
Le Mondial 2026 comme déclencheur
Le cas d’Issa Diop symbolise parfaitement ce phénomène. Formé en France et passé par toutes les catégories de jeunes des Bleus, le défenseur central espérait encore intégrer durablement l’équipe A tricolore. Mais en mars 2026, il a finalement accepté la proposition du Maroc. Ses racines maternelles marocaines ont facilité ce choix, tandis que la perspective de disputer une Coupe du monde avec les Lions de l’Atlas a clairement pesé dans la balance.
Le Sénégal suit également cette dynamique avec Malang Sarr. Le défenseur de 27 ans n’a jamais caché son attachement au pays de ses parents. « Mes parents sont nés au Sénégal et y ont vécu, donc jouer pour le Sénégal serait magnifique », expliquait-il récemment. Sans réclamer publiquement une convocation, l’ancien international espoir français sait que le contexte peut jouer en sa faveur. Avec les incertitudes autour de l’état physique de Kalidou Koulibaly à l’approche du Mondial, une arrivée surprise de Malang Sarr dans la Tanière n’est plus une hypothèse farfelue.
Du côté de la RDC, le dossier Jorthy Mokio a également marqué les esprits. À seulement 18 ans, le jeune talent a choisi de représenter les Léopards plutôt que la Belgique. Un choix fort pour l’avenir du football congolais, qui continue de convaincre des profils formés en Europe.
La Côte d’Ivoire accélère son « recrutement »
Même logique pour Elye Wahi. L’attaquant de l’OGC Nice a décidé en mars dernier d’opter pour la Côte d’Ivoire. Longtemps associé aux équipes de jeunes françaises, le buteur de Nice voit désormais une opportunité réelle de participer au Mondial avec les Éléphants, dans une sélection en pleine reconstruction offensive.
Et la fédération ivoirienne ne compte pas s’arrêter là. Dans les tuyaux depuis plusieurs mois, l’arrivée d’Ange-Yoan Bonny avec la sélection ivoirienne est désormais officielle. L’attaquant de l’Inter Milan, récemment sacré champion d’Italie, va renforcer le secteur offensif juste avant la Coupe du monde 2026.
Elye Wahi, Martial Godo, Kader Meïté, Ismaël Doukouré… malgré une CAN 2025 décevante conclue par une élimination en quart de finale contre l’Egypte, la Côte d’Ivoire d’Émerse Faé conserve un fort pouvoir d’attraction auprès des binationaux à fort potentiel. Alors qu’il privilégiait encore l’équipe de France il y a quelques mois, Ange-Yoan Bonny a finalement tranché en faveur des Éléphants. Le sélectionneur ivoirien avait déjà laissé entendre en mars que le dossier du natif d’Aubervilliers avançait très bien. L’officialisation est intervenue le 30 avril dernier au Consulat Général de Côte d’Ivoire à Milan, en présence de représentants diplomatiques et de l’agent du joueur.
Pour sa première saison avec l’Inter Milan, rejoint l’été dernier en provenance de Parme, Bonny a bénéficié de davantage de temps de jeu, notamment grâce à la blessure de Marcus Thuram. L’attaquant franco-ivoirien avait d’ailleurs signé un excellent début de saison avec quatre buts et quatre passes décisives lors de ses douze premiers matchs jusqu’en décembre, avant de connaître une baisse de régime depuis janvier. Mais son profil continue de séduire. Rapide, puissant et capable de jouer dos au but, Bonny apporte surtout à la Côte d’Ivoire un véritable profil d’avant-centre, alors que la sélection était surtout riche en ailiers ces dernières années. Il devra désormais s’imposer dans une concurrence relevée avec Evann Guessand, Elye Wahi ou encore Vakoun Bayo. Quant à Sébastien Haller, déjà fragilisé ces derniers mois, sa place pour le Mondial semble de plus en plus menacée.
La Côte d’Ivoire surveille aussi le dossier Jordy Makengo. Le défenseur de Fribourg, désormais éligible, pourrait rapidement intégrer la rotation défensive ivoirienne. Là encore, la proximité de la Coupe du monde pousse plusieurs fédérations africaines à accélérer leurs démarches administratives et sportives.
La Tunisie et la RDC aussi à l’affût
La Tunisie, elle, a réalisé un joli coup avec Rani Khedira. Le milieu défensif de l’Union Berlin, frère du champion du monde allemand Sami Khedira, a finalement accepté de représenter les Aigles de Carthage. Pourtant, en 2018, il avait refusé une première approche de la fédération tunisienne avant le Mondial russe. Huit ans plus tard, la situation a changé. À 32 ans, sans perspective avec l’Allemagne A, Rani Khedira voit désormais une possibilité concrète de participer à la Coupe du monde 2026 avec la Tunisie, placée dans le groupe F avec les Pays-Bas, le Japon et le vainqueur du barrage européen B.
Une bataille d’influence devenue stratégique
Au-delà des cas individuels, cette vague traduit une réalité de plus en plus forte dans le football africain. Les grandes sélections du continent ne se contentent plus d’attendre passivement les décisions des joueurs formés en Europe. Elles travaillent désormais les dossiers très tôt, multiplient les contacts et s’appuient sur des projets sportifs crédibles.
La Coupe du monde agit alors comme un révélateur. Pour beaucoup de binationaux, l’équation devient simple : continuer à espérer une convocation hypothétique avec une nation européenne ultra-concurrentielle ou saisir l’opportunité de disputer immédiatement la plus grande compétition du football mondial avec le pays de leurs origines.
Et à quelques semaines du Mondial 2026, l’odeur de cette compétition semble plus persuasive que jamais.
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À propos de l'auteur
El Hadji Malick SARR
Rédacteur sportif
Passionné de sport depuis toujours, partage avec vous les dernières actualités et analyses du monde sportif.
