
A quelques heures de son entrée en lice à la Coupe d’Afrique des nations au Maroc, le Cameroun aborde le tournoi dans un climat de bricolage assumé. Le limogeage de Marc Brys par le président de la Fécafoot et la nomination express de David Pagou ont précipité une recomposition sportive qui interroge. Plus que le choix du sélectionneur, c’est la ressource humaine qui inquiète : une équipe largement composée de joueurs en manque criant de rythme, d’expérience internationale et parfois même de statut dans leurs clubs respectifs. A défaut d’ambition affichée, les Lions Indomptables semblent condamnés à viser l’essentiel : éviter le naufrage face au Gabon, à la Côte d’Ivoire et au Mozambique.
Ces joueurs en manque de temps de jeu
Le cas de Mahamadou Nagida illustre cette prise de risque. A 20 ans, le défenseur du Stade Rennais découvre à peine le très haut niveau. En Ligue 1, il n’a disputé que cinq matchs en seize journées, passant huit de ses dix dernières rencontres sur le banc, dont les quatre récentes d’affilée. Son temps de jeu famélique tranche avec les exigences d’une CAN, compétition où l’intensité et le rythme ne s’apprennent pas sur le tas. Le projeter comme solution crédible dans une défense nationale en reconstruction relève moins d’un choix sportif que d’une absence d’alternatives.
Même constat pour Samuel Kotto, défenseur de La Gantoise. A 22 ans, le Camerounais alterne entre banc de touche et tribune. Il n’a pas disputé la moindre minute lors des quatre dernières sorties de son club et ne totalise que cinq titularisations en championnat, alors que la Jupiler Pro League en est déjà à sa 19e journée. Son profil, encore en devenir, arrive en sélection sans certitude, ni continuité, dans un secteur où l’approximation se paie cash.
Martin Atemengue, lui aussi défenseur, s’apprête à vivre sa première CAN dans des conditions peu rassurantes. Le joueur du SK Rapid en Autriche reste sur près de trois semaines sans jouer, avec seulement 69 minutes disputées lors des dix derniers matchs de son club. A 22 ans, il débarque dans un tournoi continental sans rythme, sans repères récents, et avec pour mission implicite de tenir face à des attaques bien plus aguerries, notamment celles de la Côte d’Ivoire.
L’énigme Nkoudou
Au milieu de terrain, la situation est encore plus préoccupante avec Jean Onana. En six mois, le Genoa a disputé 26 matchs toutes compétitions confondues. Le Camerounais n’a été utilisé qu’à trois reprises. Blessures, banc, tribune : son quotidien en club contraste violemment avec le rôle central qui l’attend en sélection, où il est appelé à pallier l’absence d’un cadre comme Zambo Anguissa ou encore Martin Hongla. Valorisé à 1,7 million d’euros, Onana arrive à la CAN sans automatisme, sans confiance accumulée en club, mais avec une responsabilité disproportionnée par rapport à sa dynamique réelle.
Sur le plan offensif, Georges-Kévin Nkoudou n’offre guère plus de garanties. Arrivé à Al Diriyah en août, l’attaquant camerounais n’a disputé que quatre matchs de championnat cette saison. Plus inquiétant encore, il n’a pas été retenu dans le groupe lors des cinq dernières sorties de son club saoudien. À l’approche d’une CAN où la moindre occasion peut faire basculer un match, le Cameroun mise sur un joueur sans rythme et presque invisible en club depuis plusieurs semaines.
Vers une CAN de transition
Junior Dina Ebimbe complète ce tableau fragile. S’il affiche 11 matchs de Ligue 1 avec Brest cette saison, son utilisation reste marginale. Sur les six dernières rencontres de son club, il cumule seulement 35 minutes de jeu réparties sur quatre apparitions, avec deux matchs passés intégralement sur le banc. Une succession de bouts de matchs qui ne permet ni de trouver un rythme, ni de s’imposer comme un élément moteur, encore moins de porter une sélection nationale dans un contexte tendu.
Au final, les espoirs du Cameroun reposent sur une génération par défaut, plus choisie par contrainte que par conviction. Face au Gabon le 24 décembre, à la Côte d’Ivoire le 28, puis au Mozambique le 31, les Lions Indomptables s’avancent avec un effectif dont une partie significative découvre à la fois la CAN et la pression du très haut niveau sans l’appui d’un vécu récent en club. Dans ce contexte, l’objectif officieux semble moins être la conquête du trophée que la limitation des dégâts. Une CAN de transition forcée, où le terrain devra compenser ce que la stabilité et la continuité n’ont pas permis de construire en amont. Mais n’est-il pas toujours permis de rêver ?
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À propos de l'auteur
Arthur WANDJI
Rédacteur sportif
Correspondant SNA au Cameroun et Gabon. Spécialiste des Lions Indomptables.
