
Le chrono ne ment jamais, et celui de Bercy a rendu un verdict qui résonne bien au-delà des frontières de l'Hexagone à l’occasion de la 9e édition du Meeting de Paris Indoor. En claquant un 6"55 en finale du 60m, après avoir survolé sa série, Emmanuel Eseme a franchi un nouveau palier. L’athlète du Stade Sottevillais 76, qui porte également les couleurs du Sporting CF, semble avoir trouvé dans la salle parisienne le terrain d'expression idéal pour sa puissance dévastatrice. Ce nouveau record personnel agit comme un sésame : direction les Championnats du monde, où le Lion Indomptable compte bien rugir de nouveau.
De l’ingénierie à l’athlétisme professionnel
Pourtant, le destin de celui que ses proches appellent « Alobs » n’était pas tracé dans la cendrée. Longtemps, ce sont les gants de gardien de but qu’il a enfilés sur les terrains du St Joseph College de Sasse. Sa vitesse était alors une arme de dissuasion massive pour les attaquants adverses. Mais c’est finalement sur le tard, entre deux cours de génie civil à l’École Nationale Supérieure des Travaux Publics de Yaoundé, que le déclic se produit. Éliminé d’un tournoi universitaire de football, il s’aligne sur le sprint par défi. La suite appartient à l’histoire : une ascension fulgurante qui le mènera au statut d’ingénieur en environnement à celui de sprinteur le plus titré du Cameroun.
Né le 17 août 1993 et élevé à Yaoundé par son grand-père, Emmanuel Eseme Alobwede est originaire du département du Kupe-Muanenguba, dans la région du Sud-Ouest. Son itinéraire tranche avec les trajectoires classiques du haut niveau. L’année 2018 marque l’année de sa révélation : à peine s’est-il mis à fond dans l’athlétisme qu’Eseme enrichit déjà son palmarès. Champion du Cameroun sur 100 m et 200 m, médaillé sur le circuit continental. Il participe ensuite à ses premiers JO à Tokyo 2020. L’apprentissage est rude, mais il se rattrape en 2022 en décrochant l’or aux Jeux de la Solidarité Islamique et une médaille d’argent (200m) aux Championnats d'Afrique.
Eseme franchit un cap historique en 2023 en devenant le premier Camerounais à passer sous la barre des 10 secondes sur 100 mètres (9’’96 à La Chaux-de-Fonds). Cette même année, il monte sur le podium de la Diamond League en Silésie et décroche l’or aux Jeux de la Francophonie et aux Jeux Africains. En 2024, il confirme sur la scène mondiale avec des victoires sur 100 m en Diamond League à Marrakech et Stockholm, avant d’atteindre les demi-finales des Jeux olympiques de Paris.
Un engagement au-delà de la piste
À 32 ans, l’homme qui dompte désormais le temps n’oublie pas d’où il vient. Parallèlement à sa préparation pour les échéances mondiales, il a officialisé en ce mois de janvier 2026 la création de sa fondation. Une manière de boucler la boucle pour cet ingénieur de formation qui veut désormais construire des ponts vers le haut niveau pour la jeunesse de son pays. Dimanche soir à Paris, Eseme n'a pas seulement couru vite ; il a montré qu'il avait encore une faim de victoires que rien ne semble pouvoir rassasier.
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À propos de l'auteur
Arthur WANDJI
Rédacteur sportif
Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.
