
C’est l’affaire des « primes fantômes » ! Plus de quinze mois après leur quatrième place au Championnat d’Afrique des Nations (CAN) de volleyball seniors messieurs, disputé du 30 août au 12 septembre 2023 au Caire, les Lions Indomptables attendent toujours leurs primes de participation et de position. Une attente devenue symbole d’un malaise plus profond, où rivalités personnelles, luttes d’influence administratives et règlements de comptes post-électoraux se mêlent dans les coulisses du sport camerounais.
Sur le terrain, la sélection nationale avait pourtant rempli son contrat. En Égypte, le Cameroun termine au pied du podium, échouant de peu à décrocher une médaille continentale. Dans la foulée, les joueurs rentrent au pays avec une seule certitude financière : chacun percevra 500 euros, correspondant à la prime du stage de préparation. Pour le reste, primes de participation et de classement, annoncées verbalement par des responsables fédéraux, le silence s’installe. Et ne fait que durer.
Les primes bloquées au Trésor public
Au fil des mois, l’agacement a gagné le vestiaire. Menés par leur capitaine, Ahmed Awal Mbutgam, les joueurs ont récemment adressé une correspondance collective aux autorités compétentes. Dans ce courrier, ils dénoncent une situation figée depuis la CAN 2023 et rappellent que les primes promises n’ont jamais été versées. « Contrairement à ce qui a été largement relayé sur les réseaux sociaux, il ne s’agit pas, selon la Fédération, d’une plainte formelle contre son président, Bello Bourdanne, mais d’une demande d’éclaircissement face à des informations contradictoires », argue le service de communication de la Fécavolley.
En interne, en effet, l’instance camerounaise de volleyball renvoie la balle vers le ministère des Finances (Minfi). « C’est à ce niveau que tout bloque », affirme un responsable fédéral, interrogé par Sport News Africa. Selon lui, le schéma est connu : les primes de participation, de podium et dites “olympiques” relèvent d’une dotation de l’État, transitant par le Trésor public. Or, depuis 2023, les dossiers seraient en souffrance au Minfi.
Sabotage, règlement de comptes
Mais derrière l’argument administratif, un autre récit circule avec insistance dans les couloirs du sport camerounais. Celui d’un sabotage politique à peine voilé. Dans le viseur : d’anciens dirigeants de la Fécavolley, accusés d’user de leurs relations au Minfi pour freiner le déblocage des fonds. Une manière de prolonger, sur le terrain financier, une bataille perdue sur le plan institutionnel.
En effet, l’élection du Bureau exécutif sortant de la Fécavolley avait été invalidée par le ministre des Sports, au profit de celle ayant conduit à l’arrivée le 20 janvier 2023, de Bello Bourdanne à la présidence de la Fédération. Un désaveu que l’ancien patron du volleyball camerounais n’aurait jamais digéré, selon plusieurs acteurs du dossier. Depuis, les tensions se seraient déplacées des salles de réunion vers les arcanes de l’administration financière.
200 millions francs CFA pour trois sélections
La Fédération, elle, se défend chiffres à l’appui. Le responsable de la communication Christian Tchapmi affirme qu’une avance de l’État de 200 millions de francs CFA, mise à disposition via un billeteur désigné, a permis de couvrir plusieurs engagements urgents. Cette enveloppe a été partagée entre les deux sélections seniors, ainsi les moins de 19 ans dames. Face à l’insuffisance de ces fonds et à l’attente prolongée du remboursement par l’État, la Fécavolley dit avoir préfinancé d’autres postes de dépenses. « Les autres dépenses ont été supportées par la Fédération et ses partenaires financiers », insiste-t-il, évoquant une avance exceptionnelle de 500 000 francs CFA accordée à chaque joueur des sélections concernées pour préserver un minimum de motivation.
Des démarches administratives auraient suivi au sommet de l’Etat, sans résultat. « Malgré plusieurs démarches administratives, dont une interpellation du ministre d’Etat Secrétaire général de la Présidence de la République au Secrétaire général du Premier ministère en date du 8 mai 2025, la Fédération est toujours en attente du remboursement total des sommes engagées », rapporte Christian Tchapmi.
Dans ce climat tendu, la Fédération accuse ouvertement l’ancien exécutif d’orchestrer des campagnes de dénigrement via certaines plateformes numériques. Des accusations bottées en touche par le camp d’en face.
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À propos de l'auteur
Arthur WANDJI
Rédacteur sportif
Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.
