CAN 2025 : le premier grand examen de Pape Thiaw
À quelques jours de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, un autre technicien attire l’attention du continent africain. À 44 ans, Pape Bouna Thiaw s’apprête à diriger pour la première fois les Lions du Sénégal dans un grand tournoi. Ancien attaquant international, membre de la génération 2002 qui avait emmené le Sénégal en finale de CAN et en quart de finale de Coupe du monde, il porte aujourd’hui une responsabilité inattendue mais assumée : poursuivre la domination sénégalaise sur le football africain.
El Hadji Malick SARR · Profil de l’auteur ·
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Il fut un joueur élégant, animé par une lecture du jeu rare et un instinct du but précoce. Cette sensibilité offensive n’a jamais disparu. Elle s’est simplement déplacée. Après avoir raccroché les crampons, Thiaw a transposé sa vision de l’attaque et du mouvement dans le coaching. Sa carrière bascule véritablement le 4 février 2023, lorsqu’il mène l’équipe locale du Sénégal à la victoire au CHAN 2022, en battant l’Algérie aux tirs au but. Le succès est historique, le message est clair. Thiaw n’est pas un adjoint en devenir, mais un sélectionneur capable de bâtir un projet.
Élu meilleur entraîneur du tournoi, il rejoint dans la foulée le staff du sélectionneur de l’équipe A Aliou Cissé, symbole d’une continuité assumée. Le 13 décembre 2024, il prend officiellement les commandes de la sélection sénégalaise avec une double mission : maintenir le Sénégal parmi les grandes puissances du continent et proposer un football audacieux.
Un style résolument offensif, exigeant et moderne
Pape Thiaw ne cache pas son identité footballistique. Son Sénégal attaque, presse, et avance. Son approche repose sur une proposition claire : imposer le jeu plutôt que de le subir. L’ancien attaquant structure sa philosophie autour d’un pressing haut visant à récupérer rapidement le ballon et à multiplier les situations offensives. Il privilégie des systèmes tels que le 4-3-3 ou le 4-2-3-1, offrant largeur, vitesse et projections constantes. Sa consigne est limpide.
« Je joue offensif et après chaque perte de balle, il faut aller à la récupération » se décrit-il. Cette exigence permet au Sénégal d’étouffer l’adversaire, d’accélérer le tempo et de transformer la transition en opportunité. Face au Malawi, lors d’un convaincant succès 4-0, beaucoup saluent « un entraîneur qui triomphe avec ses idées », confirmant la pertinence d’un schéma où rigueur défensive et libération offensive se complètent plutôt que s’opposent. Thiaw se positionne ainsi comme l’un des visages d’une nouvelle génération d’entraîneurs africains se positionnant comme exigeants, modernes, assumés.

Une première CAN à la tête des Lions
Adjoint d’Aliou Cissé lors de la CAN 2023, Pape Thiaw entre cette année dans une nouvelle dimension. Il dirigera pour la première fois le Sénégal lors d’une CAN en tant que sélectionneur principal. Son bilan jusqu’ici joue en sa faveur : 14 matchs, 11 victoires, 2 nuls et une seule défaite, concédée contre le Brésil lors d’un match amical de haute intensité qui a servi de révélateur autant que de test.
Pour cette édition au Maroc, le Sénégal s’avance en assumant son statut de favori dans le Groupe D, aux côtés du Botswana, de la RD Congo et du Bénin. Un groupe à sa portée, mais que Thiaw aborde avec la prudence des ambitieux. Conserver son statut exige un parcours sans faille, et la CAN a souvent rappelé qu’elle ne pardonne ni la suffisance ni la complaisance.
Continuité, ambition et pression
Pape Thiaw hérite d’une équipe qui a goûté au succès récent et qui aspire à en faire une habitude. Champion d’Afrique en 2022, finaliste en 2019, le Sénégal s’est imposé comme une référence. Mais sur un continent rapidement renouvelé, où l’élite se resserre et s’organise, le succès est une réalité fragile. L’ancien attaquant incarne une forme de continuité. Mais il incarne aussi une rupture, celle d’une approche plus offensive, plus frontale, plus assumée. Il entend perpétuer la domination, mais avec sa propre signature.
Un défi pour entrer dans l’histoire
Comme joueur, il a fait partie de l’équipe qui a bouleversé les certitudes africaines et mondiales en 2002. Comme entraîneur, il a déjà remporté un titre continental en dirigeant l’équipe locale. Tout simplement, répéter les mêmes prouesses que son prédécesseur, Aliou Cissé, qui a plus au moins un parcours similaire.
À quelques jours de sa première CAN comme sélectionneur, un nouveau chapitre s’ouvre. Une opportunité de prouver, de confirmer, de marquer son empreinte. Pour Pape Thiaw, la CAN 2025 n’est pas un baptême, c’est une confirmation. Celle qu’un ancien attaquant, devenu stratège, peut transformer une ambition offensive en héritage national.
