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Burkina Faso : les causes d’une instabilité chronique sur le banc des Étalons

Depuis près de trois décennies, le poste de sélectionneur des Étalons du Burkina Faso ressemble à un siège éjectable. En 28 ans, depuis 1998 environ, 16 sélectionneurs se sont succédé à la tête de la sélection nationale, pour une durée moyenne de 18 mois et 22 jours par coach. Un turnover incessant qui illustre à lui seul les difficultés structurelles, les exigences élevées et parfois les impatiences excessives qui caractérisent la gestion technique des Étalons.

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Burkina Faso : les causes d’une instabilité chronique sur le banc des Étalons

Le Burkina Faso a connu des moments de gloire : finale de la CAN 2013, demi-finale en 2017 et 2021, des performances solides en phase de groupes ces dernières années. Pourtant, la stabilité manque cruellement. Les entraîneurs, même les plus performants, peinent à s’installer durablement. Les raisons sont multiples : résultats en dents de scie, pression populaire intense, changements fréquents à la tête de la Fédération burkinabè de football (FBF), contexte socio-politique instable du pays. Tout concourt à transformer le banc des Étalons en un poste à très haut risque.

Une valse des entraîneurs qui ne date pas d’hier

Depuis la fin des années 1990, le banc burkinabè a vu défiler une impressionnante galerie de profils. Des locaux comme Sidiki Diarra, Idrissa Malo Traoré, Kamou Malo ou encore Brama Traoré. Des expatriés comme Paulo Duarte, Paul Put, Didier Notheaux, René Taelman, Oscar Fulloné, Hubert Velud... Chacun arrive avec des promesses. Celles de stabiliser le jeu, qualifier pour une Coupe du monde, viser le podium continental mais repart souvent après une élimination précoce, une série de matchs nuls ou une simple CAN jugée décevante.

Les records de longévité : des exceptions qui confirment la règle

Parmi cette valse des entraîneurs, quelques noms sortent du lot par leur capacité à durer :

  • Paulo Duarte (à deux reprises) : le technicien portugais détient le record absolu. Premier passage de mars 2008 à février 2012 environ 47 mois, puis retour de décembre 2015 à juin 2019 environ 42 mois. Au total, près de 7 ans et demi cumulés sur le banc burkinabè. Il a obtenu une troisième place en 2017 et a posé les bases d’une génération dorée.
  • Paul Put : le Belge a tenu 34 mois et 18 jours soit de 2012 à 2015. Il a conduit les Étalons à leur première finale de CAN en 2013.
  • Kamou Malo : l’ancien international burkinabè a duré 30 mois et 13 jours soit de 2019 à 2022. Il a maintenu le niveau en qualifiant le pays pour la demi-finale de CAN 2021 et des résultats honorables.

Avec le départ de Brama Traoré, le futur sélectionneur deviendra le 17e en 28 ans. Un chiffre qui parle de lui-même. En février 2026, la FBF a reçu 82 CV pour le poste vacant. Un chiffre qui en dit long. Le poste attire toujours, mais personne ne semble pouvoir s’y installer durablement. Il va falloir, cette fois, à la Fédération de choisir la patience plutôt que la valse.

Pourquoi une telle instabilité ?

La Fédération burkinabè de football (FBF) exige souvent des résultats immédiats tels que la qualification pour les phases finales de CAN, la progression au classement FIFA, les performances en Coupe d’Afrique. Mais le vivier de talents burkinabè, bien que riche (Bertrand Traoré, Edmond Tapsoba, Dango Ouattara, Issa Kaboré etc.), souffre parfois d’un manque de continuité tactique. 

Ajoutez à cela les contraintes extra-sportives telles que l'instabilité politique, les difficultés logistiques, la pression des supporters et des autorités, et le cocktail devient explosif. Même les entraîneurs étrangers expérimentés, comme Paulo Duarte ou Paul Put, ont fini par partir, usés ou en désaccord.

  • Exigence de résultats immédiats

Le Burkina Faso vit sur le mythe de 1998, 4e place à la CAN à domicile, et de 2013, finale perdue face au Nigeria. Toute contre-performance est vécue comme un échec majeur, même quand l’adversaire est plus armé financièrement et structurellement.

  • Faiblesse institutionnelle de la Fédération

La FBF n’offre pas toujours un cadre stable au sélectionneur. Les objectifs fixés sont souvent irréalistes par rapport aux moyens : infrastructures, détection, préparation.

  • Contexte sécuritaire et économique

Le pays traverse une crise sécuritaire majeure depuis 2015. Beaucoup de talents s’expatrient tôt, la concentration des stages est compliquée, les matchs à domicile parfois délocalisés pour stade non conforme aux normes internationales. Difficile de construire sur le long terme dans ces conditions.

  • Comparaison régionale défavorable

En face, le Sénégal avec Aliou Cissé depuis 2015 puis Pape Thiaw, le Maroc avec Walid Regragui prolongé, la Côte d’Ivoire avec Emerse Faé, misent sur la stabilité. Le Burkina paie cash son absence de patience.

Quel avenir pour briser la malédiction ?

La question aujourd’hui est simple : le prochain sélectionneur pourra-t-il inverser la tendance ? La FBF a promis un processus de sélection rigoureux pour trouver le remplaçant de Brama Traoré. Mais sans une vraie réforme basée sur une confiance accrue sur le long terme, un plan de développement clair, le 17e se risque de connaître le même sort que ses prédécesseurs.

Pour inverser la tendance, plusieurs pistes :

  • Nommer un sélectionneur pour un cycle de 4 ans minimum, avec clause de stabilité sauf catastrophe majeure.
  •  Renforcer le staff technique local autour d’un head coach expérimenté. Exemple : duo local plus conseiller étranger.
  • Investir dans la continuité : mieux accompagner les U20/U23 vers les A, comme le font les voisins ghanéens ou maliens.
  • Objectifs réalistes : viser systématiquement les quarts ou les demi-finales de CAN, plutôt que le titre tous les deux ans.

Tant que le banc restera le poste le plus précaire du football burkinabè, les Étalons risquent de rester ce paradoxe émouvant : une équipe talentueuse, collective, aimée, mais condamnée à repartir de zéro après chaque édition de CAN. Le Burkina Faso a le potentiel pour redevenir une force régulière du football africain. Encore faut-il lui donner le temps et la stabilité. Sur le banc des Étalons, c’est peut-être le plus grand défi de tous.

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À propos de l'auteur

Ablam GNAMESSO

Ablam GNAMESSO

Rédacteur sportif

Reporter sportif et journaliste tout terrain. Membre AIPS et jury des IFFHS Awards.

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