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Cameroun : la Fédération de volleyball au bord d’un nouveau blocage électoral

Refus ministériel d’élections régionales jugées irrégulières, décisions de justice ignorées, légitimité toujours contestée à l’international : trois ans après l’éclatement de la crise, la Fédération camerounaise de volleyball (Fécavolley) s’enfonce un peu plus dans une impasse de gouvernance.

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Cameroun : la Fédération de volleyball au bord d’un nouveau blocage électoral

Le coup d’arrêt est venu d’en haut. En refusant d’avaliser l’organisation d’élections régionales que Bello Bourdanne comptait lancer discrètement dans les dix ligues de volleyball du pays, les autorités camerounaises ont brisé une manœuvre présentée en interne comme une « sortie de crise ». En réalité, selon plusieurs sources proches du dossier, il s’agissait d’une tentative de régularisation a posteriori, destinée à produire un procès-verbal électoral taillé sur mesure pour convaincre la Fédération internationale de volleyball (FIVB) de reconnaître définitivement la légitimité contestée de Bourdanne. Une initiative jugée irrecevable par le ministère, qui ne veut plus être associé à une affaire devenue politiquement et juridiquement toxique, a appris Sport News Africa.

Une affaire à rebondissements

Depuis 2023, la Fédération camerounaise de volleyball (Fécavolley) vit sous un régime de bicéphalisme inédit : deux présidents, deux assemblées générales, deux bureaux exécutifs, deux championnats. D’un côté, Julien Serge Abouem, réélu lors d’un scrutin organisé à Yaoundé le 4 février 2023. De l’autre, Bello Bourdanne, élu deux semaines plus tôt, le 20 janvier, par une autre assemblée générale, et reconnu à l’époque par le ministère des Sports et le Comité national olympique et sportif du Cameroun (CNOSC). Ce choix politique initial de la tutelle, en contradiction avec une partie des acteurs et bientôt avec la justice, a durablement fragilisé l’édifice fédéral.

Car le droit s’est progressivement invité dans le jeu. Saisi par le camp Abouem, le tribunal de première instance de Yaoundé avait suspendu l’élection de Bello Bourdanne, avant que la cour d’appel du Centre n’annule cette suspension en janvier 2023. Mais le feuilleton judiciaire ne s’est pas arrêté là. La Cour suprême a ensuite ordonné la suspension de l’exécution de l’arrêt de la cour d’appel, redonnant de l’air au camp Abouem. Le coup de grâce est intervenu le 27 février 2024, lorsque le Tribunal de grande instance a constaté l’absence de mandat formel du délégué ayant convoqué l’assemblée ayant élu Bourdanne, entraînant l’annulation de « toutes les suites de droit » issues de cette élection. Une décision claire, mais restée lettre morte sur le terrain.

CAVB et FIVB dépassées par les évènements

Cette défiance persistante vis-à-vis des décisions de justice place la Fécavolley sous la menace directe des instances internationales. La Confédération africaine de volleyball (CAVB) et la FIVB ont, à plusieurs reprises, alerté sur les risques de suspension liés à l’organisation de processus électoraux concurrents. La présidente de la CAVB, Bouchra Hajij, l’a reconnu publiquement : les instances continentales et internationales ont reçu des courriers contradictoires, sans savoir à qui se fier, avant de rappeler un principe fondamental : les décisions de justice nationales sont souveraines et doivent s’imposer à tous. Un rappel resté sans effet concret, Bello Bourdanne continuant d’organiser compétitions et réunions comme si de rien n’était.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la tentative avortée d’élections dans les ligues régionales. Mais le ministère des Sports, déjà mis en difficulté par sa position initiale en 2023, a cette fois opposé un refus net. D’une part pour ne pas se dédire, après avoir rappelé en 2025 que tout processus électoral devait être uniforme dans l’ensemble des fédérations sportives. D’autre part pour éviter d’endosser une opération susceptible d’aggraver le conflit avec la justice et les instances internationales. Résultat : la Fécavolley se retrouve une nouvelle fois dans une zone grise institutionnelle. 

Le championnat national organisé par l’Exécutif Bourdanne, dont un regroupement était prévu fin janvier 2026 à Douala, a été suspendu sur instructions administratives, comme l’a reconnu la fédération dans un communiqué embarrassé. Officiellement, les activités se poursuivent « normalement » ailleurs sur le territoire. Officieusement, le volleyball camerounais paie le prix d’une crise de gouvernance non résolue, où s’entremêlent décisions politiques fluctuantes, jugements judiciaires ignorés et stratégies individuelles de survie. À ce stade, la question n’est plus de savoir qui est président, mais combien de temps encore la fédération pourra éviter une sanction internationale lourde ?

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À propos de l'auteur

Arthur WANDJI

Arthur WANDJI

Rédacteur sportif

Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.

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