FSF : les grands chantiers qui attendent Abdoulaye Fall
Nouveau président de la FSF, Abdoulaye Fall hérite d’une fédération en crise. Trois chantiers prioritaires l’attendent.
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Dimanche 4 août, Abdoulaye Fall a été élu président de la Fédération sénégalaise de football, au second tour d’un scrutin tendu, contesté mais décisif. Après 16 années de règne d’Augustin Senghor, cette élection est perçue comme une opportunité de relancer un système essoufflé. Mais pour le président de la Ligue de Diourbel, l’état des lieux laisse peu de répit : « Tout est urgent dans notre football », a-t-il reconnu dès l’annonce de sa victoire. Ce constat, les chiffres l’illustrent brutalement. Le dernier exercice financier de la FSF affiche un déficit record de 2,4 milliards de francs CFA. La trésorerie a fondu de moitié, plombée par une CAN 2024 ratée sportivement et économiquement, avec un manque à gagner de 2,8 milliards en primes. Et la tendance est alarmante : les charges explosent, les recettes s’effritent, et le football féminin en est la première victime, avec une coupe budgétaire de 50 %.
Lors de l'Assemblée générale élective, la ministre des Sports, Khady Diène Gaye, a rappelé la politique du nouveau régime en place visant à diminuer les dépenses pour l'équipe nationale. « Le contexte actuel n’autorise plus certaines pratiques irrationnelles dans la gestion des moyens. Chaque centime devra être utilisé à bon escient, particulièrement en vue de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations », a-t-elle rappelé.
Fin d’un cycle… ou continuité maquillée ?
Si l’ère Senghor a permis quelques avancées, notamment sur la professionnalisation des droits TV et les performances des sélections jeunes, la structure de gouvernance reste verrouillée. Le système électoral, inchangé, continue d’exclure joueuses, entraîneurs, journalistes et supporters du processus décisionnel. Les clubs de Ligue 1, dirigés en majorité par des présidents installés de longue date, contrôlent le vote et les finances locales sans réel contre-pouvoir. Quant aux centres de formation, souvent cités en exemple, leur encadrement reste inégal : 42 % des académies reconnues ne disposent d’aucun protocole médical certifié, exposant les jeunes talents à des risques majeurs. La vitrine cache difficilement la fragilité du modèle.
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Trois urgences pour (vraiment) changer
Pour qu’il y ait rupture, il faudra d’abord rétablir un minimum de confiance autour de la gestion financière. Cela passe par la mise en place immédiate d’un audit indépendant, la publication régulière des états financiers de la Fédération, ainsi que des contrats de sponsoring et des critères de sélection en équipe nationale. Cette transparence ne doit plus être perçue comme un luxe, mais comme une exigence de base pour espérer restaurer la crédibilité de l’institution auprès des clubs, du public et des partenaires.
Mais la transparence ne suffira pas sans une démocratisation en profondeur. Abdoulaye Fall devra s’attaquer au verrouillage du système électoral, en l’ouvrant aux acteurs de terrain : les joueurs, les joueuses, les entraîneurs, et même les supporters organisés. En élargissant ce collège électoral, le nouveau président pourra légitimer ses décisions et affaiblir les logiques de clan qui dominent encore la vie fédérale. Il en va de la fin du clientélisme et de la possibilité de faire émerger une gouvernance plus représentative et moins politisée.
Enfin, l’un des chantiers les plus stratégiques concerne la décentralisation et la modernisation de la gestion locale. Chaque ligue régionale doit disposer d’une autonomie réelle dans la gestion des licences, des recettes de billetterie, et de l’organisation des compétitions, à travers une plateforme numérique centralisée. Cela permettra non seulement de mieux tracer les flux financiers, mais aussi de réduire les fameux "frais cachés" qui gangrènent les compétitions. Une baisse de 30 % de ces coûts injustifiés est possible à court terme si une volonté politique forte existe.
Un mandat pour transformer ou subir
Réussir à piloter ces réformes tout en résorbant un déficit budgétaire sans tuer le football de base : voilà le vrai test de leadership qui attend Abdoulaye Fall. Car au-delà des effets d’annonce, le football sénégalais est à la croisée des chemins : soit il devient un modèle africain de gouvernance rénovée, soit il reste prisonnier de ses inerties.
Le Sénégal a les atouts : un public fervent, une diaspora compétitive, des sponsors encore présents. Mais il lui manque une chose essentielle : la volonté politique d’assainir les coulisses du jeu. Abdoulaye Fall ne pourra pas se contenter d’une présidence de gestion. Son mandat sera jugé à l’aune d’une question simple : aura-t-il eu le courage d’affronter les blocages ?
