
A peine le coup de sifflet final retenti après la victoire du Maroc (2-0), le verdict est tombé dans les tribunes, sur les réseaux sociaux et autour des écrans au Cameroun : pour une large frange du public, l’élimination des Lions Indomptables porte un nom, celui de l’arbitre mauritanien Dahane Beida. Très vite, les débats ont glissé du terrain vers l’arbitrage, accusé d’avoir orienté ce quart de finale de la CAN 2025 en faveur du pays organisateur, au terme d’une prestation jugée partiale et permissive à l’égard des Marocains.
La grogne du public camerounais
Dans les rues de Yaoundé comme à Douala, la colère est montée d’un cran au fil des minutes. « On nous a volé le match, c’est clair. À chaque contact, le Maroc jouait dur et l’arbitre laissait passer », s’indigne Serge, supporter rencontré devant un bar prêt du siège de la Fécafoot à Tsinga. Même lecture pour Clarisse, venue suivre la rencontre en famille : « Le penalty sur Mbeumo, tout le stade l’a vu. Comment l’arbitre peut-il ne rien siffler à ce niveau-là ? Il aurait même dû faire appel à la VAR, mais rien ».
Sur les réseaux sociaux, les images du contact litigieux sur l’attaquant camerounais de Manchester United ont tourné en boucle, alimentant l’idée d’un scénario écrit d’avance. « Dès qu’on a appris que l’arbitre égyptien initialement programmé pour ce match avait été écarté, j’ai compris que ça allait être compliqué pour nous », lâche Alain, convaincu que « tout était déjà décidé en coulisses ».
Changement d’arbitre inattendu
Cette suspicion s’est nourrie des conditions mêmes de la désignation arbitrale. Initialement, la CAF avait programmé l'Égyptien Amin Mohamed Omar pour diriger ce quart de finale. Mais à la veille du match, la Fédération royale marocaine de football a officiellement récusé cette nomination, dénonçant des dysfonctionnements dans le processus et obtenant son remplacement. C’est finalement l’arbitre mauritanien Dahane Beida qui a été désigné, une décision tardive qui a laissé des traces.
« On change d’arbitre à la dernière minute pour un match du pays hôte, et après on s’étonne que les gens doutent ? », s’emporte Moussa, ancien joueur amateur. Pour beaucoup de supporters camerounais, ce contexte a pesé lourdement sur la lecture des faits de jeu, chaque décision contestable venant renforcer le sentiment d’injustice.
Le Maroc un cran au-dessus du Cameroun (?)
Pour autant, à mesure que la colère retombe, certains observateurs appellent à une lecture plus froide de la rencontre. Car si l’arbitrage est pointé du doigt, le Maroc a globalement maîtrisé son sujet. Les deux buts inscrits par les Lions de l’Atlas ne souffrent d’aucune contestation, fruits d’actions construites et d’un réalisme clinique. En face, le Cameroun a livré une prestation décousue, peinant à enchaîner les passes et à imposer un pressing cohérent. L’intensité mise par les Marocains, leur occupation du terrain et leur discipline tactique ont souvent étouffé des Lions Indomptables incapables de cadrer le moindre tir.
Pour Joseph Antoine Bell, ancien international camerounais et consultant, qui a tenu à remettre le débat sur le terrain sportif au micro de RFI, l'élimination du Cameroun « était prévisible », dit-il. « Une CAN, ça ne se prépare pas lors des deux dernières semaines. Vous ne pouvez pas faire cela sauf à être des génies. La marche était trop haute pour l’équipe du Cameroun […] La compétition n’a pas d’excuse ». Une sortie qui tranche avec la colère populaire, mais qui rappelle une réalité plus dérangeante : au-delà des polémiques arbitrales, le Cameroun n’a sans doute pas perdu ce quart de finale uniquement au sifflet.
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À propos de l'auteur
Arthur WANDJI
Rédacteur sportif
Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.
