
Il fallait davantage qu’un trophée honorifique de meilleur buteur (5 buts) pour masquer la détresse. Dimanche soir, à Rabat, Brahim Díaz portait sur son visage le poids d’un pays privé de titre. À l’issue d’une finale interminable de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, marquée par une interruption de 17 minutes et une tension extrême, le meneur de jeu du Real Madrid a tenté une panenka qui n’a jamais trouvé le chemin des filets d’Édouard Mendy. Ce geste, assumé comme volontaire, a immédiatement fait basculer le récit. Plus qu’un penalty raté, c’est un symbole qui s’est imposé dans l’imaginaire collectif marocain, celui d’un titre envolé, à quelques secondes près.
Un mea culpa public, mais un vestiaire glacé
Conscient de la gravité de l’instant, Brahim Díaz a rapidement pris la parole sur les réseaux sociaux. Dans un message long et chargé d’émotion, il a reconnu sa responsabilité pleine et entière, évoquant une blessure « qui ne guérit pas facilement », tout en promettant de se relever pour « redevenir une source de fierté pour le peuple marocain ».
Mais dans l’intimité du vestiaire, la scène fut bien différente. Selon plusieurs sources concordantes, les excuses du joueur, formulées en larmes, se seraient heurtées à une froideur marquée. La sidération initiale aurait laissé place à une colère silencieuse, notamment chez certains cadres, incapables d’accepter ce qu’ils perçoivent comme une prise de risque inutile à un moment historique.
L’image la plus forte restera peut-être celle de Brahim Díaz, seul sur le banc, consolé par Gianni Infantino plus que par ses coéquipiers. Un isolement symbolique, renforcé par l’absence quasi totale de messages de soutien public de la part du groupe, exception faite de Yassine Bounou.
Une onde de choc médiatique et des critiques sans filtre
Depuis la finale, la parole s’est libérée, souvent sans nuance. Hervé Renard, ancien sélectionneur des Lions de l’Atlas, a évoqué « un manque de respect pour tout un peuple », tandis que Jérôme Rothen a qualifié le geste de « scandaleux », estimant qu’une panenka, dans ce contexte, relevait d’une volonté d’humiliation.
D’anciens internationaux africains ont également souligné l’impact psychologique durable d’un tel échec. Hassan Kachloul, John Obi Mikel ou encore Efan Ekoku ont évoqué des séquelles mentales profondes, rappelant que certains instants ne quittent jamais totalement un joueur, même au sommet de sa carrière. Ces prises de position ont nourri un climat lourd autour du numéro 10 marocain, désormais placé au cœur d’un débat national sur la responsabilité individuelle dans les moments d’histoire.
Le soutien politique, rare mais déterminant
Dans ce contexte délétère, une voix a toutefois détonné. Le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch a publiquement tenu à saluer l’esprit combatif des Lions de l’Atlas et à rappeler que le football est fait de victoires comme de défaites. Une sortie qui, sans dédouaner le joueur, a permis de replacer l’échec dans une perspective collective. Ce soutien institutionnel, rare à ce niveau, pourrait peser dans la gestion future du cas Brahim Díaz au sein de la sélection.
Quel futur en sélection pour Brahim Díaz ?
La question n’est plus seulement sportive. Sur le terrain, le talent du natif de Malaga ne fait aucun doute. À 26 ans, il reste l’un des joueurs les plus créatifs de sa génération. Mais l’équation est désormais mentale, émotionnelle et relationnelle.
La fracture avec une partie du vestiaire, la défiance d’une frange du public et le poids symbolique de ce penalty raté constituent autant d’obstacles à surmonter. L’histoire du football africain regorge d’exemples de héros devenus boucs émissaires, parfois durablement. Brahim Díaz devra répondre sur la durée, en club d’abord, puis en sélection, s’il en a encore l’opportunité. La Coupe du monde à venir pourrait offrir une scène de rédemption. Mais rien ne garantit que le pardon viendra vite, ni même qu’il viendra tout court.
Le penalty raté de Rabat ne définit pas toute une carrière, mais il marque une rupture. Pour Brahim Díaz, l’avenir en sélection marocaine dépendra autant de sa capacité à performer que de celle du collectif à cicatriser. Le temps dira si cet instant restera une blessure indélébile ou le point de départ d’une renaissance.
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À propos de l'auteur
El Hadji Malick SARR
Rédacteur sportif
Passionné de sport depuis toujours, partage avec vous les dernières actualités et analyses du monde sportif.

