de 47’23, à 21 centièmes du record du monde et explose le record du Sénégal de la discipline.

Mais il n’a pas oublié qu’il partait de loin avec pas mal de blessures, de la sueur, des larmes de sacrifices consentis pour atteindre un objectif de géant. «C’est une médaille d’argent qui vaut de l’or pour moi. Fallait imaginer la joie de  toute la délégation sénégalaise avec le ministre des Sports, le président Lamine Diack, le président de la fédération sénégalaise d’athlétisme Papa Gallo Thiam, les membres du comité olympique, mes amis qui, le 22 septembre, avaient fêté mon anniversaire et tout le monde m’avait souhaité une médaille».

Toujours sans successeur sénégalais sur le podium olympique, Dia Bâ sait qu’il y a encore un long chemin à parcourir pour que son pays retrouve les sommets olympiques. Aussi, appelle-t-il les autorités sportives du Sénégal à s’inscrire dans «la préparation et surtout la planification sur une longue période d’athlètes». Afin que son exploit de Séoul ne soit plus si unique.

Moustapha M. SADIO

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