
Il n’était pas censé être là. Enfin, pas en tant qu’entraîneur-sélectionneur. Et pourtant, à quelques jours du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, c’est bien le nom de David Pagou qui figure sur les documents transmis à la CAF comme sélectionneur du Cameroun.
Un technicien discret, formé dans l’ombre du championnat local, propulsé à la tête des Lions Indomptables dans des conditions qui en disent long sur l’état de la gouvernance du football camerounais. Car derrière cette nomination précipitée se cache un conflit de pouvoir jamais totalement réglé entre la Fécafoot de Samuel Eto’o et le ministère des Sports. Deux légitimités, un seul banc de touche.
Né le 13 janvier 1969 à Buea dans le sud-ouest du Cameroun, David Pagou n’est pourtant pas un inconnu des milieux du football. Il s’est construit loin des projecteurs, sur les terrains exigeants de l’Elite One. Son œuvre la plus aboutie reste le PWD Bamenda, qu’il mène au titre de champion du Cameroun en 2020, puis à la Coupe du Cameroun en 2021. Deux trophées qui installent durablement sa réputation de technicien méthodique, obsédé par l’équilibre défensif, la discipline collective et la promotion des jeunes talents locaux. Passé par Renaissance de Ngoumou, Stade Renard de Melong, puis plus récemment Coton Sport, Pagou incarne une école du football camerounais fondée sur la rigueur et la hiérarchie du vestiaire, à rebours du star-system.
Avant sa promotion éclair, Pagou était déjà dans l’organigramme. Adjoint de Marc Brys, membre régulier des staffs techniques nationaux, il a aussi participé au parcours des Lions A’ au CHAN 2020, achevé en quart de finale à Yaoundé. Un profil apprécié pour son travail de fond, notamment dans la détection et le suivi du championnat local. C’est précisément cette loyauté institutionnelle qui fait aujourd’hui débat. Car sa nomination en décembre 2025, actée par la Fécafoot et validée par la FIFA, intervient dans un contexte de bras de fer ouvert entre Samuel Eto’o et Marc Brys, dont l’autorité a été méthodiquement fragilisée par la fédération.
Règlement de comptes ?
La première liste de Pagou pour la CAN 2025 a achevé d’enflammer le débat. André Onana, Vincent Aboubakar, Choupo-Moting, Moumi Ngamaleu, Michaël Ngadeu, Martin Hongla : tous absents. Des cadres historiques, mais aussi des joueurs qui avaient publiquement soutenu Marc Brys dans son conflit avec la Fécafoot. Officiellement, Pagou assume un choix sportif, revendiquant une rupture générationnelle, une exigence de discipline et une méritocratie fondée sur la forme du moment. Mais dans l’opinion, le doute persiste. Cette liste est-elle vraiment la sienne ? Ou l’expression indirecte d’un règlement de comptes orchestré depuis le siège de la Fécafoot à Tsinga ?
En s’appuyant sur un entraîneur au profil discret, peu enclin à la confrontation médiatique, Samuel Eto’o ne s’est-il pas offert un levier idéal pour reprendre la main sur une sélection qui lui échappait ? À la veille d’une CAN où le Cameroun sera attendu au tournant, David Pagou avance sur une ligne de crête : technicien respecté ou paravent politique. Son parcours plaide pour le premier scénario. Le contexte, lui, nourrit obstinément le second.
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À propos de l'auteur
Arthur WANDJI
Rédacteur sportif
Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.
