
Dimanche soir, au stade Prince Moulay Abdallah de Rabat, la finale de la Coupe d’Afrique des nations ne mettait pas en scène le Cameroun. Pourtant, à plus de 4 000 kilomètres de là, à Yaoundé, la tension, les cris et l’émotion donnaient l’illusion d’un pays encore en lice. Des bars de quartier aux carrefours animés, la capitale camerounaise a vibré au rythme d’un match à rebondissements, suivi avec ferveur par un public largement acquis à la cause sénégalaise.
Lorsque le but sénégalais refusé dans le temps additionnel a été annoncé par les écrans, un silence lourd a traversé les terrasses de Fougeroles et de Ngousso. Quelques secondes plus tard, l’incompréhension s’est transformée en colère à l’annonce du penalty accordé au Maroc à la 98ᵉ minute. « C’est exactement ce qu’on a vécu contre le Maroc [défaite du Cameroun 0-2 et un penalty controversé sur Bryan Mbeumo, Ndlr.], on ne peut pas laisser passer ça encore », fulmine Armand, 34 ans, supporter camerounais, pointant l’arbitrage du doigt. Autour de lui, les discussions s’enflamment, chacun rejouant l’action au ralenti, téléphone à la main.
Une finale irrespirable
Quand les joueurs sénégalais ont quitté provisoirement la pelouse pour protester, Yaoundé s’est figée avant d’exploser. « Ils ont eu le courage que beaucoup n’ont pas. Ils ont défendu leur dignité », applaudit Mireille, étudiante rencontrée à Nlongkak. Pour Rodrigue, chauffeur de taxi, « le Sénégal joue pour toute l’Afrique noire aujourd’hui. S’ils gagnent comme ça, c’est une victoire contre l’injustice ». À chaque décision arbitrale, la finale prenait des allures de règlement de comptes symbolique pour des supporters camerounais encore marqués par leur propre élimination.
Lorsque le but victorieux est inscrit en prolongation, Yaoundé explose. Des groupes de jeunes sillonnent les rues à moto, pendant que des airs de "Olé olé olé olé" retentissent dans les bars. « On est Camerounais, mais le football africain reste une famille. Ce Sénégal-là mérite son titre », estime Jean-Pierre, commerçant. Pour Aïcha, supportrice régulière des grandes compétitions, cette finale restera surtout un symbole : « Il y a eu des erreurs d’arbitrage, mais le Sénégal a montré du caractère et de la maturité ».
Au fil de la nuit, les débats se prolongent autour des écrans. Polémique arbitrale, sang-froid sénégalais, domination en prolongation : les Camerounais refont le match.
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À propos de l'auteur
Arthur WANDJI
Rédacteur sportif
Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.
