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Mondial 2026 : Ismaïla Sarr, la revanche silencieuse

Il aura fallu dix ans de sélection, deux Coupes du monde encaissées comme des occasions manquées et une réputation collée à la peau pour qu’Ismaïla Sarr arrive enfin à ce stade du tournoi dans la peau du décisif plutôt que dans celle du promis. Ce mercredi, face à la Belgique en seizième de finale, l’ailier de Crystal Palace porte sur ses épaules un Sénégal qui s’est offert le droit d’y croire, et un record qui parle pour lui, celui de meilleur buteur sénégalais de l’histoire du Mondial.

El Hadji Malick SARR · Profil de l’auteur ·

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Longtemps, on lui a fait payer ce qu’il n’était pas. Arrivé en sélection en 2016 par la porte laissée entrouverte par Sadio Mané, formé à Génération Foot puis lancé à Metz, Sarr a traîné pendant des années l’étiquette du successeur désigné. Une comparaison qui ne lui a jamais rendu service.

Il courait plus vite que tout le monde, cassait les lignes défensives d’un contrôle orienté, mais dans les moments qui comptent, le geste final se dérobait souvent. Face à la France, en ouverture de ce Mondial, la scène s’est encore répétée. Juste avant la pause, seul face au but, il manque sa reprise. Le genre d’occasion qui aurait pu changer le sort d’un match, et confirmer une fois de plus les doutes qu’on entretenait sur lui.

Le prix de la comparaison

Ce qui frappe avec Sarr, c’est la régularité avec laquelle il a été présent sans jamais totalement s’imposer dans le récit sénégalais. Plus de 80 sélections, trois phases finales de Coupe du monde, une CAN remportée en 2021 où il inscrit un but décisif en quart de finale contre la Guinée Equatoriale au retour d’une blessure, sans pour autant devenir le visage de cette conquête historique et une autre en 2026 au Maroc où il démarre sur le banc la finale. Le Sénégal célébrait Mané, Koulibaly, Édouard Mendy. Sarr, lui, restait ce joueur qu’on associait davantage à ce qu’il ratait qu’à ce qu’il réussissait. Une injustice statistique autant que sportive, tant sa contribution réelle dépassait souvent ce qu’on voulait bien lui reconnaître.

Le déclic est venu d’ailleurs, loin des projecteurs sénégalais. Après un passage raté à l’Olympique de Marseille, où il n’a jamais trouvé sa place, direction l’Angleterre et Crystal Palace. Un club moins prestigieux sur le papier, mais qui lui offre ce qui lui manquait, un rôle défini et la confiance d’un entraîneur qui construit son projet autour de lui. Le résultat s’est vu cette saison, la meilleure de sa carrière, ponctuée par un premier trophée européen avec les Eagles en Ligue Conférence, compétition dont il termine meilleur buteur avec 9 réalisations et meilleur joueur.

Cette confiance retrouvée en club a fini par déteindre sur la sélection. Contre la Norvège, dans une rencontre pourtant perdue par le Sénégal, Sarr inscrit un doublé et devient le premier joueur sénégalais à marquer dans deux éditions différentes de la Coupe du monde. Contre l’Irak, il récidive. 3 buts et une passe décisive plus tard, il dépasse le total historique de Papa Bouba Diop et s’installe seul au sommet des buteurs sénégalais en Mondial. En l’espace de deux matches, l’homme qu’on jugeait sur son échec contre les Bleus est devenu une référence.

https://x.com/vibesfoot/status/2070605754499838353?s=46

Un leader qui n’en a pas l’air

Ce qui rend la trajectoire de Sarr singulière, c’est qu’il n’a rien changé à sa nature pour devenir ce joueur important. Il reste discret hors du terrain, loin de la stature naturelle de Mané ou du charisme des cadres historiques de cette génération. Son autorité ne s’exprime pas dans les mots. Elle se lit dans la répétition des efforts, dans les courses abattues en fin de match alors que d’autres lèvent le pied, dans cette capacité à continuer de réclamer le ballon même après avoir raté l’occasion la plus regardée du tournoi.

Pape Thiaw, qui a fait de lui l’une des pièces maîtresses de son dispositif offensif, ne cache plus son attente à son égard. Interrogé en conférence de presse avant d’affronter la Belgique, le sélectionneur a exprimé l’espoir de le voir continuer sur sa lancée. Un vœu qui ressemble presque à une évidence tant Sarr semble, pour la première fois de sa carrière internationale, en pleine possession de ses moyens au moment où on l’attend le plus.

En face, la Belgique aura été prévenue. À 28 ans, l’ailier d’1m85 termine sa saison de club avec 21 buts toutes compétitions confondues, et arrive à ce seizième de finale dans la forme de sa vie. Longtemps considéré comme la doublure d’un autre, Ismaïla Sarr n’a plus besoin de personne pour exister dans l’histoire du football sénégalais. Il l’écrit lui-même, un but à la fois.

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