Taekwondo : Daba Modibo Keita à cœur ouvert

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Taekwondo : Daba Modibo Keita à cœur ouvert

Daba Modibo Kéita est à jamais le premier. En 2007 en Chine, loin de son pays le Mali et sa Côte d’Ivoire natale, le «Gladiateur» décroche le titre de champion du monde en Taekwondo (84 kgs). Une première pour l’Afrique. Mais, il ne s’en arrête pas là. En 2009 au Danemark, DMK remet ça chez les 87 kgs. Pourtant onze ans après, le double champion estime que le Mali ne réalise pas vraiment la portée de ses exploits. En effet, dans ce long entretien accordé à Sport News Africa, Modibo est revenu sur sa carrière et surtout sur sa nouvelle vie. Entretien

Modibo Keita, vous avez été double champion du monde de taekwondo (2007 et 2009). Que ressentez-vous encore à l’évocation de ces deux consécrations mondiales  ?

Le sentiment que j’éprouve est indescriptible. Qui aurait cru qu’un Africain, et de surcroît un «petit» Malien, serait capable d’un tel sacre ? C’est un sentiment très spécial avec un goût unique. Je n’ai simplement pas les mots pour le décrire ou le définir. C’est un honneur pour moi et une fierté pour le Mali entier. Je remercie le Bon Dieu, ma famille et mes coachs. Mais aussi mes coéquipiers, mes fans ainsi que toutes les instances sportives et administratives. Toutes ces personnes de bonne volonté qui, de près ou de loin, ont contribué à faire de ce rêve, une réalité.

Quel est le titre qui vous a fait le plus plaisir ?

Je ne saurais choisir sincèrement. Car ces deux titres ont simplement une saveur extraordinaire. Et chacun a un goût spécial. Le premier a tout son sens. C’était une première. Personne ne s’attendait à moi. J’ai donc bénéficié de cet effet de surprise. Avec aussi, comme bonus, le titre de «Meilleur combattant du monde». C’était magique ! Et, le second titre a aussi tout son sens et toute sa splendeur. J’avais pour mission de défendre ma couronne. J’étais donc attendu par tout le monde. Ainsi, c’était plus dur. Mais, avec la bénédiction d’Allah, nous avons confirmé et réalisé le doublé. C’était aussi magique ! Au finish, je dirais que je me suis toujours senti comme un enfant dans une confiserie lors de tous ces deux sacres.

Qu’est-ce que ces deux titres ont changé dans votre vie ?

Ils ont beaucoup contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui. Et cela dans plusieurs aspects. L’une des choses les plus importantes, c’est qu’ils m’ont responsabilisé. En tant que sportif, avoir deux titres de champion du monde dans sa carrière est un bel exploit et une lourde responsabilité. On devient un modèle. On se doit donc de donner le meilleur de soi dans tout ce qu’on fait. On doit être une inspiration et un exemple pour la génération future.

C’est quoi aujourd’hui la vie du double champion du monde, Modibo Keita  ?

Aujourd’hui, je mène une vie simple et tranquille. Je continue de servir le taekwondo et les athlètes maliens et africains. De près ou de loin avec mon expérience et mon vécu. Et je crois que je le ferais toute ma vie. Car je considère cela comme un devoir de génération. En plus de cela, je me concentre aujourd’hui sur ma vie professionnelle. C’est-à-dire, mon boulot à la Primature qui est de servir le Mali. Et aussi ma vie familiale. Je suis aujourd’hui papa d’un petit garçon du nom de Mamadou Daba Kéita. C’est l’homonyme de mon père (paix à son âme). Je profite d’ailleurs de votre site pour remercier le Bon Dieu et ma chère épouse (Mme Kéita Fatoumata Sidibé) pour ce merveilleux cadeau. Je le considère comme la plus belle de mes médailles.

En dehors de la notoriété internationale, qu’est-ce-que le taekwondo vous a apporté dans votre pays, le Mali ?

En dehors de cette notoriété qui m’a permis d’être respecté dans le monde entier, le taekwondo ne m’a pas apporté grand-chose dans mon pays. Et je parle sous réserve ! C’est peut être parce que je suis, pour mon pays le premier champion du monde. Et que le Mali ne  réalise jusqu’à présent pas la portée, la grandeur et l’importance. Je devais être accompagné sur tous les autres plans. 

Quel est votre plus grand regret par rapport à votre carrière ?

Sincèrement je n’ai aucun regret. Je ne sais pas ce qu’on pourrait demander de plus à un athlète qui, dans sa carrière, a eu ce privilège d’être deux fois champion du monde. D’un athlète qui a été meilleur combattant du monde. Franchement, sans tabou et loin de moi l’intention de paraître prétentieux, je n’ai aucun regret. Et en toute humilité, je suis simplement plus que fier de ce que j’ai eu à accomplir pour notre cher Mali. Et pour toute l’Afrique.

Comment expliquez-vous vos échecs lors des Jeux Olympiques à Beijing en 2008 et à Londres en 2012 ?

Les Jeux Olympiques ont été une pierre dure sur mon chemin. La médaille olympique est la seule qui manque à mon modeste palmarès. Mais, je n’ai aucun regret. Mes participations aux Jeux Olympiques n’ont jamais été un échec. Parce que j’ai tout donné. En 2012, le monde entier a été témoin de ce qui s’est passé sur les tatamis ou tapis Olympiques. Les images ou les vidéos existent toujours pour le prouver. Quand vous avez un arbitre qui passe tout le temps à vous présenter des excuses. Et à vous demander pardon lors des compétitions qui ont suivi les J.O, ça veut dire ce que cela veut dire. Mais, j’ai pardonné. Cependant je n’oublierai jamais. Le plus important, c’est que je n’ai aucun remords. Parce que, au fond, je sais que j’ai donné le meilleur de moi-même pour réaliser le rêve olympique de mon pays.

Quel est votre regard aujourd’hui sur le taekwondo au Mali et en Afrique ?

Le taekwondo africain, singulièrement malien, regorge aujourd’hui de plusieurs grands champions. Mon regard ne peut qu’être positif. Que les athlètes maliens et africains continuent de croire en eux. Qu’ils soient humbles et donnent le meilleur d’eux-mêmes. Ceci, pour le rayonnement du taekwondo africain. Je prie le Tout Puissant Allah qu’il leur apporte son aide dans ce sens.

Nourrissez-vous l’ambition d’être un jour DTN ou président de la Fédération malienne de taekwondo ?

Vous savez le plus important pour moi, ce n’est pas d’occuper un poste. Pour moi, l’essentiel est d’apporter sa pierre à l’édifice et au développement de notre discipline. Même sans être DTN (Directeur technique national) ou président. C’est ce que je ne cesse de faire. Un poste n’est pas une fin en soi. Si c’est écrit dans mon destin que je serais un jour DTN ou président et que le bonheur du taekwondo malien y est lié, que Dieu le fasse.

Quelle est votre mission à la Primature ?

Je suis chargé de mission. Ma tâche consiste à apporter mon expertise à toutes les questions relatives à la Jeunesse et aux Sports.

Vous êtes aussi membre du «Collectif des champions de la paix» de «Peace and Sport Monaco». A quoi consiste concrètement votre mission ?

Peace and Sport Monaco est en effet une institution qui regroupe en son sein de grands champions. C’est un honneur pour moi d’y être comme un «Ambassadeur de la paix». Au sein de cette grande structure, ma mission consiste à véhiculer des messages et de faire la promotion de la paix par le sport. Je profite de l’occasion pour remercier le président M. Joël Bouzou et l’ensemble de son équipe. Et aussi, notre grand parrain, SAS le Prince Albert 2 de Monaco, Que règne la paix dans le monde !

Un appel à la jeunesse du Mali qui traverse une période cruciale pour son redressement ?

J’appelle la jeunesse du Mali, à prendre conscience du rôle primordial que nous avons à jouer dans la construction de notre Maliba (Grand Mali). Nous devons répondre à l’appel de notre cher Mali. Comme il est dit dans notre hymne national.  Prenons conscience de nos valeurs et de nos talents. Tout en restant  des citoyens modèles, exemplaires, justes et honnêtes. Que Dieu veille sur notre Mali, uni, fort et indivisible. Et vivement l’intégration africaine par le sport !

Par Moussa BOLLY

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