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Fécafoot : Samuel Eto’o s’avance vers un second mandat contre vents et marrées

Présidents des ligues régionales acquis à sa cause, frères promus parmi les futurs électeurs : Samuel Eto’o avance ses pions dans la bataille pour la présidence de la Fécafoot. Mais derrière cette démonstration de force se profile une élection sous haute tension, minée par les accusations d’irrégularités et le spectre d’une annulation.

Arthur WANDJI · Profil de l’auteur ·

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Samuel Eto’o se dirige incontestablement vers un second mandat à la présidence de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot). La semaine dernière, les dix présidents des Ligues régionales du pays ont été élus. Ils sont tous acquis à sa cause. Une séquence électorale qui consacre la mainmise du clan Eto’o sur les structures locales du football camerounais. Et qui relance aussi les accusations d’irrégularités et de défiance envers le gouvernement de Yaoundé.

Un appareil électoral verrouillé par le clan Eto’o

Difficile de ne pas y voir un scénario méthodiquement orchestré. En raflant la totalité des présidences régionales, le réseau Eto’o a transformé la base électorale de la Fécafoot en un bloc homogène favorable à la reconduction de l’ancien buteur du FC Barcelone et de l’Inter Milan. Parmi les élus, figure Céline Eko, fidèle de la première heure, vice-présidente du Comité exécutif et désormais représentante du Cameroun à la Commission des compétitions féminines des sélections nationales de la FIFA. À travers ces victoires en chaîne, c’est toute une stratégie d’occupation du terrain électoral que Samuel Eto’o parachève, à un mois du scrutin fédéral.

Le maillage s’étend jusque dans la sphère familiale. Ses frères, Étienne (Ligue du Sud-Ouest) et David Eto’o (Ligue du Littoral), ont été portés au rang de délégués régionaux. Ils participeront, en tant qu’électeurs, à l’Assemblée générale appelée à désigner le président de la Fécafoot le 29 novembre prochain. Une configuration qui suscite autant d’interrogations que de crispations au sein de la famille du football camerounais. 

« J’ai été injustement et sans motif légitime écarté du processus électoral », a dénoncé Kalgong Georges, candidat à la Ligue du Nord, affirmant avoir été rayé des listes sans explication, en violation des décisions officielles de la Commission électorale nationale. Il évoque une « dérive institutionnelle » et une « atteinte aux principes élémentaires de droit électoral ».

Ces témoignages de frustration et d’exclusion rappellent que la conquête du pouvoir au sein de la Fécafoot s’apparente de plus en plus à une guerre d’influence. « Loin de se limiter à un exercice démocratique, le processus électoral s’est mué en un champ de bataille où fidélités, arbitrages et rivalités personnelles redessinent la carte du football camerounais », commente un analyste sportif sous cap.

Défiance et risque d’annulation

Ces manœuvres, contestées par une partie des acteurs du processus, relancent les accusations d’irrégularités et de défiance envers l’autorité de tutelle. Le 21 août en effet, le ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi avait intimé à la Fécafoot de surseoir au lancement du processus électoral. Dans sa correspondance adressée à Samuel Eto’o, il alertait sur un processus « sujet à de vives tensions susceptibles d’engendrer des troubles à l’ordre public sportif ».

Les griefs du gouvernement étaient nombreux : suspension jugée arbitraire de certains candidats, remplacement de bureaux élus par des comités provisoires, exclusion de clubs du corps électoral, ou encore modification controversée des statuts de la fédération en novembre 2024. Ce toilettage institutionnel, en élargissant les critères d’éligibilité, a été perçu comme manœuvre visant à permettre à Samuel Eto’o, condamné en Espagne pour fraude fiscale, de se présenter à nouveau. Alors que les précédents textes l’auraient d’office disqualifié. 

En ignorant les injonctions du ministère, la Fécafoot a visiblement choisi la voie de la confrontation. Une posture que d’aucuns interprètent comme une revendication d’autonomie, d’autres comme une défiance ouverte à l’État. Ainsi, à mesure que s’approche le 29 novembre, l’horizon se brouille : d’un côté, un président sortant solidement installé, auréolé de la fidélité de ses réseaux ; de l’autre, un processus miné par des contestations de forme et de fond, où plane la menace d’une annulation pure et simple.

Si rien ne vient enrayer la mécanique en cours, Samuel Eto’o devrait être reconduit sans véritable suspense. Mais au prix d’une victoire dont la légitimité pourrait, une fois encore, diviser durablement le football camerounais.

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