Lutte : Songo Tine, le Japonais qui bouscule l’arène sénégalaise
Encore méconnu il y a quelques mois, Songo Tine s’impose désormais comme l’une des curiosités les plus fascinantes de la lutte sénégalaise. Le Japonais, de son vrai nom Shogo Uozumi, a signé une nouvelle performance marquante en terrassant Wouly en moins de 15 secondes.
El Hadji Malick SARR · Profil de l’auteur ·
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Le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur. Ce dimanche, lors d’une journée de lutte organisée par Makane Mbengue, Songo Tine a frappé fort en s’offrant une victoire aussi rapide que spectaculaire face à l’expérimenté Wouly Wouliwaat.
Moins de quinze secondes ont suffi au Japonais pour conclure un combat qui s’annonçait pourtant disputé. Sur une tentative offensive de son adversaire, Songo Tine a fait parler sa lucidité et sa technique : esquive du coup du « Baol Baol », saisie de jambe et plaquage net. Une exécution propre, clinique, qui confirme sa montée en puissance.
Une ascension express dans l’arène
Ce succès s’inscrit dans une dynamique impressionnante. Avant Wouly, Songo Tine avait déjà pris le dessus sur Yawoul Diaal et Lirou Diane. Trois victoires qui installent progressivement ce lutteur atypique dans le paysage du laamb, où il attire autant la curiosité que le respect. Car derrière l’image insolite d’un Japonais dans l’arène sénégalaise, se cache un profil rigoureux, formé à la lutte et doté d’une base technique solide. Son adaptation rapide aux codes locaux intrigue, mais surtout séduit.
Du Japon à Thiès, un parcours singulier
Arrivé pour la première fois au Sénégal en 2017 dans le cadre d’un programme de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), Shogo Uozumi n’était pas destiné à devenir une attraction de la lutte sénégalaise. Installé à Thiès, il y a d’abord œuvré comme instructeur bénévole, initiant des enfants à la lutte gréco-romaine.
Une expérience fondatrice qui le rapproche progressivement de la culture locale, avant un retour au Japon, puis une décision forte : revenir au Sénégal en 2022. Depuis, celui que l’on surnomme « Songo Tine » s’est immergé dans l’univers du laamb, s’entraînant cinq fois par semaine, notamment dans le quartier de Yoff à Dakar, où il vit au sein d’une famille sénégalaise.
De la méfiance à l’acceptation
Ses débuts n’ont pourtant pas été simples. « Ils ne croyaient pas que je luttais parce que je n’étais pas grand comme les Sénégalais », confiait-il récemment. Mais à force de répétitions et de confrontations, le regard a changé. Sa technique, sa discipline et sa capacité d’adaptation ont fini par convaincre. Aujourd’hui, Songo Tine ne se perçoit plus comme un étranger dans l’arène.

Un pont entre deux cultures de lutte
Au-delà de ses performances, Songo Tine porte un projet plus large. En parallèle de son apprentissage de la lutte sénégalaise, il continue d’enseigner le grappling et la lutte olympique aux jeunes, avec un objectif clair : préparer une nouvelle génération aux compétitions internationales, notamment les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Il agit ainsi comme un trait d’union entre deux cultures de lutte, tout en ouvrant des perspectives inédites à certains lutteurs sénégalais, qu’il accompagne parfois vers des compétitions de MMA ou de kickboxing au Japon.
Une popularité qui dépasse l’arène
Sa notoriété ne cesse également de croître sur les réseaux sociaux. Avec plus de 500 000 abonnés sur TikTok, Songo Tine séduit par son authenticité, mais aussi par son usage du wolof, qui renforce son ancrage local. Dans un pays où la lutte est bien plus qu’un sport, un véritable fait social, son intégration et son respect des codes culturels jouent un rôle clé dans son acceptation.
Une trajectoire à suivre de près
Sa victoire expéditive contre Wouly marque un nouveau cap. Désormais, une question se pose : jusqu’où peut aller Songo Tine ? Dans une discipline où la puissance brute domine souvent, le Japonais apporte une autre lecture, plus technique, plus stratégique. Une singularité qui pourrait bien continuer à faire vaciller certaines certitudes dans l’arène sénégalaise.
